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19.10.2022

Réparer le monde : Sciences Po signe la déclaration universelle des droits de l’humanité

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Mathias Vicherat, François Hollande et Corinne Lepage (crédits : Sciences Po)

Réunis à l’occasion de la signature par Sciences Po le 17 octobre 2022 de la déclaration universelle des droits de l’humanité (DDHu), les invités présents – activiste, avocat, économiste, personnalités politiques, philosophe, professeurs – ont pu discuter de la portée de cet engagement au regard des enjeux contemporains : climatiques (biodiversité, réfugiés), développement, technologies, sécurité et paix.

Une déclaration qui “dessine les droits et devoirs d’une humanité retrouvée

Le directeur de Sciences Po, Mathias Vicherat, a exprimé sa fierté d’avoir signé “en notre nom, en votre nom” la DDHu, le jour même de la cérémonie religieuse en hommage à Bruno Latour, professeur émérite de Sciences Po, moteur de la “démarche globale” portée par  l’institution pour “faire des transformations environnementales l’épicentre de notre projet universitaire”.

Cette déclaration a été initiée en 2015” et “propose de créer une interdépendance entre les espèces vivantes, d’assurer leur droit à exister et le droit de l’Humanité de vivre dans un environnement sain et écologiquement soutenable et responsable.”

Cette déclaration qui “dessine les droits et devoirs d’une humanité retrouvée” est loin d’être purement symbolique pour le directeur de Sciences Po, elle représente “une direction, une boussole” car il y a “urgence”. “Je crois pour ma part qu’il n’y a pas de générations futures. Nous sommes, aujourd’hui et maintenant, ces générations futures”. 

François Hollande, ancien président de la République française a d’ailleurs précisé lors de son discours d’introduction que la DDHu visait à fixer des principes qui auraient des “effets concrets sur les politiques climatiques” et que "si Sciences Po peut être un centre de recherche, un centre d'évaluation des politiques climatiques, tout espoir n'est pas perdu."

Un texte porteur au service de la réparation du monde ?

Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement et enseignante à Sciences Po, avocate et présidente de l’association des amis de la DDHu, a pu rappeler les quatre principes de la DDHu : “la responsabilité, la dignité, l’équité intergénérationnelle et la pérennité du vivant. Elle fixe six droits et six devoirs [...]  et constitue un texte profondément original et porteur.” Elle poursuit en énumérant les trois atouts dont dispose la DDHu : proposer un “nouvel imaginaire juridique” qui prolonge la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, relier “l’humain et le vivant non humain”, un processus d’écriture et d’adhésion porté “uniquement par la société civile” avec le projet qu’elle soit reconnue par l’Assemblée générale des Nations Unies.

François Hollande rejoint son ancienne ministre sur l’importance d’un engagement juridique et éthique. “Le droit fait partie de ce que le combat climatique exige” et les déclarations fortes doivent s’accompagner d’un mécanisme de sanction. Les États peuvent désormais être poursuivis en cas de “non-action climatique” et il est donc nécessaire que des normes existent afin de pouvoir en juger. Le travail de la DDHu n’est pas “simplement académique”, il doit permettre à “tous ceux qui travaillent pour que nous ayons une planète vivable” d’exiger que chaque acteur respecte ses engagements. 

L’historique des COP successives est la preuve de cette difficulté à faire appliquer les principes énoncés. La COP21 de 2015 qui a été le berceau de la signature de la DDHu et des Accords de Paris est aussi pour François Hollande le fruit d’une conjoncture favorable aux enjeux environnementaux : les États-Unis sous la présidence d’Obama, la Chine qui craignait une instabilité politique liée aux catastrophes climatiques, l’Europe menée par l’Allemagne qui souhaitait sortir du charbon, les pays moins développés d’Afrique ou d’Asie qui avait obtenu des promesses d’aides au développement et de compensation des pertes et dommages avec un fonds d’aide de 100 milliards de dollars... La COP27 de 2022 à Charm el-Cheik (Égypte) risque de se tenir dans un contexte beaucoup plus tendu et moins favorable. Il est donc plus que jamais nécessaire de maintenir l’effort collectif sur la question de l’impact climatique.

Un outil juridique pour responsabiliser l’humanité

Une discussion autour du thème "Biens commun et générations futures : les droits de l'humanité au service de la réparation du monde" a ensuite été menée par les invités de Sciences Po : David Kanter (professeur à la New York University et professeur invité à l’École de droit de Sciences Po), Hasmik Barseghyan (présidente de l'European Youth Parliament for Water), Dominique Bourg (philosophe, professeur honoraire à l'université de Lausanne, spécialiste des questions environnementales) ainsi que sous forme de témoignages vidéos Philippe Sands (avocat international) et Jeremy Rifkin (essayiste et prospectiviste, fondateur et président de la Foundation on Economic Trend).

Les intervenants ont pu répondre à la question de l’efficacité juridique et concrète de la DDHu. Pour Philippe Sands, elle permet de contrecarrer la “dérive individualiste” qui menace le monde en inscrivant l’humanité au cœur du droit international. “Le primat de l’humanité est de se rappeler en permanence que je ne suis pas seul, que je suis précédé par ce collectif qu’est l’humanité.”  

David Kanter rappelle ensuite que la liberté ne peut être protégée que dans un contexte d’ordre stable. Les changements systémiques nécessaires doivent être réalisés à “une échelle jamais vue” et devraient toucher les secteurs de l’énergie, de l’alimentation, des transports et même de l’économie. Ce que la déclaration apporte dans ce contexte ? La notion de responsabilité et la “capacité à demander des comptes” aux décideurs. “Il est de votre responsabilité en tant que membre de Sciences Po de tenir les dirigeants pour responsables du respect des droits et devoirs de cette DDHu”.

Enfin, Hasmik Barseghyan prend la parole aux noms des jeunes générations et exprime l’anxiété qui les touche. La DDHu est pour l’ambassadrice comme “un papier tournesol” qui sert à “filtrer les actions” et “détecter les aberrations écologiques”. Les exemples des Jeux Olympiques d’hiver 2029 en Arabie Saoudite et de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar représentent à ses yeux une véritable “dissonance cognitive”. Enfin, la déclaration permettra de “faire avancer le droit pénal” en donnant les outils nécessaires à des instances comme la Cour pénale internationale pour pouvoir juger l’écocide, “cet acte criminel consistant à détruire délibérément et en totalité un écosystème”, comme ce fut le cas pour l’assèchement de la mer d’Aral ou la destructions des forêts vietnamiennes et cambodgiennes.

Pour conclure, reprenons les mots de Mathias Vicherat : “L’immobilisme est en marche et rien ne pourra l’arrêter, disait Edgar Faure. Faisons-le mentir ce soir, montrons que nous sommes en capacité de faire autrement et d’agir autrement."

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19.10.2022

Réparer le monde : Sciences Po signe la déclaration universelle des droits de l’humanité

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Mathias Vicherat, François Hollande et Corinne Lepage (crédits : Sciences Po)

Réunis à l’occasion de la signature par Sciences Po le 17 octobre 2022 de la déclaration universelle des droits de l’humanité (DDHu), les invités présents – activiste, avocat, économiste, personnalités politiques, philosophe, professeurs – ont pu discuter de la portée de cet engagement au regard des enjeux contemporains : climatiques (biodiversité, réfugiés), développement, technologies, sécurité et paix.

Une déclaration qui “dessine les droits et devoirs d’une humanité retrouvée

Le directeur de Sciences Po, Mathias Vicherat, a exprimé sa fierté d’avoir signé “en notre nom, en votre nom” la DDHu, le jour même de la cérémonie religieuse en hommage à Bruno Latour, professeur émérite de Sciences Po, moteur de la “démarche globale” portée par  l’institution pour “faire des transformations environnementales l’épicentre de notre projet universitaire”.

Cette déclaration a été initiée en 2015” et “propose de créer une interdépendance entre les espèces vivantes, d’assurer leur droit à exister et le droit de l’Humanité de vivre dans un environnement sain et écologiquement soutenable et responsable.”

Cette déclaration qui “dessine les droits et devoirs d’une humanité retrouvée” est loin d’être purement symbolique pour le directeur de Sciences Po, elle représente “une direction, une boussole” car il y a “urgence”. “Je crois pour ma part qu’il n’y a pas de générations futures. Nous sommes, aujourd’hui et maintenant, ces générations futures”. 

François Hollande, ancien président de la République française a d’ailleurs précisé lors de son discours d’introduction que la DDHu visait à fixer des principes qui auraient des “effets concrets sur les politiques climatiques” et que "si Sciences Po peut être un centre de recherche, un centre d'évaluation des politiques climatiques, tout espoir n'est pas perdu."

Un texte porteur au service de la réparation du monde ?

Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement et enseignante à Sciences Po, avocate et présidente de l’association des amis de la DDHu, a pu rappeler les quatre principes de la DDHu : “la responsabilité, la dignité, l’équité intergénérationnelle et la pérennité du vivant. Elle fixe six droits et six devoirs [...]  et constitue un texte profondément original et porteur.” Elle poursuit en énumérant les trois atouts dont dispose la DDHu : proposer un “nouvel imaginaire juridique” qui prolonge la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, relier “l’humain et le vivant non humain”, un processus d’écriture et d’adhésion porté “uniquement par la société civile” avec le projet qu’elle soit reconnue par l’Assemblée générale des Nations Unies.

François Hollande rejoint son ancienne ministre sur l’importance d’un engagement juridique et éthique. “Le droit fait partie de ce que le combat climatique exige” et les déclarations fortes doivent s’accompagner d’un mécanisme de sanction. Les États peuvent désormais être poursuivis en cas de “non-action climatique” et il est donc nécessaire que des normes existent afin de pouvoir en juger. Le travail de la DDHu n’est pas “simplement académique”, il doit permettre à “tous ceux qui travaillent pour que nous ayons une planète vivable” d’exiger que chaque acteur respecte ses engagements. 

L’historique des COP successives est la preuve de cette difficulté à faire appliquer les principes énoncés. La COP21 de 2015 qui a été le berceau de la signature de la DDHu et des Accords de Paris est aussi pour François Hollande le fruit d’une conjoncture favorable aux enjeux environnementaux : les États-Unis sous la présidence d’Obama, la Chine qui craignait une instabilité politique liée aux catastrophes climatiques, l’Europe menée par l’Allemagne qui souhaitait sortir du charbon, les pays moins développés d’Afrique ou d’Asie qui avait obtenu des promesses d’aides au développement et de compensation des pertes et dommages avec un fonds d’aide de 100 milliards de dollars... La COP27 de 2022 à Charm el-Cheik (Égypte) risque de se tenir dans un contexte beaucoup plus tendu et moins favorable. Il est donc plus que jamais nécessaire de maintenir l’effort collectif sur la question de l’impact climatique.

Un outil juridique pour responsabiliser l’humanité

Une discussion autour du thème "Biens commun et générations futures : les droits de l'humanité au service de la réparation du monde" a ensuite été menée par les invités de Sciences Po : David Kanter (professeur à la New York University et professeur invité à l’École de droit de Sciences Po), Hasmik Barseghyan (présidente de l'European Youth Parliament for Water), Dominique Bourg (philosophe, professeur honoraire à l'université de Lausanne, spécialiste des questions environnementales) ainsi que sous forme de témoignages vidéos Philippe Sands (avocat international) et Jeremy Rifkin (essayiste et prospectiviste, fondateur et président de la Foundation on Economic Trend).

Les intervenants ont pu répondre à la question de l’efficacité juridique et concrète de la DDHu. Pour Philippe Sands, elle permet de contrecarrer la “dérive individualiste” qui menace le monde en inscrivant l’humanité au cœur du droit international. “Le primat de l’humanité est de se rappeler en permanence que je ne suis pas seul, que je suis précédé par ce collectif qu’est l’humanité.”  

David Kanter rappelle ensuite que la liberté ne peut être protégée que dans un contexte d’ordre stable. Les changements systémiques nécessaires doivent être réalisés à “une échelle jamais vue” et devraient toucher les secteurs de l’énergie, de l’alimentation, des transports et même de l’économie. Ce que la déclaration apporte dans ce contexte ? La notion de responsabilité et la “capacité à demander des comptes” aux décideurs. “Il est de votre responsabilité en tant que membre de Sciences Po de tenir les dirigeants pour responsables du respect des droits et devoirs de cette DDHu”.

Enfin, Hasmik Barseghyan prend la parole aux noms des jeunes générations et exprime l’anxiété qui les touche. La DDHu est pour l’ambassadrice comme “un papier tournesol” qui sert à “filtrer les actions” et “détecter les aberrations écologiques”. Les exemples des Jeux Olympiques d’hiver 2029 en Arabie Saoudite et de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar représentent à ses yeux une véritable “dissonance cognitive”. Enfin, la déclaration permettra de “faire avancer le droit pénal” en donnant les outils nécessaires à des instances comme la Cour pénale internationale pour pouvoir juger l’écocide, “cet acte criminel consistant à détruire délibérément et en totalité un écosystème”, comme ce fut le cas pour l’assèchement de la mer d’Aral ou la destructions des forêts vietnamiennes et cambodgiennes.

Pour conclure, reprenons les mots de Mathias Vicherat : “L’immobilisme est en marche et rien ne pourra l’arrêter, disait Edgar Faure. Faisons-le mentir ce soir, montrons que nous sommes en capacité de faire autrement et d’agir autrement."

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