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21.03.2024

Miriam, Suzanne et Thérèse : connaissez-vous les premières étudiantes de Sciences Po ?

École Libre des Sciences Politiques

Depuis le 20 mars, les salles 13, 14 et 15 du 27 rue Saint-Guillaume (campus de Paris) portent les noms de Miriam Jaffé, Thérèse Ehlers et Suzanne Borel. 

Cette initiative fait suite à la grande consultation  des communautés de Sciences Po organisée au printemps 2022 afin que chacun puisse proposer des noms de personnalités à attribuer aux espaces communs encore anonymes de l'université. Les noms de trois étudiantes pionnières de Sciences Po avaient alors émergé, en reconnaissance de leurs parcours.

Première étudiante, première diplômée, première diplomate : retour sur trois parcours inspirants.

Suzanne Borel, diplomate et résistante (1904-1995)

Suzanne Borel s’est illustrée en tant que résistante durant la Seconde Guerre mondiale et elle a marqué l’histoire en tant que première femme diplomate en France

Fille d'un colonel de l'armée coloniale, née en 1904, elle passe son enfance à parcourir le monde et rêve de devenir diplomate, un métier inaccessible aux femmes jusqu'en 1928.

Licenciée de philosophie, élève de ce qui était alors I'Ecole Libre des Sciences Politiques en 1928-1930 et diplômée de chinois, elle réussit le concours du Quai d'Orsay en 1930 et devient la première femme attachée d'ambassade. Privées de droits civiques jusqu'en 1945, les femmes ne sont pas autorisées à représenter la France à l'étranger.

Cantonnée à l'administration centrale à Paris, Suzanne Borel est nommée au service des Œuvres, qui s'occupe de promouvoir la culture et la langue françaises à travers le monde. Elle y exerce différents postes jusqu'au début de la guerre où elle s'engage dans plusieurs réseaux de Résistance.

À la Libération, elle est appelée à faire partie du cabinet du ministre des Affaires étrangères, Georges Bidault. Elle occupe ensuite diverses fonctions au ministère avant de rejoindre l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Miriam Jaffé, une scolarité brillante et fulgurante (1896-1984)

Miriam Jaffé s’est distinguée en devenant la première femme diplômée de l’école en 1920.

Miriam Jaffé fait partie des six premières étudiantes qui intègrent l’Ecole Libre des Sciences Politiques à la rentrée 1919. Parmi ces étudiantes, cinq sont étrangères. Les origines des six pionnières (française, canadienne, danoise, polono-palestinienne, deux serbes) témoigne de la féminisation précoce de l’enseignement supérieur dans les pays scandinaves et anglo-saxons, comme de l’extraversion des élites étudiantes d’Europe centrale et orientale soumises à l’influence française.

Née à Grodno en 1896, Miriam Jaffé et sa famille ont quitté cette ville lituanienne (intégrée à l’empire russe puis à la Pologne et aujourd'hui à la Biélorussie) en 1919 pour émigrer en Palestine – fuyant sans doute les persécutions et la double exclusion qui touchait alors les étudiants juifs et les étudiantes, soumis à des numerus clausus.

Sa scolarité à l’École libre des sciences politiques, en section économique et sociale, est à la fois fulgurante – puisqu’elle y obtient son diplôme en un an, là où une scolarité normale en nécessitait deux – et brillante, puisqu’elle décroche la mention “très bien” et le premier prix de sa section.

Elle sort de l’ombre en 1968, grâce aux démarches de son fils, professeur d’économie à l’université de Tel Aviv. En remettant aux autorités de la rue Saint-Guillaume la copie du diplôme de sa mère, il lui redonne toute sa place dans la mémoire collective de Sciences Po.

> Découvrez son portrait en intégralité par Marie Scot, l'historienne de Sciences Po.

Thérèse Ehlers, une scandinave polyglotte et engagée (1892-1953)

Admise à la rentrée 1919, Thérèse Ehlers-Holstebroe fait également partie de la première promotion de six étudiantes autorisées à franchir les portes de la rue Saint-Guillaume.

La féminisation de l’enseignement supérieur engagée depuis 1870 et la participation des Françaises à l’effort de guerre lèvent les derniers obstacles qui les retenaient sur le seuil de la rue Saint-Guillaume. Sur recommandation, après enquête de moralité et entretien de motivation avec le directeur, elles intègrent le corps étudiant dont elles forment moins de 10 % des effectifs dans les années 1920.

Née à Copenhague en 1892 et de nationalité danoise, Thérèse Ehlers-Holstebroe est originaire d’Europe du Nord, région à l’avant-garde de la féminisation de l’enseignement supérieur. Elle fait partie des rares élèves scandinaves à fréquenter l’École libre. Issue d’une famille fortunée et francophone – un parent, le docteur Edvard Ehlers préside la branche danoise de l’Alliance française de 1915 à 1922 –, Thérèse est l’exception qui confirme la règle.

Comme beaucoup d’étudiantes étrangères, elle s’inscrit en section diplomatique, elle y brille par sa maîtrise de six langues étrangères. Sa pratique de la langue française est remarquable dans ses compositions écrites comme à l’oral et seul le choix de son sujet de thèse, consacré à “La reine Marguerite du Danemark, sa politique extérieure jusqu’à l’union de Kalmar”, laisse deviner ses origines. Ses professeurs louent ses capacités de réflexion, de hiérarchisation, son investissement et son sang-froid jusqu'à l'obtention de son diplôme en 1921, mention bien, cinquième de sa section. 

Si son dossier étudiant reste muet sur la trajectoire professionnelle ultérieure de Thérèse Ehlers-Holstebroe, les recherches de ses consœurs du XXIe siècle nous renseignent sur son engagement en faveur de l’éducation des femmes et du progrès médical et sanitaire. Se dessine ainsi l’itinéraire d’une alumna danoise, œuvrant au sein d’un vaste réseau international en constitution (comités de la Croix rouge, comité d’hygiène de la SDN, fondations philanthropiques et États) à améliorer les systèmes de prévention et de soins, au service de la médecine et de la santé des autres.

> Découvrir son portrait en intégralité par Marie Scot, l'historienne de Sciences Po.