Leçons d’un semestre pas comme les autres

Les étudiants de l’année 2019/2020 viennent de clôturer une année académique à nulle autre pareille. Quel bilan tirer de cette expérience ? Comment s’est déroulée cette bascule en urgence pour les étudiants et les enseignants ? Le bilan que nous publions aujourd’hui montre un pari plutôt réussi pour la grande majorité d’entre eux. Et permet de tirer d’utiles leçons pour le semestre à venir. 

Le 16 mars, avec le début du confinement, Sciences Po fermait ses portes aux enseignants et aux étudiants, pour la première fois de son histoire. Le 23 mars, le semestre reprenait son cours intégralement à distance pour cinq semaines tout aussi historiques, clôturées par une session d’examens en ligne et un Grand oral devenu Grand écrit. Entre les deux se sont déroulés près de 70 000 cours et réunions en ligne, soit plus de 571 000 heures d’échanges et près de 7000 copies “rendues” dans l’espace numérique, qui a remplacé la table d’examen. 

Quel bilan tirer de cette expérience inédite ? L’enquête menée fin avril par l’Institut des compétences et de l’innovation* montre que le dispositif mis en place a donné satisfaction, avec 9 enseignants sur 10 et 3 étudiants sur 4 qui se disent entre “plutôt satisfaits” et “très satisfaits” de l’alternative proposée. 

Un espace d’innovation pour les enseignants 

Les enseignants se déclarent dans leur grande majorité plutôt satisfaits de l’attention, de l’assiduité et des interactions avec les étudiants. Ils ont largement adapté leurs enseignements, tant sur le contenu - syllabus et modalités d’évaluation - que sur les pratiques pédagogiques, avec des sessions plus courtes, des consignes plus détaillées et des ressources alternatives. Au-delà de l’outil Zoom, mis à disposition de tous, les enseignants ont énormément utilisé… l’email, mais aussi les dossiers partagés en ligne, ainsi que la plateforme Moodle. “Les enseignants ne se sont pas contentés du cours magistral : ils ont profité de cette phase pour tester différentes innovations”, observe Jean-Pierre Berthet. 

Côté étudiants, ils sont 86 % à avoir passé 4 h par jour ou moins à suivre des cours en ligne, et les ¾ d’entre eux se déclarent plutôt satisfaits à très satisfaits de l’expérience. Un dispositif bien accueilli, qui n’empêche pas les étudiants de témoigner de certaines difficultés d’apprentissage, en tête desquelles on retrouve les problèmes d’attention et de motivation. Les répondants sont également nombreux à avoir dû faire face à des difficultés d’organisation ou à un environnement peu propice au travail. 

“La solution n’est pas dans le 100% online”

“L’analyse de ces réussites et de ces difficultés constitue un levier très important pour construire notre prochain semestre, qui fonctionnera sur un modèle tout à fait différent, celui du double campus, explique Jean-Pierre Berthet. On va passer d’une mise en ligne massive d’urgence à un modèle hybride, plus nuancé. La solution n’est pas le 100% en ligne : nous allons trouver un équilibre pour associer le meilleur des deux, penser à la fois aux étudiants présents et à ceux qui seront éloignés, dans d’autres pays et d’autres fuseaux horaires. Nous veillerons à produire des formats plus variés, plus courts, à renforcer l’accompagnement des étudiants à distance.” 

Dernière leçon du semestre qui s’achève, l’utilisation massive de l’outil Zoom pour la sociabilité en ligne : si près de 80 % des étudiants l’ont utilisé pour travailler en groupe, ils ont été 6 sur 10 à s’en servir pour échanger avec d’autres étudiants, et 4/10 avec la famille et leurs amis. “Nous avons voulu équiper les étudiants avec une licence Zoom, précise Jean-Pierre Berthet, également parce que la vie sociale et affective représente, dans ce genre de période en particulier, un facteur de réussite essentiel .”

L’équipe éditoriale de Sciences Po

CHIFFRES-CLÉS

  • 67 700 cours et réunions sur Zoom
  • 556 000 participants
  • Durée cumulée de 571 448 heures
  • 72 % des cours ont réuni entre 2 et 10 personnes, 14 % de 11 à 50 et 3 % plus de 50
  • 217 nouveaux cours ouverts sur Moodle, soit une augmentation de 20 %
  • 69 espaces d’examens en ligne et 6659 copies rendues

* 671 enseignants et 2000 étudiants ont répondu à l’enquête menée par l’Institut des compétences et de l’Innovation entre le 29 mai et le 5 avril 2020.

À lire > "À la rentrée, Sciences Po s'enrichit d'un nouveau campus en ligne : mode d'emploi du semestre d'automne"

Les livres à mettre dans vos valises

Les livres à mettre dans vos valises

Que lire en cet été si particulier ? Entre besoin d’évasion et envie de réflexion, la Librairie de Sciences Po vous propose sa sélection pour un été conscient, reposant, ou les deux à la fois. Faites de la place dans vos bagages !

Lire la suite
Les origines du populisme. Enquête sur une défiance politique et sociale

Les origines du populisme. Enquête sur une défiance politique et sociale

Des électeurs qui ne croient plus en rien et surtout pas en leurs institutions, qu’elle soient politiques ou autres. Une solitude prégnante liée à la société post-industrielle et à ses modes de travail et de vie. Voici le cocktail détonnant qui serait aux origines du populisme d’après quatre chercheurs. Après avoir mené un long travail d’enquête, ils livrent les résultats de leurs travaux - et des pistes de solutions -, dans “Les origines du populisme”, paru chez Seuil. 

Lire la suite
Suzanne Basdevant-Bastid, juriste d'exception

Suzanne Basdevant-Bastid, juriste d'exception

Par Maïna Marjany (promo 14) pour le magazine ÉmileLe parcours de Suzanne Basdevant-Bastid force l’admiration. Universitaire respectée, professeure attentive et dévouée, résistante et académicienne. Elle ne s’est pas contentée d’être une pionnière, mais a enchaîné les succès et les distinctions, toujours avec modestie.

Lire la suite
Vêtements durables, mode d'emploi

Vêtements durables, mode d'emploi

Étudiante en master Innovation & transformation numérique, Camille Gréco a rejoint l'École du management de Sciences Po après des études de mode à Londres. Passionnée par le secteur de la mode et du textile, mais soucieuse de le rendre plus durable et moins polluant, elle crée en 2017 CrushON, une plateforme en ligne qui rassemble l’offre de friperies. L'objectif : démocratiser l’achat de vêtements vintages, dans une optique de consommation écoresponsable. Explications.

Lire la suite
Res Communis : le droit au service de tous

Res Communis : le droit au service de tous

Droit de la famille, droit du travail, droit des étrangers, droit du logement : grâce à la Clinique de l’École de droit de Sciences Po, les étudiants mettent leurs connaissance au service des Maisons de Justice et du Droit (MJD) et des Points d’accès au droit (PAD), des lieux d'accueil permanent et gratuit qui soutiennent les personnes confrontées à des problèmes juridiques ou administratifs. Orienter, conseiller, expliquer, et trouver des solutions en temps réel font partie de leurs responsabilités, et enrichissent leur parcours. Témoignage. 

Lire la suite
Sciences Po et les femmes

Sciences Po et les femmes

Par l’historienne Marie Scot et la rédaction du magazine Émile Ni précurseure, ni en retard en la matière, l’École de la rue Saint-Guillaume a collé, en matière de féminisation, à l’évolution de la société française. Dans les années 2000, le nombre de femmes étudiantes a même dépassé celui des hommes ; les femmes représentent aujourd’hui 60 % des effectifs des étudiants de Sciences Po. Alors que les premières femmes étudiantes sont entrées à l’École libre des sciences politiques il y a tout juste un siècle, retour sur leur histoire au sein de l’établissement. 

Lire la suite
“Le vélo, c’est un levier de développement sobre”

“Le vélo, c’est un levier de développement sobre”

Diplômée de l’École urbaine, Camille Gaumont emploie aujourd’hui son énergie à élargir la place du vélo dans l’espace urbain gigantesque et dense de Plaine Commune, qui regroupe 9 villes au nord de Paris. Un moyen de concilier son expertise sur la ville, sa passion pour la bicyclette, et sa volonté d’agir concrètement pour la planète. Entretien.

Lire la suite
Sciences Po, l'école des diplomates

Sciences Po, l'école des diplomates

Par Nicolas Scheffer, diplômé (2017), pour le magazine Émile - La diplomatie fait partie de l’ADN de Sciences Po depuis sa création en 1872. Près de 60 % des ambassadeurs français actuellement en poste sont issus de l'École, faisant ainsi la preuve que l’enseignement des relations internationales tel que pratiqué rue Saint-Guillaume est un incontournable pour les futurs diplomates. 

Lire la suite
Hommage à Zeev Sternhell (1935-2020)

Hommage à Zeev Sternhell (1935-2020)

L’âpre controverse qui l’a opposé à plusieurs historiens de Sciences Po a failli l’occulter : Zeev Sternhell, mort le 21 juin 2020, fut à Sciences Po un étudiant de 3è cycle remarquable et remarqué. Sous la direction admirative de Jean Touchard, il soutint en octobre 1969 sa thèse sur Maurice Barrès, à l’issue d’une idylle intellectuelle dont témoigne son dossier de scolarité... 

Lire la suite
Promo 2020 : une année historique

Promo 2020 : une année historique

Après deux ou cinq années d’efforts, ils ont accompli toutes les étapes les menant au précieux diplôme de Sciences Po, plus une : avoir vécu et réussi un semestre en pleine pandémie. Quel impact aura ce moment historique sur leur vie future ? En attendant de le savoir, voici le portrait d’une promo à nulle autre pareille : félicitations aux diplômés 2020 !

Lire la suite