La contestation populaire de janvier 1997 en Bulgarie a mis en évidence les difficultés que pouvait rencontrer la légitimation, en régime postcommuniste, d'une pratique représentative de la démocratie. Thème peu exploré dans les travaux de transitologie est-européenne, la représentation politique constitue pourtant un site d'observation privilégié des processus de consolidation démocratique. Interrogée à partir de la notion de lien représentatif, elle invite en effet à élucider les modalités de développement des interactions entre dirigeants et dirigés et corrélativement les conditions de routinisation d'une relation politique démocratique. L'approche adoptée ici suppose une attention particulière aux imaginaires sociaux de la représentation en vue d'identifier les attentes des citoyens ainsi que les supports, symboliques et matériels, des rapports qu'ils entretiennent avec leurs élus. Dans un pays où la lenteur des réformes de structure a retardé la différenciation d'intérêts économiques susceptibles d'une prise en charge partisane, le lien représentatif ne saurait pour l'heure être fondé sur un calcul de préférences rationnel. Il s'enracinerait plutôt dans des représentations sociales du politique qui, tout en le reléguant dans une sphère d'étrangeté corrompue et particulariste, l'érigent en point focal d'attentes clientélaires. Dans un contexte où la légitimité institutionnelle des députés demeure faible, tout échec à garantir la permanence de flux de redistribution économique et sociale fait alors peser la menace d'une rupture du lien représentatif.

Marco Martiniello

Ce cahier aborde la question de l'utilisation d'images de la différence et de la spécificité culturelles dans le "conflit communautaire" en Belgique. Par ce biais, l'interrogation porte sur la relation complexe entre identité politique et culture ainsi que sur la place de ces deux notions dans les processus de construction politique de l'ethnicité et de la nation. 
L'argumentation est développée en cinq points. Premièrement, l'ancienneté du "conflit communautaire" est rappelée. Deuxièmement, on montre que des images de la spécificité culturelle et identitaire ont toujours été politiquement exploitées dans ce conflit. Troisièmement, l'hypothèse suivant laquelle le processus de fédéralisation de l'Etat a révélé un changement profond de l'aspect du "conflit communautaire" est développée. Quatrièmement, on montre que les marqueurs culturels et identitaires utilisés politiquement dans le conflit varient selon que l'on se situe dans une politique de l'ethnicité ou dans une politique des nationalismes. Cinquièmement, des conclusions provisoires sont tirées quant à l'avenir de la Belgique.

Emilie René

Le concept de "communauté mondiale" est aujourd'hui le passage presque obligé de toute analyse des manifestations sociales de la mondialisation. Parallèlement et de façon privilégiée - dans un usage médiatique, politique ou savant -, l'emploi des mots "islam" ou "umma" tend à impliquer l'existence d'une telle communauté qui lierait les musulmans du monde entier. L' "affaire Rushdie" a été l'occasion d'un retour en force de ce type de lecture : le caractère transnational de la mobilisation contre l'écrivain et les termes mêmes de la fatwa de l'imam Khomeyni appelant à son exécution y ont contribué.
Le point de départ de cet essai est de prendre la présomption de la "communauté musulmane mondiale" au mot. De quoi et d'où parle-t-on ? Comment cerner les contours de cet objet, ou plutôt comment le construire afin de le rendre opératoire ? Pour répondre, on examine ici les débuts de la mobilisation mondiale contre Rushdie. La grille de lecture proposée se concentre sur la reconstitution des imaginaires et des stratégies d'acteur, des interactions concrètes et symboliques ainsi que des contextes nationaux spécifiques qui permettent d'identifier la "communauté d'interprétation" qui s'est alors constituée.

Bennetta Jules-Rosette, Denis-Constant Martin

La culture populaire est un terrain sur lequel s'élaborent l'identité sociale et les représentations collectives. Diverses recherches récentes en anthropologie, études culturelles, science politique ou littérature se sont penchées sur ses implications sociales et politiques. Ces différentes approches posent des questions nouvelles et ouvrent un débat. La culture populaire est-elle résistance ou échappatoire ? Les mélanges, fusions et combinaisons qui la caractérisent sont-ils des emblèmes identaires, les marques de l'inéluctable mondialisation ou les sous-produits de processus complexes impliquant dialectique de l'universalisation et discours de contestation?
Pour répondre, les auteurs examinent dans une perspective théorique comparative la production, la réception et la consommation de la culture populaire. Ils explorent les structures de signification que suscite sa transmission et les complexités et ambivalences du cycle de la communication. La culture populaire est analysée comme un système perméable de significations, fondé sur la mémoire, fournissant de quoi construire et exprimer l'identité collective et produisant des attitudes contrastées vis-à-vis du pouvoir.
Après un survol des développements théoriques et méthodologiques récents, les auteurs procèdent à une analyse comparative à partir d'éléments pris dans les arts et la musique populaires d'Afrique, des Antilles, d'Europe, d'Inde, d'Amérique latine et des Etats-Unis. En conclusion, ils suggèrent des pistes théoriques en vue de réévaluer les implications des études empiriques.

Jean-François Bayart

L'Etat en Afrique et en Asie est volontiers considéré comme un "pur produit d'importation", selon l'expression désormais classique de Bertrand Badie et Pierre Birnbaum. Mais plutôt que de nous en tenir au constat d'une "universalisation manquée", il convient de nous interroger sur la formation de l'Etat en tant que processus historique conflictuel, involontaire, largement inconscient et de ce fait souvent paradoxal. En effet la thèse de son extranéité radicale ne résiste pas aux acquis les plus récents de l'histoire et de l'anthropologie. Les institutions d'origine européenne disposent d'une base sociale propre et ont fait l'objet d'une appropriation culturelle. Elles doivent être comprises à la lumière de la "longue durée" chère à Braudel, moyennant certaines précautions méthodologiques. L'on peut envisager trois manières de restituer les trajectoires historiques de l'Etat en Afrique et en Asie : en tant que continuités civilisationelles, scénarios de l'inégalité sociale ou configurations culturelles du politique. Mais si la compréhension de l'historicité culturelle conditionne celle de l'historicité politique, elle ne peut pour autant consister en un retour à l'explication culturaliste, n'en déplaise aux faiseurs de modes intellectuelles. Le concept foucaldien de "gouvernementalité" offre une problématique comparative autrement plus fructueuse qui met la formation de l'Etat en relation avec le processus de subjectivation et la dimension de l'imaginaire politique, saisis dans leur rapport à la matérialité.

Zaki Laïdi

Le temps mondial constitue un moment privilégié où les sociétés humaines nourrissent le sentiment collectif de renégocier, sur le mode de l'accélération, leur rapport au temps et à l'espace. Ce qu'il dégage avant tout, c'est l'idée qu'il existe une nouvelle dynamique du monde faite d'enchaînements de faits et de situations inédites qui incitent à croire et à penser collectivement que rien ne sera plus comme avant. Il peut se définir comme l'interaction des conséquences géopolitiques et culturelles de l'après guerre froide avec l'accélération des processus de mondialisation économique, sociale et culturelle.
L'imaginaire de la fin de la guerre froide est celui de la perte des repères collectifs, des alignements, des dogmes et des conflits diplomatico-stratégiques cerclés par des Etats. L'imaginaire de la mondialisation est celui de l'élargissement de l'espace de référence des individus, des entreprises et des acteurs sociaux en général. L'imaginaire du temps mondial est celui qui croise en les enchaînant ces deux dimensions, produisant ainsi une articulation entre un monde sans frontières (la mondialisation) et un monde sans repères (la fin de la guerre froide).

Olivier Roy

Une des causes de la faiblesse de l'Etat au Moyen-Orient est que l'allégeance primordiale va au "groupe de solidarité" (açabiyya), un réseau fondé, quelle qu'en soit la base sociologique, sur des relations familiales et personnelles. Ces groupes de solidarité s'engagent soit dans une stratégie nationale de contrôle de l'Etat, soit au contraire se délocalisent et s'internationalisent dans le cadre des diasporas qui créent des réseaux transnationaux. Les groupes de solidarité ne sont pas l'expression de la permanence d'une société traditionnelle dans un Etat moderne, mais une recomposition de réseaux d'allégeances dans un espace politique et territorial définitivement modifié par le fait de l'Etat.
La recomposition peut se marquer par la territorialisation et la communautarisation de groupes infra-ethniques en compétition pour le pouvoir (Koulabis du Tadjikistan) ou bien par la délocalisation de réseaux de pouvoir qui s'effacent en apparence derrière leur objet, le pouvoir d'Etat (la faction de Samarcande en Ouzbékistan) ou bien au contraire par le branchement du groupe de solidarité sur un réseau international (aide humanitaire). Ces formes de recomposition affaiblissent non pas l'Etat, cadre de toute inscription dans l'espace politique, mais le passage à l'Etat ethnique, qui ne fonctionne que lorsqu'il est construit par en haut : l'Ouzbékistan existe, pas le Baloutchistan

Sudipta Kaviraj

La théorie occidentale ne permet pas toujours de rendre intelligible ce que celle-ci représente dans le Tiers monde. Une manière féconde de poser le problème est de considérer la démocratie non comme un régime, mais comme une "langue". En Inde, la Constitution s'est inspirée des modèles élaborés à l'Ouest ; mais en pratique, la démocratie ne s'est pas appuyée sur les valeurs individualistes de l'idéologie libérale : la nation, puis les groupes sociaux (et non les individus) étant perçus comme les unités de base du processus politique - notamment sous l'impulsion de Gandhi qui concevait la nation comme composée des communautés traditionnelles. Nehru se détourna quant à lui des valeurs libérales au nom d'une critique de gauche qui valorisa l'intervention de l'Etat. Cet Etat fort ne fut cependant pas en mesure de remplir les fonctions redistributives qu'on attendait de lui en raison du conservatisme des "boss" du Congrès, surtout représentatifs d'une coalition dominante comprenant des propriétaires terriens, une bourgeoisie capitaliste et l'élite administrative. Le seul acquis enregistré avant la mort de Nehru concerne le remplacement des premiers, en perte de vitesse, par des paysans de rang inférieur mais en cours d'ascension sociale.
Indira Gandhi fit dériver la démocratie indienne vers une centralisation et une personnalisation accrues du pouvoir, au moyen d'un discours populiste. D'où le discrédit dont souffrit le processus démocratique, et l'instauration de l'état d'urgence en 1975. Le retour à la démocratie en 1977 n'inversa pas ces tendances, jusqu'à la libéralisation de 1991. La démocratie reste aujourd'hui menacée par des groupes imposants, les hindous et les basses castes, qui, au nom des "droits de la majorité", cherchent à prendre le pouvoir de façon définitive, ce qui reviendrait à évincer les minorités du processus de décision.

L'un des phénomènes sociaux les plus remarquables dans l'Iran des années 1990 est la politique audacieuse de rénovation urbaine conduite par le maire de Téhéran, Gholamhossein Karbastchi. D'une part, celle-ci fait école dans le reste du pays. D'autre part, elle est l'objet d'un vaste débat public que favorise le style très personnel et médiatique du premier magistrat de la capitale. La réalisation la plus populaire de M. Karbastchi est la multiplication des espaces verts. Ceux-ci donnent lieu à toute une série de pratiques sociales inédites. En tant que tels les jardins municipaux sont des sites à la fois de conciliation et de conflits potentiels. En particulier ils sont un lieu de coexistence entre l'idéologie de la République islamique et la culture nationale. Mais la pression fiscale qui accompagne la rénovation urbaine suscite de fortes oppositions, d'ordre économique ou politique. La fréquentation des jardins, la perception de l'impôt qui les finance, les débats qui s'ensuivent ouvrent un domaine de négociation entre acteurs qui contribue peut-être à la formation d'un espace public. Ce processus contribue à la rationalisation et à la bureaucratisation de la société que véhicule la République islamique, tout en étant porté par un homme qui reste perçu dans les termes d'un imaginaire à forte connotation culturelle. En définitive, c'est l'hypothèse de l' "Etat rentier", développée par de nombreux auteurs au sujet du Proche-Orient, qui se voit complétée par l'enquête anthropologique.

Raymond Benhaïm, Youssef Courbage et Rémy Leveau

Ce dossier veut rompre avec le catastrophisme qui marque le plus souvent l'analyse des événements du Maghreb, en s'attachant aux grands équilibres et à la moyenne/longue durée.
Sur le plan démographique d'abord, Youssef Courbage montre comment l'émigration vers la rive nord de la Méditerranée a influencé en profondeur les rythmes de la transition démographique au Maghreb, qui se comporte en l'occurence comme un ensemble régional cohérent.
Dans son analyse de prospective économique, Raymond Benhaïm voit aussi se dessiner une logique d'intégration, en dépit de la mise en sommeil de l'Union du Maghreb arabe. Si chacun des pays du Maghreb privilégie aujourd'hui les relations bilatérales avec l'Europe, celle-ci aurait plutôt intérêt à voir se constituer un marché maghrébin unifié.
Sur le plan politique enfin, Rémy Leveau examine les nouveaux comportements des gouvernants et des gouvernés à l'heure des déceptions sociales et de l'aspiration des nouvelles populations urbaines et éduquées à dire leur mot dans l'organisation de la société. Crise des Etats, montée des mouvements islamistes : si aucun des adversaires ne peut remporter de victoire totale, c'est la logique du compromis qui devrait finalement prévaloir. Encore faut-il que chacun renonce à une vision réductrice, et que les partenaires extérieurs envisagent d'autres solutions que l'aide inconditionnelle, face au "péril vert", à des gouvernants habitués à refuser tout contrôle des gouvernés.

David P. Calleo

Quels sont les défis que la fin de la guerre froide pose à l'Union européenne ? Saura-t-elle les relever ? Quels liens lui faudra-t-il conserver avec les Etats-Unis ? Quelles relations devra-t-elle instaurer avec la Russie ?
Les enjeux sont énormes : il ne s'agit de rien moins que de la stabilité et de l'harmonie du monde au prochain siècle. Les défis sont de tous ordres : politiques et de sécurité, économiques, institutionnels. L'auteur les explore et plaide pour une approche débarrassée des idéaux fédéralistes les plus irréalistes. Il se penche ensuite sur les Etats qui joueront les principaux rôles dans l'avenir de l'Europe : à l'intérieur, l'Allemagne et la France, à l'extérieur, la Russie et les Etats-Unis, et tente d'évaluer les chances qu'aura l'Europe de parvenir à se hisser à la hauteur des circonstances.

David Camroux

L'Etat-nation, en tant qu'unité de base pour l'analyse des relations internationales, est de plus en plus contesté. Les pressions exercées par la mondialisation et le phénomène, qui lui est apparemment lié, de la régionalisation, remettent en question le concept de souveraineté nationale. Pourtant l'Etat-nation subsiste, les acteurs politiques nationaux, responsables surtout devant une opinion nationale, continuant de se préoccuper de la définition et de la défense des intérêts nationaux et, corollaire souvent implicite, de l'identité nationale.
Dans cette étude, l'auteur analyse le cas de la Malaisie, Etat-nation multiculturel et multiethnique, et tente d'éclairer les liens entre le global, le régional et le national en matière de relations extérieures. Ce faisant, il souligne l'importance des nécessités de la construction de la nation dans la définition et la formulation de la politique extérieure. Il examine notamment la participation de la Malaisie à quatre groupements : ASEAN, Organisation de la Conférence islamique, Mouvement des non-alignés et Commonwealth. Il analyse ensuite la politique "Look East" et la proposition de groupement économique est-asiatique, formulées par le Premier ministre malaisien Mahathir. Il fait ressortir les contraintes imposées par la complexité de la société malaisienne et le rôle double du Premier ministre : défenseur des intérêts de l'ethnie dominante, les Malais, et chef d'une coalition gouvernementale multiethnique. Le régionalisme ne représenterait pas simplement un compromis entre le global et le national mais un moyen de réinventer l'Etat-nation même

Eric Anglès, Chris Hensley et Denis-Constant Martin

Dans la Jamaïque des années 1970 se produit une conjonction assez rare : celle d'un culte syncrétique en plein essor, le rastafarisme ; d'un nouveau style de musique populaire, le reggae ; et d'un mouvement politique incarné dans l'un des deux grands partis de l'île, le People's National Party. Ensemble, bien que sous des formes différentes et sans jamais établir entre eux de relations exclusives, ils prennent en charge une intense aspiration au changement, à la fois culturel, social, économique et politique. Aujourd'hui, le rapport des Jamaïcains à leur histoire a effectivement changé; dans beaucoup d'esprits, la dignité et la fierté ont remplacé l'aliénation et le mépris de soi. Pourtant le système politique, les inégalités sociales demeurent ce qu'ils étaient il y a vingt-cinq ans. Et la Jamaïque s'interroge encore sur ce que pourrait être son avenir. Les textes réunis ici analysent les conditions qui ont permis la rencontre du rastafarisme, du reggae et des forces politiques jamaïcaines et étudient l'évolution récente de la musique populaire pour essayer de mieux comprendre les transformations qu'a subies la société jamaïcaine, et leurs limites.

Anne Gazier

Plus d'un an après l'échec du putsch d'août 1991, quel type de pouvoir s'est instauré en Russie?
L'étude de l'évolution des pouvoirs locaux dans cinq régions voisines appartenant à une même zone économique, le Centre-Terres noires, met en lumière une étonnante continuité. En effet, malgré la mise en place de nouvelles institutions locales censées être "démocratiques" et l'application de réformes économiques d'inspiration libérale, il apparaît que le pouvoir, dans ces régions, est resté, avec la complicité du Centre, pour l'essentiel entre les mains des membres de l'ancienne nomenklatura. En outre, son exercice se révèle très fortement marqué par le recours aux méthodes et moyens d'action autoritaires qui caractérisaient le système soviétique.

Marie-Paule Canapa

La fin du communisme en Yougoslavie a abouti à l'éclatement du pays et à la guerre. Mais les nouveaux Etats qui se sont séparés de la fédération sont eux-mêmes (sauf la Slovénie) pluriethniques. Comment géreront-ils ce problème ? Cette question, même si elle se pose d'abord en termes de droit des minorités, soulève un problème de démocratie en général. Les principes de base de l'organisation de la démocratie dans l'Etat "national" empêchent une pleine affirmation des membres des minorités en tant que citoyens définis d'abord, parfois presque exclusivement, comme membres de leur nation.
Peut-on envisager un autre mode d'appartenance à l'Etat, une participation plus effective à la prise de décisions ? Ce sont en fait des questions cruciales de la démocratie qui sont ici en cause (laïcité au sens large, décentralisation) ; c'est aussi le rôle du critère ethnique dans l'organisation politique et des perversions possibles qu'il induit (Bosnie-Herzégovine)

Françoise Aubin

L'auteur a cherché, en réunissant et en commentant cent quarante références de livres publiés sur le Tibet dans les années 1980 à 1992, à fournir un outil critique pour l'utilisation d'une littérature riche et variée, mais souvent entachée de partialité.
Les références sont données selon un ordre thématique et classées en quatre grandes parties : Les traditions de la haute culture ; Le Tibet éternel au quotidien ; Le Tibet hors de la Chine (l'avant-communisme et l'exil) ; Le face à face entre le Tibet et la Chine populaire.
Carte, index

André Grjebine

L'auteur, après avoir revendiqué le droit de contester les aspects monétaires des Accords de Maastricht sans encourir l'accusation de nationalisme anti-européen, se demande si la voie choisie dans ces accords est la plus à même de préserver la synthèse d'efficacité économique et de solidarité sociale qui a longtemps distingué l'Europe occidentale des autres parties du monde.
Après avoir examiné la logique qui sous-tend la politique actuelle fondée sur le couple stabilité monétaire / désinflation compétitive, il analyse les effets pervers inhérents à cette stratégie. Il montre ensuite qu'on ne saurait attendre de la construction européenne qu'elle induise spontanément un rapprochement des économies des pays membres : c'est le paradoxe de la divergence. Après avoir suggéré que la Communauté ne saurait se passer de politiques économiques différenciées, il examine les termes du choix qui se pose si l'on veut préserver le couple efficacité économique / bien-être social : accélérer le passage vers une monnaie unique qui irait de pair avec le renforcement de politiques budgétaires nationales, ou bien définir un autre cheminement pour la construction européenne privilégiant le développement d'une monnaie parallèle.

Radovan Vukadinovic

La désintégration violente de la Yougoslavie secoue profondément les Balkans. La naissance de nouveaux Etats issus de l'ancienne fédération, la disparition de celle-ci, naguère pilier de la péninsule, la recherche d'appuis extérieurs par les parties en conflit ont transformé des paramètres régionaux déjà profondément infléchis par l'effondrement des régimes communistes.
Radovan Vukadinovic passe en revue tous les acteurs, anciens ou nouveaux, de la région en analysant minutieusement leurs craintes, leurs intérêts à court et à long terme, l'évolution de leurs relations. Dans son dernier chapitre, il s'interroge sur les nouvelles lignes de force qui se dessinent dans un paysage encore confus. Il relève les imperfections d'un modèle trop calqué sur le passé qui comporterait une alliance centre-européenne ("catholique") et une "alliance orthodoxe". Mais il décèle deux coalitions plus modestes en voie de formation : Grèce-Roumanie-Serbie et Turquie-Bulgarie-Albanie.

Denis-Constant Martin

Les mouvements politiques qui ont animé récemment l'Europe de l'Est et l'Afrique sub-saharienne posent une fois encore la question des conditions et des modalités du changement politique. Ils soulèvent notamment le problème du rapport entre des phénomènes qui perdurent, manifestant une continuité des sociétés en certains de leurs traits au moins, et d'autres phénomènes qui bouleversent, faisant éclater dans l'immédiat le changement. Les interprétations présentées, d'un côté, en termes de "retour à une identité bafouée", de "retrouvailles" avec le passé ou, de l'autre, sous l'angle du "tribalisme" ou du "réflexe clanique" n'aident guère à comprendre mieux comment interagissent phénomènes de longue durée et phénomènes éphémères.
Ce texte propose quelques pistes pour tenter de dépasser leur opposition, pour éviter d'en privilégier certains au détriment d'autres. Il suggère que l'imprégnation culturelle des systèmes, des pratiques et des représentations politiques peut être reconstruite analytiquement dans le concept de "culture politique". Celui-ci fait une large place aux dynamiques (impulsant l'innovation politique) tout en prenant en compte la complexité des transmissions (assurant la continuité). Il suppose que la continuité nourrit l'innovation en s'attachant plus particulièrement à l'étude de trois couples de forces : la dialectique des dynamiques du dehors et des dynamiques du dedans, la dialectique de l'affectivité et de la rationalité, la dialectique de la tradition et de l'innovation ; couples de forces dont le jeu doit être observé aussi bien dans les "lieux officiels" du politique que dans les lieux apparemment non politiques, mais qui peuvent être "investis" par le politique

Zaki Laïdi

La perception couramment admise d'un décalage entre l'ampleur des ressources politiques des Etats-Unis - encore accrues par l'effondrement de l'URSS - et leur affaiblissement économique repose le problème de la puissance américaine. L'Amérique n'est-elle pas passée, notamment depuis 1985, du statut de puissance hégémonique, c'est-à-dire d'une puissance capable de consentir des sacrifices économiques et financiers en faveur d'alliés politiques privilégiés, à celui de puissance prédatrice, autrement dit d'acteur maximisant ses ressources politiques pour faire partiellement assumer par d'autres le coût de son déclin économique ?
En se plaçant dans une perspective essentiellement économique et en s'attachant surtout à l'observation des rapports entre les Etats-Unis et les nouveaux pays industrialisés d'Asie et d'Amérique latine, Zaki Laïdi explore cette hypothèse et conclut que, malgré le durcissement de l'exercice de la puissance américaine, celle-ci ne peut pour autant être qualifiée de prédatrice.

Retour en haut de page