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08.09.2022

Trois questions à Marc Ringel

Marc Ringel
Marc Ringel (crédits : Thomas Arrivé/Sciences Po)

Entretien avec Marc Ringel, nouveau titulaire de la Chaire européenne pour le développement durable et la transition climatique de Sciences Po, lancée en novembre 2020 et pilotée conjointement par l'École des affaires internationales (PSIA) et l'École d'affaires publiques. La mission de la Chaire est de faire progresser, dans une approche transdisciplinaire, la formation, l'innovation et le débat public sur la conception et la mise en oeuvre des politiques de développement durable et de transition climatique, au sein et en dehors de l'Europe.

 Vous avez pris la tête de la chaire européenne pour le développement durable et la transition climatique de Sciences Po en juin dernier. Quels sont vos objectifs et perspectives concernant son développement ?

Permettez-moi de commencer en précisant à quel point je suis impressionné par la multitude de travaux et programmes de recherche et d'enseignements liés aux politiques climatiques et environnementales que propose Sciences Po. Mon objectif est d'aller à la rencontre de toutes ces initiatives et de faire de la chaire un pôle scientifique pour mieux les rassembler et les mettre en valeur.

Sur cette base, mes recherches* se concentrent sur la mise en œuvre du Pacte vert européen (European Green Deal), tant dans sa dimension européenne que mondiale : comment pouvons-nous concevoir des plans de transition climatique efficaces qui fonctionnent d'un point de vue écologique, mais aussi économique et social ? Cette question touche à de nombreux aspects : étant donné que près de 80 % des gaz à effet de serre proviennent du secteur de l'énergie en Europe, il convient d’analyser les stratégies de transition énergétique. Des politiques d'efficacité énergétique bien conçues et renforcées peuvent jouer un rôle beaucoup plus important à cet égard.

La conception des politiques de transition soulève des questions de gouvernance et d'équité : comment s'assurer que la transition "ne laisse personne de côté" ? Une transition juste implique d'examiner les politiques régionales, mais aussi de renforcer les capacités individuelles, par exemple pour payer les factures d'énergie croissantes - ce que l’on appelle la "pauvreté énergétique" - ou pour mobiliser des fonds afin de rénover les bâtiments.

Enfin, nous devons reconnaître le fait que le changement climatique est en cours et que nous devons agir et nous adapter. Le suivi des travaux engagés sur les solutions fondées sur la nature semble très prometteur à cet égard.

Que prévoyez-vous de mettre en œuvre pour continuer à former les acteurs de demain sur les questions climatiques (renforcement de l’offre de cours au niveau master, formation continue, recherche, innovation...) ?

D'après mon expérience, de nombreux jeunes sont dépassés et profondément découragés par les découvertes scientifiques sur le changement climatique, ce qui entraîne un sentiment d'impuissance. Je pense que nous avons la mission de fournir les outils et les compétences nécessaires aux acteurs actuels- et futurs -pour agir et faire les choix qu’il devient impératif de faire.

Cela exige tout d’abord une meilleure compréhension des choix politiques existants en renforçant l'offre de cours sur l'environnement et le climat**. Ainsi, j'enseignerai lors du prochain semestre à l’École d’affaires publiques, un cours sur le Green Deal européen, suivi d'une analyse des stratégies climatiques nationales avec l’École des affaires internationales (PSIA) au cours du semestre de printemps.

Ensuite, la complexité des transitions climatiques exige un apprentissage tout au long de la vie. Le soutien des activités de Capstone dans le cadre des programmes d’executive master aidera les professionnels d'aujourd'hui à mettre à jour et à affiner leurs compétences en matière de climat. Enfin, et c'est très important pour moi, je veux que ces activités mettent en valeur les talents des étudiantes et étudiants : en les mettant en relation avec les dirigeants d'aujourd'hui et en leur donnant un espace pour développer des solutions innovantes - dans des formats tels que les blogs et les podcasts des étudiants, que nous publions régulièrement.

Vous êtes un expert des questions environnementales*, professeur à Sciences Po et à l’Université de Nuertingen Geislingen (Allemagne). Selon vous, en quoi une école d’enseignement supérieur en sciences humaines et sociales comme Sciences Po peut apporter sa contribution sur les questions de développement durable et de transition climatique ?

À mon avis, les universités et les établissements de recherche sont les mieux placés pour aborder les questions liées au développement durable et aux transitions climatiques. Par nature, ces domaines sont complexes et relèvent de différentes disciplines scientifiques. Le fait de s'associer pour mener des recherches inter- et transdisciplinaires permet de faire progresser les résultats de la recherche sur ces questions et d'apporter des réponses innovantes.

Ensuite, nous avons un rôle à jouer dans la coopération en créant des réseaux internationaux, tant en Europe qu'en dehors. Cela permet également de poser les bases des débats et des choix politiques, en fournissant les preuves scientifiques, en comparant les solutions à l’échelle mondiale et en identifiant les bonnes pratiques pour gouverner les transitions climatiques et énergétiques.

J'ai souvent l'impression que même si nous avons compris l'impact du réchauffement climatique et que nous reconnaissons la nécessité d'agir, nous sommes encore loin de traduire ces connaissances en actions politiques concrètes. La définition de voies de transition et d'instruments politiques peut contribuer à combler ce "fossé entre la connaissance et l'action", comme je le qualifierais.

Cela permet également d'aborder une autre mission, que je trouve très importante : contribuer à ce qui est souvent appelé la "troisième mission de la science". Celle-ci consiste, outre la recherche et l'enseignement, à créer une valeur ajoutée pour le développement social, environnemental et économique au sens large. Nous devons diffuser et communiquer les implications pratiques de nos recherches en termes clairs et aller vers les débats publics, les auditions parlementaires ou les comités gouvernementaux.

Propos recueillis par l'équipe éditoriale de Sciences Po.

-

La chaire est soutenue par la Banque européenne d’investissement, Hermès et HSBC

*Outre sa fonction de titulaire de la Chaire européenne pour le développement durable et la transition climatique de Sciences Po, Marc Ringel est professeur titulaire à l'université de Nuertingen Geislingen (HfWU), en Allemagne, où il enseigne l'économie de l'environnement, les politiques climatiques et énergétiques et la gouvernance européenne. Il est également chercheur associé senior à l'Université de Bruxelles, Belgique (Vrije Universiteit Brussel) et professeur affilié à l'Université d'Aix en Provence/Marseille, France. Dans ses enseignements, Marc combine économie et analyse politique pour étudier les questions de l'énergie et du climat. Il est l'auteur de plus de 90 publications, livres et contributions évalués par des pairs.

**La chaire vient contribuer à une puissante dynamique académique à l’œuvre à Sciences Po, à côté d’autres dispositifs de recherche comme Aire, et de la restructuration des enseignements sur la transition environnementale. À compter de janvier 2023, un grand cours d’introduction aux enjeux écologiques sera rendu obligatoire pour les bachelors de première année. D’une durée de 24 heures, il sera dispensé sur les 7 campus du Collège universitaire et en 2 langues. Il s'appuie sur une expérience désormais solide de l'interdisciplinarité et l'ouverture aux sciences naturelles, acquise ces 5 dernières années en termes de recherche et d'enseignements (BASc, ...). Ce cours constituera la base d’un socle commun, en lien avec les plus de 280 cours de Sciences Po, et le point de départ d'une réflexion plus approfondie sur la diffusion systématique à tous les étages.

En savoir plus : 

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Marc Ringel
Marc Ringel (crédits : Thomas Arrivé/Sciences Po)

Entretien avec Marc Ringel, nouveau titulaire de la Chaire européenne pour le développement durable et la transition climatique de Sciences Po, lancée en novembre 2020 et pilotée conjointement par l'École des affaires internationales (PSIA) et l'École d'affaires publiques. La mission de la Chaire est de faire progresser, dans une approche transdisciplinaire, la formation, l'innovation et le débat public sur la conception et la mise en oeuvre des politiques de développement durable et de transition climatique, au sein et en dehors de l'Europe.

 Vous avez pris la tête de la chaire européenne pour le développement durable et la transition climatique de Sciences Po en juin dernier. Quels sont vos objectifs et perspectives concernant son développement ?

Permettez-moi de commencer en précisant à quel point je suis impressionné par la multitude de travaux et programmes de recherche et d'enseignements liés aux politiques climatiques et environnementales que propose Sciences Po. Mon objectif est d'aller à la rencontre de toutes ces initiatives et de faire de la chaire un pôle scientifique pour mieux les rassembler et les mettre en valeur.

Sur cette base, mes recherches* se concentrent sur la mise en œuvre du Pacte vert européen (European Green Deal), tant dans sa dimension européenne que mondiale : comment pouvons-nous concevoir des plans de transition climatique efficaces qui fonctionnent d'un point de vue écologique, mais aussi économique et social ? Cette question touche à de nombreux aspects : étant donné que près de 80 % des gaz à effet de serre proviennent du secteur de l'énergie en Europe, il convient d’analyser les stratégies de transition énergétique. Des politiques d'efficacité énergétique bien conçues et renforcées peuvent jouer un rôle beaucoup plus important à cet égard.

La conception des politiques de transition soulève des questions de gouvernance et d'équité : comment s'assurer que la transition "ne laisse personne de côté" ? Une transition juste implique d'examiner les politiques régionales, mais aussi de renforcer les capacités individuelles, par exemple pour payer les factures d'énergie croissantes - ce que l’on appelle la "pauvreté énergétique" - ou pour mobiliser des fonds afin de rénover les bâtiments.

Enfin, nous devons reconnaître le fait que le changement climatique est en cours et que nous devons agir et nous adapter. Le suivi des travaux engagés sur les solutions fondées sur la nature semble très prometteur à cet égard.

Que prévoyez-vous de mettre en œuvre pour continuer à former les acteurs de demain sur les questions climatiques (renforcement de l’offre de cours au niveau master, formation continue, recherche, innovation...) ?

D'après mon expérience, de nombreux jeunes sont dépassés et profondément découragés par les découvertes scientifiques sur le changement climatique, ce qui entraîne un sentiment d'impuissance. Je pense que nous avons la mission de fournir les outils et les compétences nécessaires aux acteurs actuels- et futurs -pour agir et faire les choix qu’il devient impératif de faire.

Cela exige tout d’abord une meilleure compréhension des choix politiques existants en renforçant l'offre de cours sur l'environnement et le climat**. Ainsi, j'enseignerai lors du prochain semestre à l’École d’affaires publiques, un cours sur le Green Deal européen, suivi d'une analyse des stratégies climatiques nationales avec l’École des affaires internationales (PSIA) au cours du semestre de printemps.

Ensuite, la complexité des transitions climatiques exige un apprentissage tout au long de la vie. Le soutien des activités de Capstone dans le cadre des programmes d’executive master aidera les professionnels d'aujourd'hui à mettre à jour et à affiner leurs compétences en matière de climat. Enfin, et c'est très important pour moi, je veux que ces activités mettent en valeur les talents des étudiantes et étudiants : en les mettant en relation avec les dirigeants d'aujourd'hui et en leur donnant un espace pour développer des solutions innovantes - dans des formats tels que les blogs et les podcasts des étudiants, que nous publions régulièrement.

Vous êtes un expert des questions environnementales*, professeur à Sciences Po et à l’Université de Nuertingen Geislingen (Allemagne). Selon vous, en quoi une école d’enseignement supérieur en sciences humaines et sociales comme Sciences Po peut apporter sa contribution sur les questions de développement durable et de transition climatique ?

À mon avis, les universités et les établissements de recherche sont les mieux placés pour aborder les questions liées au développement durable et aux transitions climatiques. Par nature, ces domaines sont complexes et relèvent de différentes disciplines scientifiques. Le fait de s'associer pour mener des recherches inter- et transdisciplinaires permet de faire progresser les résultats de la recherche sur ces questions et d'apporter des réponses innovantes.

Ensuite, nous avons un rôle à jouer dans la coopération en créant des réseaux internationaux, tant en Europe qu'en dehors. Cela permet également de poser les bases des débats et des choix politiques, en fournissant les preuves scientifiques, en comparant les solutions à l’échelle mondiale et en identifiant les bonnes pratiques pour gouverner les transitions climatiques et énergétiques.

J'ai souvent l'impression que même si nous avons compris l'impact du réchauffement climatique et que nous reconnaissons la nécessité d'agir, nous sommes encore loin de traduire ces connaissances en actions politiques concrètes. La définition de voies de transition et d'instruments politiques peut contribuer à combler ce "fossé entre la connaissance et l'action", comme je le qualifierais.

Cela permet également d'aborder une autre mission, que je trouve très importante : contribuer à ce qui est souvent appelé la "troisième mission de la science". Celle-ci consiste, outre la recherche et l'enseignement, à créer une valeur ajoutée pour le développement social, environnemental et économique au sens large. Nous devons diffuser et communiquer les implications pratiques de nos recherches en termes clairs et aller vers les débats publics, les auditions parlementaires ou les comités gouvernementaux.

Propos recueillis par l'équipe éditoriale de Sciences Po.

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La chaire est soutenue par la Banque européenne d’investissement, Hermès et HSBC

*Outre sa fonction de titulaire de la Chaire européenne pour le développement durable et la transition climatique de Sciences Po, Marc Ringel est professeur titulaire à l'université de Nuertingen Geislingen (HfWU), en Allemagne, où il enseigne l'économie de l'environnement, les politiques climatiques et énergétiques et la gouvernance européenne. Il est également chercheur associé senior à l'Université de Bruxelles, Belgique (Vrije Universiteit Brussel) et professeur affilié à l'Université d'Aix en Provence/Marseille, France. Dans ses enseignements, Marc combine économie et analyse politique pour étudier les questions de l'énergie et du climat. Il est l'auteur de plus de 90 publications, livres et contributions évalués par des pairs.

**La chaire vient contribuer à une puissante dynamique académique à l’œuvre à Sciences Po, à côté d’autres dispositifs de recherche comme Aire, et de la restructuration des enseignements sur la transition environnementale. À compter de janvier 2023, un grand cours d’introduction aux enjeux écologiques sera rendu obligatoire pour les bachelors de première année. D’une durée de 24 heures, il sera dispensé sur les 7 campus du Collège universitaire et en 2 langues. Il s'appuie sur une expérience désormais solide de l'interdisciplinarité et l'ouverture aux sciences naturelles, acquise ces 5 dernières années en termes de recherche et d'enseignements (BASc, ...). Ce cours constituera la base d’un socle commun, en lien avec les plus de 280 cours de Sciences Po, et le point de départ d'une réflexion plus approfondie sur la diffusion systématique à tous les étages.

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