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07.11.2022

Le CERI fête ses 70 ans !

70 ans du CERI
(crédits : @Sciences Po)

Premier laboratoire de recherche créé à Sciences Po, le Centre de recherches internationales (CERI) fête cette année ses 70 ans. C’est dans ce creuset, en développement permanent, que près de 60 chercheurs et chercheuses entreprennent d’éclairer les équilibres et déséquilibres mondiaux et les dynamiques qui traversent les sociétés de part le monde. Entretien avec son directeur, Alain Dieckhoff. 

Le Centre de recherches internationales (CERI) est né en 1952 et ses recherches ont très vite été considérées à la pointe des travaux sur les relations internationales et les aires régionales. Depuis il a élargi le champ de ses études…

Alain Dieckhoff : Nous travaillons toujours sur les deux axes que les fondateurs du CERI lui ont donné, mais en 70 ans, le centre s’est considérablement développé et nous avons enrichi ces axes. La plus ancienne  de nos spécialisations est celle des relations internationales, des rapports entre États : coopération, conflits, négociations, gouvernance mondiale… La deuxième spécialisation porte sur ce que l’on appelle aussi parfois  les « aires culturelles », c’est-à-dire les grandes aires régionales : le Proche et le Moyen Orient, les Amériques, l’Afrique, les Europes, l’ex-URSS et l’Asie. Très tôt, le CERI a accueilli des chercheurs s’intéressant aux institutions et à la vie politique à l’étranger - pour l’essentiel hors Europe occidentale. Mais aujourd'hui,  nous nous penchons aussi sur les sociétés et leurs cultures, en lien avec les politiques, et ce dans une perspective comparée. 

En quoi consistent ces recherches ? 

A.D. : Elles embrassent un spectre très large. Il s’agit aussi bien de comprendre les mouvements politiques et citoyens que les diplomaties, les politiques publiques et les questions de défense, et ce à toutes les échelles : l’espace mondial, les macro-régions, les Etats, les villes. Ce qui nous intéresse tout particulièrement, c’est de croiser les échelles et les différents terrains d’études. Prenons la question environnementale par exemple : nous étudions aussi bien les négociations internationales, que la résilience des petits États insulaires face aux menaces climatiques ou encore la gestion des déchets à Lagos et à Beyrouth. Autre exemple : la démocratie. Nous l’étudions, notamment, à travers le street art en Amérique latine, la gestion des papiers d’identité en Afrique, les dissidences en Asie et plus classiquement à travers les élections dans la quasi-totalité des pays étudiés. En réalité, les exemples sont si nombreux qu’il m’est impossible de tous les mentionner. Sur le site web dédié à notre anniversaire - CERI Lab 70 - vous pouvez découvrir l’immense panel de nos recherches présentées d’une façon très vivante. 

Donc, vos chercheurs ne restent pas enfermés dans leur bibliothèque  ? 

A.D. : Pas du tout ! Même s’il faut s’imprégner des recherches existantes, il n’est pas possible d’avancer sans se confronter au réel : rencontrer les dirigeants politiques, les militaires, les fonctionnaires, les responsables d’ONG, les militants, les intellectuels, les populations tout simplement. Les chercheurs et chercheuses du CERI ouvrent les portes des cabinets ministériels jusqu’à celle des cuisines, ils et elles se mêlent aux passagers d’un bus, aux manifestants… et bien entendu nos chercheurs et chercheuses maîtrisent les langues des pays dans lesquels ils et elles travaillent. Du mandarin à l’ourdou en passant par le japonais, le russe  ou l’arabe, le nombre de langues maîtrisées est impressionnant. Cependant, aller sur certains terrains est de plus en plus dangereux, voire impossible et il faut parfois trouver des méthodes alternatives. Un de nos chercheurs, interdit de séjour dans le pays qu’il étudiait, s’est mis à analyser les informations le concernant sur les réseaux sociaux, ce qui s’est avéré passionnant. Et évidemment, il m’est impossible de ne pas mentionner l’emprisonnement de Fariba Adelkhah en Iran, sous des prétextes fallacieux. Cela fait plus de trois et demi maintenant  que nous luttons pour sa libération et son retour parmi nous. Nous ne baisserons pas les bras.

 Si l’on revient aux relations internationales…

A.D. : En la matière, le CERI a été pionnier en France. L'un des disciples de  Raymond Aron, Pierre Hassner a été un des piliers intellectuels du centre pendant 60 ans. Aujourd’hui nous poursuivons nos travaux sur la diplomatie, les organisations internationales, les questions d’armement, de frontières… Des sujets impérissables, mais nous intégrons aussi des dimensions nouvelles telles que le rôle de la surveillance numérique et les effets socio-politiques du  changement climatique. En croisant ces recherches avec nos études “régionales” nous disposons d’un capital qui nous permet de saisir les évolutions en profondeur mais aussi de décrypter les crises. S’agissant de l’invasion de l’Ukraine en février 2022, j’oserais dire que nous avons tiré l’alarme dès la guerre du Donbass en 2014. Pas seulement parce que nous connaissions les tensions internes et externes mais aussi parce que nous examinons depuis longtemps les évolutions des sociétés russe et ukrainienne.  Autre exemple, aujourd'hui que le nucléaire revient sur la scène, la pertinence de nos travaux sur l’armement et notamment autour de la connaissance du nucléaire s’impose plus que jamais. 

Quel rôle joue le CERI dans le projet pédagogique de Sciences Po ?

A.D. : Nous encadrons chaque année plus de 70 doctorants et doctorantes qui participent à l’ensemble de nos activités tels que les séminaires, les projets de recherche…Outre la formation théorique, nous les aidons à trouver les bons contacts, à partir sur leurs terrains, à publier et à se placer sur le marché du travail. Nous intervenons également dans de nombreux enseignements au niveau du Collège et des Masters. Là aussi les exemples sont nombreux, la quasi-totalité de nos chercheurs et chercheuses étant impliquée dans les formations. Tout naturellement, ils et elles interviennent par exemple sur la diplomatie, les guerres, les dynamiques du religieux mais aussi sur des sujets plus pointus tels que la gouvernance en Chine, les métropoles latino-américaines ou les questions de citoyenneté en Afrique.   

Qu’avez-vous prévu pour souffler vos bougies ?

A.D. : Au-delà du site web que nous avons réalisé à cette occasion (évoqué plus haut), nous organisons deux belles rencontres qui permettront de donner un vaste aperçu de nos recherches, y compris du point de vue de la méthodologie. Un premier rendez-vous, le 17 novembre portera sur la question des comparatismes et des internationalisations  qui sont au cœur de l’identité du CERI. Le lendemain, nous organisons un colloque d’une  journée. Intitulé “Un monde en crises: Répondre aux défis internationaux”, il sera l’occasion de réfléchir aux grands enjeux internationaux et de sécurité. Il débouchera sur un ouvrage collectif dans la collection l’Enjeu Mondial aux Presses de Sciences Po, qui paraîtra en 2023. Ces deux journées restitueront au mieux le trajet que  notre centre a parcouru durant soixante-dix ans  et permettront également de  nous projeter dans l’avenir.  

Programmes et inscriptions :

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07.11.2022

Le CERI fête ses 70 ans !

70 ans du CERI
(crédits : @Sciences Po)

Premier laboratoire de recherche créé à Sciences Po, le Centre de recherches internationales (CERI) fête cette année ses 70 ans. C’est dans ce creuset, en développement permanent, que près de 60 chercheurs et chercheuses entreprennent d’éclairer les équilibres et déséquilibres mondiaux et les dynamiques qui traversent les sociétés de part le monde. Entretien avec son directeur, Alain Dieckhoff. 

Le Centre de recherches internationales (CERI) est né en 1952 et ses recherches ont très vite été considérées à la pointe des travaux sur les relations internationales et les aires régionales. Depuis il a élargi le champ de ses études…

Alain Dieckhoff : Nous travaillons toujours sur les deux axes que les fondateurs du CERI lui ont donné, mais en 70 ans, le centre s’est considérablement développé et nous avons enrichi ces axes. La plus ancienne  de nos spécialisations est celle des relations internationales, des rapports entre États : coopération, conflits, négociations, gouvernance mondiale… La deuxième spécialisation porte sur ce que l’on appelle aussi parfois  les « aires culturelles », c’est-à-dire les grandes aires régionales : le Proche et le Moyen Orient, les Amériques, l’Afrique, les Europes, l’ex-URSS et l’Asie. Très tôt, le CERI a accueilli des chercheurs s’intéressant aux institutions et à la vie politique à l’étranger - pour l’essentiel hors Europe occidentale. Mais aujourd'hui,  nous nous penchons aussi sur les sociétés et leurs cultures, en lien avec les politiques, et ce dans une perspective comparée. 

En quoi consistent ces recherches ? 

A.D. : Elles embrassent un spectre très large. Il s’agit aussi bien de comprendre les mouvements politiques et citoyens que les diplomaties, les politiques publiques et les questions de défense, et ce à toutes les échelles : l’espace mondial, les macro-régions, les Etats, les villes. Ce qui nous intéresse tout particulièrement, c’est de croiser les échelles et les différents terrains d’études. Prenons la question environnementale par exemple : nous étudions aussi bien les négociations internationales, que la résilience des petits États insulaires face aux menaces climatiques ou encore la gestion des déchets à Lagos et à Beyrouth. Autre exemple : la démocratie. Nous l’étudions, notamment, à travers le street art en Amérique latine, la gestion des papiers d’identité en Afrique, les dissidences en Asie et plus classiquement à travers les élections dans la quasi-totalité des pays étudiés. En réalité, les exemples sont si nombreux qu’il m’est impossible de tous les mentionner. Sur le site web dédié à notre anniversaire - CERI Lab 70 - vous pouvez découvrir l’immense panel de nos recherches présentées d’une façon très vivante. 

Donc, vos chercheurs ne restent pas enfermés dans leur bibliothèque  ? 

A.D. : Pas du tout ! Même s’il faut s’imprégner des recherches existantes, il n’est pas possible d’avancer sans se confronter au réel : rencontrer les dirigeants politiques, les militaires, les fonctionnaires, les responsables d’ONG, les militants, les intellectuels, les populations tout simplement. Les chercheurs et chercheuses du CERI ouvrent les portes des cabinets ministériels jusqu’à celle des cuisines, ils et elles se mêlent aux passagers d’un bus, aux manifestants… et bien entendu nos chercheurs et chercheuses maîtrisent les langues des pays dans lesquels ils et elles travaillent. Du mandarin à l’ourdou en passant par le japonais, le russe  ou l’arabe, le nombre de langues maîtrisées est impressionnant. Cependant, aller sur certains terrains est de plus en plus dangereux, voire impossible et il faut parfois trouver des méthodes alternatives. Un de nos chercheurs, interdit de séjour dans le pays qu’il étudiait, s’est mis à analyser les informations le concernant sur les réseaux sociaux, ce qui s’est avéré passionnant. Et évidemment, il m’est impossible de ne pas mentionner l’emprisonnement de Fariba Adelkhah en Iran, sous des prétextes fallacieux. Cela fait plus de trois et demi maintenant  que nous luttons pour sa libération et son retour parmi nous. Nous ne baisserons pas les bras.

 Si l’on revient aux relations internationales…

A.D. : En la matière, le CERI a été pionnier en France. L'un des disciples de  Raymond Aron, Pierre Hassner a été un des piliers intellectuels du centre pendant 60 ans. Aujourd’hui nous poursuivons nos travaux sur la diplomatie, les organisations internationales, les questions d’armement, de frontières… Des sujets impérissables, mais nous intégrons aussi des dimensions nouvelles telles que le rôle de la surveillance numérique et les effets socio-politiques du  changement climatique. En croisant ces recherches avec nos études “régionales” nous disposons d’un capital qui nous permet de saisir les évolutions en profondeur mais aussi de décrypter les crises. S’agissant de l’invasion de l’Ukraine en février 2022, j’oserais dire que nous avons tiré l’alarme dès la guerre du Donbass en 2014. Pas seulement parce que nous connaissions les tensions internes et externes mais aussi parce que nous examinons depuis longtemps les évolutions des sociétés russe et ukrainienne.  Autre exemple, aujourd'hui que le nucléaire revient sur la scène, la pertinence de nos travaux sur l’armement et notamment autour de la connaissance du nucléaire s’impose plus que jamais. 

Quel rôle joue le CERI dans le projet pédagogique de Sciences Po ?

A.D. : Nous encadrons chaque année plus de 70 doctorants et doctorantes qui participent à l’ensemble de nos activités tels que les séminaires, les projets de recherche…Outre la formation théorique, nous les aidons à trouver les bons contacts, à partir sur leurs terrains, à publier et à se placer sur le marché du travail. Nous intervenons également dans de nombreux enseignements au niveau du Collège et des Masters. Là aussi les exemples sont nombreux, la quasi-totalité de nos chercheurs et chercheuses étant impliquée dans les formations. Tout naturellement, ils et elles interviennent par exemple sur la diplomatie, les guerres, les dynamiques du religieux mais aussi sur des sujets plus pointus tels que la gouvernance en Chine, les métropoles latino-américaines ou les questions de citoyenneté en Afrique.   

Qu’avez-vous prévu pour souffler vos bougies ?

A.D. : Au-delà du site web que nous avons réalisé à cette occasion (évoqué plus haut), nous organisons deux belles rencontres qui permettront de donner un vaste aperçu de nos recherches, y compris du point de vue de la méthodologie. Un premier rendez-vous, le 17 novembre portera sur la question des comparatismes et des internationalisations  qui sont au cœur de l’identité du CERI. Le lendemain, nous organisons un colloque d’une  journée. Intitulé “Un monde en crises: Répondre aux défis internationaux”, il sera l’occasion de réfléchir aux grands enjeux internationaux et de sécurité. Il débouchera sur un ouvrage collectif dans la collection l’Enjeu Mondial aux Presses de Sciences Po, qui paraîtra en 2023. Ces deux journées restitueront au mieux le trajet que  notre centre a parcouru durant soixante-dix ans  et permettront également de  nous projeter dans l’avenir.  

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