Anne de Tinguy (Dir.)

Regards sur l’Eurasie propose des clefs de compréhension des événements et des phénomènes qui marquent de leur empreinte les évolutions d’une région, l’espace postsoviétique, en profonde mutation depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Forte d’une approche transversale qui ne prétend nullement à l’exhaustivité, elle vise à identifier les grands facteurs explicatifs, les dynamiques régionales et les enjeux sous-jacents.

Bayram Balci, Juliette Tolay

Alors que la question des réfugiés syriens a poussé un nombre croissant de pays à imposer des restrictions à leur entrée sur leur sol, près de la moitié des réfugiés syriens se trouvent dans un seul pays : la Turquie. Or celle-ci, loin de fermer sa frontière, se singularise par sa politique de porte ouverte et son engagement humanitaire de grande ampleur. L’élan de générosité ne peut seul expliquer cette politique d’asile mise en place spécialement pour les Syriens. Un certain nombre de considérations politiques indiquent une instrumentalisation de la question. L’attitude bienveillante de la Turquie peut s’expliquer par son opposition à Assad dans la crise syrienne et son souhait de jouer un rôle dans la construction d’une future Syrie, ainsi que par sa volonté de tirer des bénéfices matériels et symboliques auprès de l’Union européenne. Mais la crise de réfugiés a aussi une dimension de politique intérieure. Les différents partis (au pouvoir ou dans l’opposition) semblent utiliser la question des réfugiés de façon opportuniste, aux dépens d’un climat propice à une bonne intégration des Syriens en Turquie.

Anne de Tinguy (Dir.)

Regards sur l’Eurasie propose des clefs de compréhension des événements et des phénomènes qui marquent de leur empreinte les évolutions d’une région, l’espace postsoviétique, en profonde mutation depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Forte d’une approche transversale qui ne prétend nullement à l’exhaustivité, elle vise à identifier les grands facteurs explicatifs, les dynamiques régionales et les enjeux sous-jacents.

Gilles Lepesant

Une semaine avant le troisième sommet du Partenariat oriental à Vilnius des 28 et 29 novembre 2013, l’Ukraine suspendait la préparation d’un accord d’association avec l’Union européenne, en négociation depuis 2007. Lorsqu’il fut finalement signé en juin 2014, le président Ianoukovitch avait fui le pays sous la pression populaire, et l’intégrité du territoire se trouvait contestée à l’Est par des séparatistes et leurs alliés russes. Cette remise en cause intervenait paradoxalement à un moment où la cohésion du pays paraissait mieux établie que dans les années 1990. L’Ukraine, loin d’être coupée en deux, est constituée de fragments d’Empires déchus qui ont des raisons objectives de s’inscrire dans l’Etat, aussi récent soit-il. Sa géographie électorale comme sa géographie économique sont de même traversées non par une faille opposant deux blocs, mais par différentes lignes de partage qui n’annoncent pas nécessairement une dislocation de l’Etat. Cette diversité n’a jamais été institutionnalisée depuis l’indépendance, les différentes forces politiques jugeant pour des raisons diverses inopportun de remodeler le régime centralisé hérité de la période soviétique. Présentée comme une priorité par les députés élus en 2014, la réforme de la gouvernance territoriale intervient aujourd’hui dans un contexte où les régions motrices du pays sont paralysées ou menacées par la guerre.