Anne de Tinguy (dir.)

Regards sur l’Eurasie. L’année politique est une publication annuelle du Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI) dirigée par Anne de Tinguy. Elle propose des clefs de compréhension des événements et des phénomènes qui marquent de leur empreinte les évolutions d’une région, l’espace postsoviétique, en profonde mutation depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Forte d’une approche transversale qui ne prétend nullement à l’exhaustivité, elle vise à identifier les grands facteurs explicatifs, les dynamiques régionales et les enjeux sous-jacents

Olivier Dabène (Dir.)

Amérique latine - L’Année politique 2020 est une publication de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (Opalc) du CERI-Sciences Po. Elle prolonge la démarche du site www.sciencespo.fr/opalc en offrant des clés de compréhension d’un continent en proie à des transformations profondes.

Elisa Benker, Céline Cantat, Shoshana Fine, Virginie Guiraudon, François Gemenne, Thibaut Jaulin, Antoine Pécoud, Catherine Perron, Michelle Reddy, Filip Savatic, Hélène Thiollet, Catherine Wihtol de Wenden
Chercheurs des projets MAGYC et PACE

Anne de Tinguy (dir.)

Regards sur l’Eurasie. L’année politique est une publication annuelle du Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI) dirigée par Anne de Tinguy. Elle propose des clefs de compréhension des événements et des phénomènes qui marquent de leur empreinte les évolutions d’une région, l’espace postsoviétique, en profonde mutation depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Forte d’une approche transversale qui ne prétend nullement à l’exhaustivité, elle vise à identifier les grands facteurs explicatifs, les dynamiques régionales et les enjeux sous-jacents.

La pauvreté est un phénomène qui se pose avec acuité au Royaume-Uni, berceau de la révolution industrielle, du Welfare State et de la contre-révolution néolibérale thatchérienne. L'article examine les approches utilisées pour mesurer la pauvreté, dresse un profil des populations les plus touchées, pour ensuite s'intéresser aux principales conséquences et aux réponses apportées par les pouvoirs publics depuis une quinzaine d'années. Plus récemment, la mise en œuvre d'un plan d'austérité draconienne sous le gouvernement de David Cameron accentue le phénomène de paupérisation en entraînant une augmentation de l'endettement des ménages les plus démunis. Cette situation a suscité un réveil des mouvements contestataires qui placent la lutte contre la pauvreté au cœur de leurs revendications.

Tous les indicateurs socio-économiques de ces dernières années montrent que la pauvreté aux Etats-Unis n'est plus un phénomène qui touche essentiellement les minorités et les mères célibataires, confinées dans des ghettos urbains. Beaucoup de familles, paisiblement installées dans les banlieues huppées, se sont retrouvées marginalisées par le chômage et la saisie immobilière. La politique sociale, dont les orientations globales avaient été définies par le président Clinton (par la réforme de 1996) et par le président W. Bush (avec ses Faith-Based Intitatives), est aujourd'hui incapable de faire face à des problèmes sociaux d'une ampleur sans précédent depuis les années 1930. Le président Obama, de son côté, s'est attaqué à la question du chômage, des saisies immobilières et de la santé mais les mesures qu'il a prises ont un effet plutôt marginal sur la nature et l'étendue de la pauvreté. Par ailleurs, les pauvres ont disparu du discours officiel laissant accroire qu' Obama, par peur de perdre l'électorat blanc, ne souhaite pas devenir le candidat des pauvres et des Africains Américains.

La mise sur agenda de la lutte contre la pauvreté à la Banque mondiale et au PNUD s'inscrit dans le temps long des politiques de coopération depuis les années 1970. Après deux décennies d'ajustements structurels et de programmes de désendettement (1996 et 1999), l'efficacité de l'aide a été amplement remise en cause. En réaction, les Objectifs du millénaire et l'insistance des bailleurs de fonds pour une plus grande efficacité de l'aide ont transformé les programmes de développement en programmes de lutte contre la pauvreté. Cet article analyse le développement des indicateurs, instruments d'analyses et modèles entourant les programmes de lutte contre la pauvreté. L'émergence de ces instruments techniques n'a pas marqué de réelle rupture dans l'élaboration des politiques mises en œuvre. Les soi-disants fondements démocratiques aux programmes ne favorisent guère le débat politique sur les causes de la pauvreté et des inégalités.

Le texte propose tout d'abord une description du positionnement du Nordeste dans les inégalités nationales. Les Etats qui composent cette région présentent les indicateurs de pauvreté les plus élevés, les plus faibles niveaux de développemen et les inégalités les plus importantes au sein du Brésil. La suite de l'article est consacrée à l'analyse du positionnement du Nordeste dans les rapports de pouvoir, les équilibres économiques nationaux, les circulations humaines et les imaginaires nationaux brésiliens. L'attention est portée, dans un premier temps, au processus de construction historique de la position périphérique de cette région, marquée, d'une part, par la force des oligarchies conservatrices et une riche histoire de mobilisations contestataires et d'autre part, par les politiques d'aménagement du territoire menées depuis la capitale fédérale. Dans un second temps sont abordées les continuités et transformations des rapports de domination propres à cette région, avec une mise au point sur les politiques actuelles de lutte contre la pauvreté et quelques éléments de débats sur la redéfinition participative des politiques de développement.

Cet article s'intéresse à la façon dont la pauvreté a été historiquement abordée par les sciences sociales. Il apparaît que les recherches existantes peuvent se classer selon quatre types d'approches. Il s'agit d'abord de définir la pauvreté. Savoir qui est pauvre est une question théorique et politique de première importance. Ensuite, l'analyse de la pauvreté semble intimement liée à celle de l'assistance. Toutes deux ont souvent été étudiées de concert. Le troisième type d'approche, plus débattu, observe la pauvreté sous le prisme de la culture qu'elle engendre et qui l'engendrerait. Enfin, la sociologie de la pauvreté s'accompagne toujours d'une sociologie générale et d'une théorie du rapport entre les groupes sociaux.

Malgré les progrès des statistiques internationales et la priorité affichée des organisations internationales à lutter contre la pauvreté, la quantification de la pauvreté demeure difficile. Cet article étudie la composition des principaux indicateurs relatifs à la pauvreté, analyse le contexte de leur élaboration et compare leur pertinence. Les fréquents usages détournés des indicateurs les plus notoires (PIB et RNB, IDH) masquent leur véritable nature : des comptes ou des valeurs moyennes calculées au niveau de l'habitant qui ne donnent qu'une évaluation trop partielle. Par ailleurs, des indicateurs plus spécifiques sont élaborés : certains ne retiennent que la composante monétaire (seuils de pauvreté, absolus ou relatifs) tandis que d'autres tentent de synthétiser en un seul indicateur les multiples dimensions des privations (IPM). Les tableaux de bord d'indicateurs distincts (ou dashboards dont les OMD s'inspirent), s'ils permettent de conserver l'exhaustivité des nuances de la pauvreté, rendent difficiles toute vision globale et toute interprétation.

Olivier Nay

Cet article étudie les conditions de circulation des idées dans le système des Nations Unies, à partir d’une enquête réalisée au sein du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida, plus connu sous le nom d’ONUSIDA. Il montre que les administrations internationales font de la maîtrise des informations et des savoirs liés à l’action publique l’une des sources essentielles de leur autonomie et de leur autorité dans l’espace international. Recourant à un cadre analytique axé sur la sociologie des transferts, l’article porte un intérêt particulier aux activités du Secrétariat d’ONUSIDA, étudié ici comme un « entrepreneur de transfert ». Il défend l’idée que le Secrétariat est parvenu au cours des années 2000, grâce à son implication dans la collecte, la mise en forme et la diffusion de connaissances sur le sida, à influencer de façon croissante le développement de la politique onusienne de lutte contre l’épidémie. Il suggère ainsi que le Secrétariat a élargi son influence à l’intérieur du système des Nations Unies, malgré un mandat restreint et des ressources limitées. Dans la conclusion, l’article souligne la nécessité d’étudier le transfert des idées dans les organisations internationales en accordant une attention soutenue aux acteurs, à leurs intérêts et à leurs stratégies, en contrepoint d’approches macrosociologiques.

Anne Daguerre

La politique sociale de l’Etat-Providence américain est fondée sur un régime de protection libéral. L’idée qui préside au contrat social veut que les individus en âge de travailler subviennent à leurs besoins et à ceux de leur famille grâce à la rémunération de leur travail. Or le fait d’avoir un emploi ne suffit plus à prémunir les individus des principaux risques sociaux. Le Président Obama a été élu en promettant de rétablir le rêve américain, qui voit l’effort individuel récompensé par la promotion sociale. Mais l’administration Obama est confrontée au défi de la progression de l’inégalité sociale et de la pauvreté, dans un contexte économique très défavorable. La Grande Récession (2008-2009) a mis en évidence les failles du système de protection sociale : une proportion croissante de ménages doit choisir de payer soit ses dépenses de logement, soit ses dépenses alimentaires. Pour comprendre les raisons de cette insuffisance du système de protection américain, il est nécessaire d’étudier tant la structure de l’assistance sociale aux Etats-Unis que l’évolution du marché du travail et l’impact de la récession sur les ménages aux revenus modestes. Ces analyses permettent de saisir les grandes lignes de la réponse de l’administration Obama à la crise économique.

Olivier Nay

Cet arti cle étudie les sources, la mise en oeuvre et les eff ets inatt endus des réformes administrati ves engagées au sein du système des Nati ons Unies dans le domaine de la lutt e contre le VIH/sida. Il s’appuie sur une enquête menée au sein d’ONUSIDA, programme multi latéral réunissant dix agences onusiennes et un secrétariat permanent engagés dans la lutt e contre l’épidémie. Dans un premier temps, l’arti cle souligne les raisons pour lesquelles les agences multi latérales n’ont guère été portées à impulser elles-mêmes des réformes, alors qu’elles étaient enjointes par le programme à mieux coordonner et harmoniser leurs réponses stratégiques au sida. Ensuite, l’arti cle identi fi e trois facteurs externes ayant joué un rôle clé dans le lancement de la réforme des procédures et des mécanismes de gouvernance du programme ONUSIDA. Puis il explore les conditi ons de leur mise en oeuvre depuis 2005, en insistant tout parti culièrement sur le rôle d’« entrepreneur de réforme » joué par le secrétariat d’ONUSIDA. Enfi n, l’arti cle étudie les eff ets induits des réformes administrati ves : l’importance des jeux de concurrence entre agences, le renforcement de la complexité organisati onnelle et la tendance à la bureaucrati sati on du système ONUSIDA. La conclusion défend l’idée que l’analyse de la réforme des organisati ons internati onales implique d’étudier de façon croisée les pressions émanant de leur environnement d’une part, et les acti vités des entrepreneurs de réforme d’autre part.

Depuis le début des années 1990, la thématique des risques et des catastrophes « naturels » a émergé sur la scène internationale. Un véritable « monde » des catastrophes « naturelles » s'est constitué au niveau international et s’est peu à peu institutionnalisé. Comment ses acteurs en légitiment-ils la nécessité ? Que nous révèle-t-il de la façon dont le monde contemporain gère ses peurs au niveau global ? Une approche diachronique de ce processus d’internationalisation et d’institutionnalisation permet de resituer ce phénomène dans un contexte historique et mondial, notamment de transformation de la notion de sécurité. L’analyse sociologique des principales organisations intergouvernementales, qui jouent un rôle central dans cette dynamique, invite à saisir les différentes lignes de tension qui la traversent et à entrevoir sa complexité. En effet, malgré les tentatives visant à faire apparaître cet espace comme une « communauté » de sens et de pratiques, de fortes disparités caractérisent les approches des différents acteurs.

Yves Tiberghien

Depuis le milieu des années 1990, les grand pays du monde sont engagés dans une bataille pour le futur des OGM. Alors que l’industrie des biotechnologies agricoles s’est largement développée en Amérique du Nord, elle a aussi fait l’objet d’un fort contre-mouvement de résistance comprenant des organisation non gouvernementales, des Etats défenseurs du principe de précaution (Europe, Japon, Corée), et des organisations internationales. Le consensus émergent entre les pays de l’OCDE et ayant permis un accord au sein du traité de l’OMC de 1994 s’est évanoui. Le débat autour des OGM touche simultanément à plusieurs dimensions : relation entre technologie et progrès humain, commerce mondial, protection de l’environnement, santé publique, sécurité alimentaire, développement, déficit démocratique, et identité culturelle. De ce fait, la controverse des OGM se trouve au coeur des débats sur la mondialisation. La bataille se joue tant au niveau global (traité de Carthagène, Codex, OMC) qu’au niveau national (compétition entre régulations nationales). Cette Etude fait le point sur les enjeux de la bataille globale, les acteurs clef, et les principaux champs de bataille. Dans un deuxième temps, elle analyse les causes politiques du nouveau rôle joué par deux unités importantes : l’Union européenne et le Japon. Les cas de la Corée, de la Chine et de l’Inde sont aussi évoqués. Au travers de cette analyse politique, l’auteur démontre que les positions prises par différents pays résultent moins d’un calcul économique que d’une réaction à une mobilisation inattendue de la société civile. Cette dernière a joué le rôle de catalyseur conditionnel dans un processus de changement de politique.

Marc Dixneuf

Dans les pays en développement, l’impact de l’épidémie d’infection à VIH a révélé les effets potentiellement dévastateurs de politiques de santé inadaptées : disparition des adultes en âge de travailler, diminution des ressources alimentaires, arrêt de la croissance, instabilité interne, monopolisation des faibles ressources au détriment d’autres investissements. Cet impact négatif des épidémies ne se limite pas aux Etats, mais intéresse directement la gouvernance mondiale. La santé apparaît comme un domaine d’intervention majeur des politiques internationales pour les années à venir, une mésestimation des enjeux pouvant conduire à une plus grande instabilité globale. Notre objectif est de montrer dans cette Etude l’importance de la santé pour la gouvernance mondiale et de faire l’état des transformations qu’elle suscite ou requiert au niveau global. Dans un premier temps, elle s’intéresse aux acteurs. La place croissante prise par les acteurs non gouvernementaux souligne les limites des Etats et des organisations internationales, et ceux-ci doivent ajuster leurs pratiques aux enjeux sanitaires. Dans un second temps, l’étude s’intéresse aux cadres d’élaboration des politiques de santé, en s’interrogeant sur la participation de certains acteurs à l’orientation des politiques et à l’adéquation du cadre commercial multilatéral avec les enjeux de la santé. Dans la mesure où elle remet en question ses modes de régulation, la santé apparaît comme un enjeu de la gouvernance mondiale.

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