Accueil>Représenter l'Italie à un sommet international : rencontre avec Aurora Pinelli

31.01.2023

Représenter l'Italie à un sommet international : rencontre avec Aurora Pinelli

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Aurora Pinelli au Fora Global Summit 2022. (crédits : AP/ Fora)

Aurora Pinelli est italienne, elle a grandi en Sicile puis a déménagé pour ses études supérieures : après avoir obtenu un double diplôme de bachelor à Sciences Po et à l’University College de Londres, elle est aujourd'hui étudiante  en master Droit économique à l’Ecole de droit de Sciences Po. Elle nous raconte son engagement pour l’égalité femmes-hommes, au travers de son expérience en tant que représentante officielle de l’Italie au Fora Global Summit.

Qu'est-ce que le Sommet international Fora ?

Le Fora Network for Change est un centre d'excellence canadien pour le développement du leadership des jeunes femmes. Il a été fondé par Farah Mohamed, militante féministe, et s’appelait le “G(irls)20” entre 2009 et 2021. Désormais, son objectif est de faire progresser l'égalité femmes-hommes dans les lieux de pouvoir. En devenant déléguées, nous avons la chance de pouvoir participer à des tables-rondes internationales d’ONU Femmes, d’échanger avec des représentantes et représentants politiques et de la société civile. Nous prenons également part à un programme de formation ciblant le développement de compétences incontournables pour faire changer les choses dans nos communautés.

Et comment est-ce que cela fonctionne concrètement ?

Cette année, trente déléguées participent au Sommet, 25 pays du monde entier sont représentés. En novembre 2022, nous avons toutes participé à une semaine de formation intensive à Toronto au Canada, ce fût l’un des moments forts du programme. Nous avons acquis de nouvelles compétences et avons travaillé étroitement avec la Commission de la condition de la femme des Nations Unies (CSW), qui est le principal organe intergouvernemental mondial dédié exclusivement à la promotion de l'égalité des sexes et de l'autonomisation des femmes.

Suite à cette formation, nous allons faire des recommandations à nos Représentants nationaux à la Commission CSW et aux autres parties prenantes afin d’avoir un impact sur les discussions qui auront lieu au siège de l’Organisation des Nations Unies (ONU). En 2023, le thème de la Commission de la condition de la femme des Nations unies est l’innovation et l’évolution technologique, ainsi que l'éducation à l'ère de l’information et du numérique.

Pourquoi avez-vous voulu représenter l’Italie à ce Sommet international ?

Mes origines siciliennes et mon expérience personnelle ont contribué à faire de moi une féministe militant pour les droits des femmes. La Sicile fait partie des régions italiennes les plus pauvres : son passé et son présent sont façonnés par la “question méridionale”, à savoir le retard persistant de développement socio-économique du Mezzogiorno, les régions du Sud. Dans le sud du pays, seulement 3 femmes sur 10 ont un emploi, contre 6 sur 10 dans le nord. La Sicile est la région européenne disposant de la pire combinaison de faible taux de fécondité, faible taux d'emploi des femmes et forte pauvreté infantile.

C’est comme cela que j’ai commencé à m’impliquer dans des initiatives de plaidoyer. Ma spécialisation en philosophie à l’University College de Londres m’a permis de découvrir les théories féministes, notamment l’intersectionnalité. J’ai alors mieux saisi la nature intersectionnelle des discriminations vécues par les femmes du Sud de l’Italie. Ensuite, au cours de mon expérience professionnelle autour de la justice transitionnelle en Bosnie-Herzégovine, j'ai mené des recherches juridiques sur les violences sexuelles liées aux conflits. Cela m’a amenée à rejoindre l'association King's College Women in War and International Politics. Donc lorsque j'ai découvert ce Sommet international Fora, j'ai tout de suite compris que cela abritait une incroyable opportunité.

Je suis convaincue de l’utilité des modèles à émuler : grâce à des modèles féminins il est plus facile de visualiser les réussites possibles et de favoriser l’imagination pour atteindre ses objectifs. Je suis fière d’être l’une des premières femmes siciliennes à représenter l’Italie à un Sommet international et j’espère que cela pourra inspirer d'autres jeunes femmes venant du Sud à réaliser leurs ambitions !

comment s'est déroulée votre experience ?

Ce fut l'une des plus belles expériences de ma vie : cela a renforcé ma confiance en moi et donné beaucoup d’espoir en termes de solidarité humaine, d'empathie et de résilience. J'ai rencontré des jeunes femmes incroyables, qui prennent part au développement de leurs communautés en autonomisant les femmes et les personnes non-binaires. Ensemble, nous avons suivi une formation sur la résolution stratégique de problèmes, le syndrome de l'imposteur, le leadership authentique, la négociation et le plaidoyer. Nous avons également dialogué avec des jeunes autochtones à Toronto, des peuples des Mississaugas de Credit, des Anishnabeg, des Chippewa, des Haudenosaunee et des Wendat. Il est important de reconnaître leurs noms pour ne pas contribuer au langage colonialiste. Ces rencontres nous ont beaucoup appris sur le processus de réconciliation qui se déroule actuellement au Canada.

Outre la rédaction de recommandations à l'intention de la Commission CSW, nous participons à un programme de mentorat pour nous aider à faire du plaidoyer dans nos communautés locales et à nous engager dans des initiatives pour l’égalité femmes-hommes. Par exemple, Massi Martha, la déléguée camerounaise, a produit et récemment publié une série de vidéos sur Instagram, pour aborder des thèmes importants comme l'éducation de qualité, le mentorat et la violence domestique. Un autre exemple : la déléguée roumaine Cristina Pogo va bientôt lancer FeminEast, un projet visant à favoriser l'éducation financière des femmes en Europe de l'Est. Le Sommet mondial Fora a joué un rôle fondamental dans le développement de nos projets et pour notre développement personnel en tant que jeunes leaders !

comment Allez-vous poursuivre votre engagement pour l'égalité femmes-hommes ?

Je viens de recevoir une bourse d'excellence Allen & Overy pour financer Legal Change, mon projet social. Je voudrais m’attaquer structurellement à la sous-représentation des femmes et promouvoir la diversité plus largement dans les espaces de prise de décision dans le monde juridique. Nous allons proposer des formations et des ateliers sur la diversité, l'inclusion, la lutte contre l'oppression, contre le racisme pour faire monter en compétence les élèves de l’École de droit de Sciences Po avec une approche intersectionnelle.

Selon des statistiques récentes, seulement 20 % des femmes deviennent PDG dans des cabinets d'avocats. Si ces données sont exactes, alors sur quatre camarades hommes de classe étudiant avec nous sur les bancs de Sciences Po, seulement une femme accédera à un poste de direction. Les taux chutent encore plus lorsqu’on prend en compte l'intersectionnalité. Ce projet veut former des futurs avocats et des futurs juristes socialement responsables, qui connaîtront la valeur de la diversité, qui pourront apporter une perspective différente à leur environnement de travail dans le domaine juridique. L’objectif est de comprendre comment nous pouvons atteindre nos objectifs professionnels tout en contribuant à un changement systémique.

Quelle est la prochaine étape de votre parcours?

Je vais bien sûr continuer mon travail avec l'incroyable équipe de Legal Change – Tess Massini, Milena Caye, Gaspard Nouind, Elise De Kelijn et Edouard Seiler – qui m’inspire par sa cohésion et sa motivation ! Nous œuvrons pour que le projet soit élu “initiative étudiante” à Sciences Po. Je prévois également de participer à davantage de conférences internationales, et de saisir toutes les opportunités me permettant d’améliorer mon leadership et de participer à l'autonomisation des femmes dans le monde.

Professionnellement, je voudrais devenir avocate en droit pénal international. L'année prochaine, j'envisage de prendre une année de césure pour travailler dans le domaine du droit des affaires internationales. Ensuite, au cours de ma deuxième année de master, j'aimerais faire un échange universitaire avec l’École de droit de Columbia aux États-Unis ou avec l'Université McGill au Canada. En parallèle de ma carrière d'avocate, je poursuivrai mon engagement pour la réduction des inégalités et le respect des droits humains. J'envisage de devenir formatrice carrières pour accompagner et encourager les étudiantes et les étudiants à concrétiser leurs ambitions, à défier les inégalités sociales, tout en promouvant des valeurs de solidarité et d'entraide.

Cet entretien a été publié initialement sur le site internet de PRESAGE, le programme de recherche et d'enseignement des savoirs sur le genre. Les élèves de Sciences Po disposant de solides connaissances en études de genre peuvent les valoriser en candidatant à la Certification avancée en études de genre de PRESAGE.

EN SAVOIR PLUS :

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31.01.2023

Représenter l'Italie à un sommet international : rencontre avec Aurora Pinelli

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Aurora Pinelli au Fora Global Summit 2022. (crédits : AP/ Fora)

Aurora Pinelli est italienne, elle a grandi en Sicile puis a déménagé pour ses études supérieures : après avoir obtenu un double diplôme de bachelor à Sciences Po et à l’University College de Londres, elle est aujourd'hui étudiante  en master Droit économique à l’Ecole de droit de Sciences Po. Elle nous raconte son engagement pour l’égalité femmes-hommes, au travers de son expérience en tant que représentante officielle de l’Italie au Fora Global Summit.

Qu'est-ce que le Sommet international Fora ?

Le Fora Network for Change est un centre d'excellence canadien pour le développement du leadership des jeunes femmes. Il a été fondé par Farah Mohamed, militante féministe, et s’appelait le “G(irls)20” entre 2009 et 2021. Désormais, son objectif est de faire progresser l'égalité femmes-hommes dans les lieux de pouvoir. En devenant déléguées, nous avons la chance de pouvoir participer à des tables-rondes internationales d’ONU Femmes, d’échanger avec des représentantes et représentants politiques et de la société civile. Nous prenons également part à un programme de formation ciblant le développement de compétences incontournables pour faire changer les choses dans nos communautés.

Et comment est-ce que cela fonctionne concrètement ?

Cette année, trente déléguées participent au Sommet, 25 pays du monde entier sont représentés. En novembre 2022, nous avons toutes participé à une semaine de formation intensive à Toronto au Canada, ce fût l’un des moments forts du programme. Nous avons acquis de nouvelles compétences et avons travaillé étroitement avec la Commission de la condition de la femme des Nations Unies (CSW), qui est le principal organe intergouvernemental mondial dédié exclusivement à la promotion de l'égalité des sexes et de l'autonomisation des femmes.

Suite à cette formation, nous allons faire des recommandations à nos Représentants nationaux à la Commission CSW et aux autres parties prenantes afin d’avoir un impact sur les discussions qui auront lieu au siège de l’Organisation des Nations Unies (ONU). En 2023, le thème de la Commission de la condition de la femme des Nations unies est l’innovation et l’évolution technologique, ainsi que l'éducation à l'ère de l’information et du numérique.

Pourquoi avez-vous voulu représenter l’Italie à ce Sommet international ?

Mes origines siciliennes et mon expérience personnelle ont contribué à faire de moi une féministe militant pour les droits des femmes. La Sicile fait partie des régions italiennes les plus pauvres : son passé et son présent sont façonnés par la “question méridionale”, à savoir le retard persistant de développement socio-économique du Mezzogiorno, les régions du Sud. Dans le sud du pays, seulement 3 femmes sur 10 ont un emploi, contre 6 sur 10 dans le nord. La Sicile est la région européenne disposant de la pire combinaison de faible taux de fécondité, faible taux d'emploi des femmes et forte pauvreté infantile.

C’est comme cela que j’ai commencé à m’impliquer dans des initiatives de plaidoyer. Ma spécialisation en philosophie à l’University College de Londres m’a permis de découvrir les théories féministes, notamment l’intersectionnalité. J’ai alors mieux saisi la nature intersectionnelle des discriminations vécues par les femmes du Sud de l’Italie. Ensuite, au cours de mon expérience professionnelle autour de la justice transitionnelle en Bosnie-Herzégovine, j'ai mené des recherches juridiques sur les violences sexuelles liées aux conflits. Cela m’a amenée à rejoindre l'association King's College Women in War and International Politics. Donc lorsque j'ai découvert ce Sommet international Fora, j'ai tout de suite compris que cela abritait une incroyable opportunité.

Je suis convaincue de l’utilité des modèles à émuler : grâce à des modèles féminins il est plus facile de visualiser les réussites possibles et de favoriser l’imagination pour atteindre ses objectifs. Je suis fière d’être l’une des premières femmes siciliennes à représenter l’Italie à un Sommet international et j’espère que cela pourra inspirer d'autres jeunes femmes venant du Sud à réaliser leurs ambitions !

comment s'est déroulée votre experience ?

Ce fut l'une des plus belles expériences de ma vie : cela a renforcé ma confiance en moi et donné beaucoup d’espoir en termes de solidarité humaine, d'empathie et de résilience. J'ai rencontré des jeunes femmes incroyables, qui prennent part au développement de leurs communautés en autonomisant les femmes et les personnes non-binaires. Ensemble, nous avons suivi une formation sur la résolution stratégique de problèmes, le syndrome de l'imposteur, le leadership authentique, la négociation et le plaidoyer. Nous avons également dialogué avec des jeunes autochtones à Toronto, des peuples des Mississaugas de Credit, des Anishnabeg, des Chippewa, des Haudenosaunee et des Wendat. Il est important de reconnaître leurs noms pour ne pas contribuer au langage colonialiste. Ces rencontres nous ont beaucoup appris sur le processus de réconciliation qui se déroule actuellement au Canada.

Outre la rédaction de recommandations à l'intention de la Commission CSW, nous participons à un programme de mentorat pour nous aider à faire du plaidoyer dans nos communautés locales et à nous engager dans des initiatives pour l’égalité femmes-hommes. Par exemple, Massi Martha, la déléguée camerounaise, a produit et récemment publié une série de vidéos sur Instagram, pour aborder des thèmes importants comme l'éducation de qualité, le mentorat et la violence domestique. Un autre exemple : la déléguée roumaine Cristina Pogo va bientôt lancer FeminEast, un projet visant à favoriser l'éducation financière des femmes en Europe de l'Est. Le Sommet mondial Fora a joué un rôle fondamental dans le développement de nos projets et pour notre développement personnel en tant que jeunes leaders !

comment Allez-vous poursuivre votre engagement pour l'égalité femmes-hommes ?

Je viens de recevoir une bourse d'excellence Allen & Overy pour financer Legal Change, mon projet social. Je voudrais m’attaquer structurellement à la sous-représentation des femmes et promouvoir la diversité plus largement dans les espaces de prise de décision dans le monde juridique. Nous allons proposer des formations et des ateliers sur la diversité, l'inclusion, la lutte contre l'oppression, contre le racisme pour faire monter en compétence les élèves de l’École de droit de Sciences Po avec une approche intersectionnelle.

Selon des statistiques récentes, seulement 20 % des femmes deviennent PDG dans des cabinets d'avocats. Si ces données sont exactes, alors sur quatre camarades hommes de classe étudiant avec nous sur les bancs de Sciences Po, seulement une femme accédera à un poste de direction. Les taux chutent encore plus lorsqu’on prend en compte l'intersectionnalité. Ce projet veut former des futurs avocats et des futurs juristes socialement responsables, qui connaîtront la valeur de la diversité, qui pourront apporter une perspective différente à leur environnement de travail dans le domaine juridique. L’objectif est de comprendre comment nous pouvons atteindre nos objectifs professionnels tout en contribuant à un changement systémique.

Quelle est la prochaine étape de votre parcours?

Je vais bien sûr continuer mon travail avec l'incroyable équipe de Legal Change – Tess Massini, Milena Caye, Gaspard Nouind, Elise De Kelijn et Edouard Seiler – qui m’inspire par sa cohésion et sa motivation ! Nous œuvrons pour que le projet soit élu “initiative étudiante” à Sciences Po. Je prévois également de participer à davantage de conférences internationales, et de saisir toutes les opportunités me permettant d’améliorer mon leadership et de participer à l'autonomisation des femmes dans le monde.

Professionnellement, je voudrais devenir avocate en droit pénal international. L'année prochaine, j'envisage de prendre une année de césure pour travailler dans le domaine du droit des affaires internationales. Ensuite, au cours de ma deuxième année de master, j'aimerais faire un échange universitaire avec l’École de droit de Columbia aux États-Unis ou avec l'Université McGill au Canada. En parallèle de ma carrière d'avocate, je poursuivrai mon engagement pour la réduction des inégalités et le respect des droits humains. J'envisage de devenir formatrice carrières pour accompagner et encourager les étudiantes et les étudiants à concrétiser leurs ambitions, à défier les inégalités sociales, tout en promouvant des valeurs de solidarité et d'entraide.

Cet entretien a été publié initialement sur le site internet de PRESAGE, le programme de recherche et d'enseignement des savoirs sur le genre. Les élèves de Sciences Po disposant de solides connaissances en études de genre peuvent les valoriser en candidatant à la Certification avancée en études de genre de PRESAGE.

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