“Tout patrimoine culturel mérite d’être connu et étudié”

Zina Akrout est étudiante au sein du master politiques publiques de l'École d’affaires publiques de Sciences Po. Elle a reçu le prix Max Lazard pour conduire un projet sur les “Berbères de Tunisie”. Retour sur sa trajectoire, guidée par son insatiable curiosité et une forte dimension internationale. 

Vous avez d’abord suivi un double bachelor entre Sciences Po et UCL. Pourquoi avoir choisi ce programme, et quelle a été votre expérience ? 

J’ai d’abord choisi ce programme pour son contenu, qui implique à la fois de se spécialiser dans une discipline des humanités et d’étudier une langue européenne (le français, l’allemand, l’espagnol ou l’italien, selon le profil, les aptitudes et le choix de chaque étudiant), pendant les quatre ans que dure le programme. J’étais impatiente de vivre cette expérience entre deux institutions, et d’apprendre de différentes perspectives. 
Ce programme m’a aussi permis de personnaliser mon parcours en fonction de mes centres d’intérêt. J’ai ainsi choisi de passer mes deux premières années sur le campus de Sciences Po à Menton, afin de suivre des enseignements portant sur la région de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, d’apprendre l’italien*, et de développer des connaissances en droit international… 

J’ai beaucoup aimé passer de l’approche interdisciplinaire de Sciences Po à l’approche plus anglo-saxonne de UCL - université dans laquelle j’ai suivi des cours de politiques publiques, des séminaires thématiques (politiques de la ville, géographie politique…), et des cours de langues. Dans l’ensemble, ce programme a été une merveilleuse expérience académique, mais aussi une aventure personnelle, puisque je m’y suis fait des amis pour la vie et que j’ai eu accès à des expériences extracurriculaires très riches. 

Aujourd’hui, vous êtes étudiante en master Politiques publiques à Sciences Po. Dans ce cadre, vous avez passé un semestre d’échange en Italie - séjour qui ne s’est pas déroulé comme prévu en raison de la crise sanitaire... De quelle façon cet échange s’est-il déroulé, et quelle influence a-t-il eu dans votre parcours étudiant ? 

J’ai choisi de passer mon dernier semestre d’étude à l’Università Commerciale Luigi Bocconi de Milan. Il est vrai que c’était un moment étrange pour participer à un programme d’échange, surtout dans le Nord de l’Italie qui a été si durement impacté par la crise sanitaire ! L’université a fermé ses portes à la fin du mois de février, deux semaines seulement après le début des cours, et a opéré un passage en ligne immédiat. 

Ils se sont adaptés de façon très réactive, et ont réussi à mettre à disposition des ressources en ligne et des outils numériques pour que les enseignements puissent se poursuivre - à partir du moment où les étudiants avaient assez d’espace, de connexion Internet et de motivation pour participer aux cours, bien entendu. 

Cet échange m’a donc permis de suivre des cours en management et en développement durable pour compléter mon parcours, et de découvrir encore une autre approche universitaire avec la méthode business school de la Bocconi, très différente de ce que j’ai pu voir à l’École d’affaires publiques. Je conseille vivement aux étudiants de master de participer à un échange universitaire, que ce soit pendant une éventuelle année de césure ou au cours de leur dernier semestre ; c’est une expérience très enrichissante et une possibilité trop souvent méconnue. 

Vous avez reçu le Prix Max Lazard pour un projet intitulé “Berbères de Tunisie”. Pouvez-vous nous en parler ? 

C’est un projet personnel que je développe en parallèle de mes études : en tant que citoyenne franco-tunisienne, je suis très intéressée par le patrimoine et l’identité berbères. Mon objectif est donc de réaliser un voyage de terrain qui me permettra d’approfondir ma compréhension de la culture berbère en Tunisie. 

La communauté berbère de Tunisie est en situation de minorité, et souffre d’un manque de reconnaissance de son identité et de sa culture. J’aimerais conduire une enquête sociologique, sous la forme d’un sondage, afin de comprendre le sentiment des Tunisiens d’origine berbère à l’égard de leur propre culture, de leur intégration et de leurs revendications éventuelles. Cette recherche sera combinée avec un voyage de terrain pour cartographier les différentes initiatives visant à protéger et promouvoir la culture berbère en Tunisie (notamment dans la partie Sud-Est du pays). Ce sujet est cher à mon coeur, et je suis très reconnaissante d’avoir reçu le Prix Max Lazard pour le conduire. 

Quelle forme prendra ce projet ? Quand prévoyez-vous de le mener ? 

La perception de l’identité berbère en Tunisie est très différente de ce qu’on observe dans d’autres pays de la région et peu étudiée à ce jour. J’espère être en mesure de réunir assez d’informations et de connaissances à travers ce projet, qui pourrait servir à d’autres personnes qui s’intéressent à ce thème. C’est avant tout un projet personnel, mais j’espère aller aussi loin que possible dans la recherche et la réflexion, et pourquoi pas contribuer à redonner une voix à ceux qui sont peu entendus aujourd’hui par le gouvernement et ses parties prenantes. Tout patrimoine culturel mérite d’être connu et étudié. 

Ce projet aboutira a priori à la publication d’un article et d’un reportage vidéo, si les personnes que j’interroge acceptent d’être filmées. Si, au contraire, ces personnes ne souhaitent pas parler à la caméra, peut-être transformerai-je ce projet en exposition (virtuelle ou réelle) de photos accompagnées de légendes. 

J’espère mener ce projet cet été, si les mesures gouvernementales en réponse à la crise sanitaire le permettent. Cela dépendra aussi de la disponibilité de celles et ceux que je veux interroger. Et si ce n’est pas possible cet été, ce sera pour l’hiver prochain ! 

Que souhaitez-vous faire après l’obtention de votre diplôme ? 

Pour l’instant, je dois encore terminer mon master de politiques publiques (spécialité Digital, New Technology & Public Policy (EN)) à Sciences Po. En parallèle, j’étudie la géographie alimentaire à la Sorbonne. Lorsque j’aurai présenté mon mémoire pour ce deuxième programme, j’espère poursuivre une carrière dans le domaine de la politique alimentaire, et plus spécifiquement dans celui de la food tech (technologie alimentaire). 

L'équipe éditoriale de Sciences Po

*à partir de 2020, l’italien ne sera plus enseigné sur le campus de Menton

À propos du Prix Max Lazard 

Depuis 1956, le Prix Max Lazard soutient des candidats désireux d'approfondir une idée ou une passion et de se confronter à eux-mêmes et au monde. Il rend hommage à Max Lazard (1875-1953), homme engagé qui s'écarta de la banque fondée par sa famille, devint travailleur social bénévole, et rédigea une thèse sur le chômage. Marc Lazard seconda Albert Thomas durant la guerre de 14-18 et se mobilisa ensuite pour l'éducation civique et politique dans un esprit européen.

Le prix récompense des projets originaux qui témoignent d’une démarche personnelle et ont souvent une portée sociale et civique. Il peut s'agir d'une enquête, d'un voyage d'étude ou de découverte, d'un séjour dans une institution ou dans un groupe social en France ou à l'étranger, ou d'une recherche documentaire ou éditoriale. Le prix a distingué à ses débuts Serge Klarsfeld, puis bien d'autres lauréats dont certains sont devenus des chercheurs reconnus. 

Les lauréats reçoivent un accompagnement financier d’un montant de 3000 euros et se voient offrir la possibilité de publier un article ou dossier sur le site de la revue Sens public, sous réserve d’acceptation par le comité scientifique. Les candidats sélectionnés et reçus par le jury peuvent également participer aux blogs liés à Sens Public et à leur rédaction.

Pour en savoir plus :

 

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