Malgré la montée en puissance de l'Inde, du Brésil et de l'Afrique du Sud sur la scène internationale, et de leur catégorisation comme puissances émergentes, la lutte contre la pauvreté reste une priorité nationale dans chacun de ces pays. Dans ce cadre, plusieurs politiques et initiatives sont mises en oeuvre à la fois au niveau national et international : le forum IBSA qui regroupe ces trois émergents en est un exemple. Né en 2003, cette nouvelle coopération Sud-Sud (Inde, Brésil, Afrique du Sud) se fait le relais des priorités nationales et des intérêts communs de ses membres pour la résorption de la pauvreté au niveau interne mais aussi international. Leur coopération passe par des échanges trilatéraux et la conduite de projets de développement communs dans d'autres pays en développement via le fonds IBAS pour la lutte contre la faim et la pauvreté. Malgré ses limites, elle participe à l'affirmation et à la quête d'autonomie et à la légitimation de ses membres comme nouvelles puissances.

L'Inde est à la fois un des pays où le taux de croissance est le plus élevé au monde et celui où le nombre de pauvres est le plus important. Ce paradoxe - dont les termes varient suivant les critères que l'on adopte pour définir la ligne de pauvreté - s'explique par le caractère très inégalitaire d'une trajectoire en forme de croissance sans développement. Cette pauvreté de masse frappe moins les villes (où les musulmans en sont toutefois parmi les premières victimes) que les campagnes en général et les Dalits (ex-intouchables) et les Adivasis (aborigènes) en particulier, notamment dans une vaste zone située au Nord et à l'Est de l'Inde. Dans cette région, lorsqu'en,outre, les aborigènes sont victimes de l'exploitation des ressources minérales dont regorgent leurs territoires, le mouvement maoïste s'étend. A ce titre - entre autre - la pauvreté constitue un immense défi politique pour la démocratie indienne.

Le Pakistan est né en 1947 de la demande d’un État séparé par la minorité musulmane du Raj britannique. L’Islam
y était défini par son fondateur, Jinnah, dans le cadre de sa « théorie des deux nations », comme un fondement
identitaire, à la fois culturel et territorial. Cette idéologie était donc à l’origine d’une forme de sécularisation originale
qu’ignore la typologie ternaire de Charles Taylor – que ce texte s’attache à tester et à compléter. Par contre, elle
allait de pair avec un certain sécularisme au sens où l’entend Taylor : les deux premières Constitutions du Pakistan
n’érigeaient pas l’islam en religion officielle et garantissaient des droits importants aux minorités. Mais l’approche de
Jinnah ne faisait pas consensus. Les religieux et les fondamentalistes militaient, eux, en faveur d’une islamisation du
pays. Leurs pressions ont porté leurs fruits au début des années 1970, au moment où Z. A. Bhutto instrumentalisait
la religion. La politique d’islamisation de Zia transforma plus encore le droit, le système éducatif et le dispositif
fiscal. Si cette évolution s’est opérée aux dépens du sécularisme, les minorités se retrouvant dans une situation
particulièrement précaire, les années 1980 ont vu Zia poursuivre une politique d’étatisation de l’islam comparable
à celle de ses prédécesseurs – de Jinnah à Ayub Khan – qui l’avaient pourtant mise en oeuvre au nom d’idéologies
différentes. C’est là l’indice d’une forme spécifique de sécularisation qu’on pourrait dire du quatrième type.