Françoise Daucé

Depuis le début des années 2000, de nombreux journaux d’information en ligne ont vu le jour en Russie, laissant espérer un développement du pluralisme politique. Dans l’ordinaire du travail journalistique, leur fonctionnement diffère peu de celui de leurs homologues occidentaux. Ils bénéficient des mêmes libertés et sont soumis aux mêmes contraintes financières. En Russie cependant, dans un contexte de renforcement de l’autoritarisme, ces contraintes ordinaires peuvent se transformer en contraintes politiques. Les pressions économiques sur les rédactions, l’assèchement de leurs ressources publicitaires, l’invocation de diverses règles administratives, la surveillance des fournisseurs d’accès… sont autant d’outils de contrôle politique. A partir de l’exemple des sites lenta.ru et gazeta.ru, qui dominent le secteur de l’information en ligne, et des sites snob.ru et grani.ru, qui s’adressent à des publics plus spécifiques, cet article montre comment ce contrôle s’articule diversement aux contraintes ordinaires, selon des procédures et des justifications aléatoires et au gré de configurations conjoncturelles qui le rendent à la fois omniprésent et insaisissable, en recomposition permanente.

Renaud Egreteau

La passation de pouvoir qui a eu lieu en Birmanie (Myanmar) entre la junte du général Than Shwe et le régime quasi civil de Thein Sein en mars 2011 a été l’occasion d’une étonnante libéralisation de la scène politique qui s’est manifestée en particulier par un renouveau parlementaire, par le retour au premier plan d’Aung San Suu Kyi élue députée en 2012 et par la consolidation de nouveaux espaces politiques pour la population et la société civile. Cette trajectoire transitionnelle répond tout d’abord à une logique interne à l’institution militaire qui encadre le processus depuis son origine et cherche désormais à redéfinir son intervention sur le fait politique. Tout en laissant une plus grande place aux civils dans la conduite des affaires de l’Etat, l’armée conserve de nombreuses prérogatives constitutionnelles. La question ethnique demeure toutefois irrésolue, malgré la signature de plusieurs cessez-le-feu et la mise en place de parlements locaux. Quant à l’afflux désordonné des investisseurs étrangers et de l’aide internationale suscité par l’ouverture et la fin des sanctions internationales, il est d’autant plus problématique qu’il se produit dans un pays miné par le clientélisme, la personnification du pouvoir et une oligarchisation croissante de son économie.