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6 mai 2026

Portrait de diplômé : Basile Mulciba

   

Basile Mulciba est diplômé du Master Stratégies Territoriales et Urbaines de l'Ecole urbaine en 2017. Après une première expérience dans le domaine associatif, Basile décide de se consacrer pleinement à l'écriture : il vient de publier son deuxième roman, Des vies à bâtir, aux éditions Gallimard. 

Quel a été votre parcours jusqu’à votre métier actuel ?

J’ai commencé par vouloir faire du cinéma : écrire des scénarios, réaliser des films. J’ai suivi trois années de classe préparatoire littéraire avec pour objectif d’engranger un maximum de connaissances en littérature, philosophie, en sciences humaines et sociales, un socle de savoirs sur lequel bâtir des histoires.
C’est au cours de ces premières années que mon intérêt pour les questions urbaines et territoriales a grandi jusqu’à constituer mon choix n°1 pour la suite de mes études, puisque j’ai ensuite été diplômé de l’EHESS et du master STU de l’École Urbaine.

C’est à Sciences Po que s’est affirmé un autre domaine majeur d’engagement : les politiques sociales. J’ai eu l’occasion de travailler avec la CAF de Paris dans le cadre du projet collectif de Master 1 et cela a fait écho à des valeurs fortes de solidarités et d’entraide. J’ai commencé mon parcours professionnel dans le secteur du conseil pour la protection sociale. J’ai ensuite rencontré Anne Charpy, la fondatrice de VoisinMalin, une association géniale qui agit dans les quartiers populaires, recrute et forme des habitants qui vont à la rencontre de leurs voisins en porte-à-porte pour les informer et les mobiliser sur les services et les droits auxquels ils n’accèdent pas. J’y ai travaillé de 2018 à ce jour, en tant que Directeur du développement avec en responsabilité la recherche de financements, le pilotage de projets d’ampleur nationale, l’animation du développement territorial et des démarches d’évaluation d’impact. 
Je viens de clôturer cette expérience très riche chez VoisinMalin et je compte bien poursuivre mon engagement dans le champ des solidarités, avec une prise en compte forte des questions territoriales. 

Qu’est-ce qui vous a conduit de vos études à l’École Urbaine à l’écriture romanesque ?

L’envie d’écrire a précédé mon parcours à l’École Urbaine, j’avais des ébauches de scénario de films, des idées de nouvelles, sans que cela ne prenne complétement forme. Deux ou trois ans après avoir commencé à travailler, le désir d’écriture est revenu avec force. C’était une période où je lisais beaucoup, où j’avais repris l’écriture d’histoires courtes que je commençais à faire lire. Cela me plaisait. La période du Covid et des confinements est arrivée et comme beaucoup, je me suis demandé ce que j’avais envie de faire, ce que je regretterai de ne pas avoir tenté. Je suis assez effrayé par le temps qui passe et par l’idée que l’on puisse passer à côté de ce qui compte vraiment pour nous. 

J’avais un scénario dans un tiroir qui prenait déjà pour cadre un territoire en transformation :  l’histoire d’un jeune homme qui met en pause ses études de médecine pour faire une saison dans une station de ski, un hiver où la neige tarde à tomber. Ce scénario est devenu mon premier roman, publié par Gallimard en août 2023.

Y-a-t-il des enseignements, des terrains ou des méthodes du master STU qui ont nourri votre travail d’écriture ?

L’écriture se nourrit de tout de ce que l’on vit, de tout ce qui nous intéresse, nous heurte ou nous obsède, des gens que l’on a croisé et de ceux avec qui l’on partage notre quotidien.  
A ce titre, les deux années du master STU ont été extrêmement riches et stimulantes. Si je dois en identifier les aspects que j’ai consciemment remobilisés dans mes deux romans, j’évoquerais d’abord certains cours, la sociologique politique, le cours de Renaud Epstein sur la gouvernance et les politiques urbaines, le cours d’architecture en M2, mais aussi les voyages d’études et notamment la visite incroyable du port de Dunkerque. J’y ai aussi trouvé cette manière d’appréhender un territoire en prenant en compte ses dimensions physiques, historiques, économiques, politiques, humaines, tous les ingrédients nécessaires pour bâtir un cadre, construire des scènes et des trajectoires de personnages. Les dynamiques urbaines et territoriales renferment de formidables romans à écrire et à raconter.

En quoi cette histoire résonne-t-elle avec les enjeux urbains contemporains ?

   

Mes deux romans s’inscrivent au cœur d’enjeux territoriaux et urbains. Hors saison (qui est disponible en poche), pose en toile de fond la question du devenir des stations de montagne et de l’adaptation au changement climatique, à la fois du point de vue économique, du rapport au travail mais aussi avec un angle plus intime : comment se construire et continuer à trouver des repères dans un monde qui change de manière irréversible ?

Des vies à bâtir, mon deuxième roman paru en mars toujours chez Gallimard, se déroule lui en grande partie dans la ville du Havre, entre 1949 et 1954. On y suit la trajectoire d’Emilien, architecte parisien, qui s’engage au sein de l’immense chantier de reconstruction de la ville, rasée par les bombardements. Il s’éloigne ainsi de sa femme, Monica, elle aussi architecte talentueuse restée à Paris, et de leur fille tout juste née. 

Au Havre, Emilien côtoie tous les métiers qui font la ville (architectes, élus, administrations, entreprises…) et est plongé dans une série de situations, de tensions et de dilemmes qui font écho à des enjeux très actuels : la place des habitants dans les projets urbains (au Havre, l’architecture de Perret et la nouvelle organisation de la ville ont été imposées), la planification urbaine, la reconfiguration du foncier et l’organisation des espaces, les rapports de force et la relation entre un État centralisé et les revendications des élus locaux, la prise en compte des agendas politiques aux différentes échelles… Tous ces éléments s’intègrent à la narration et font de la reconstruction un puissant moteur romanesque dans lequel les personnages tentent de trouver leur voie. Je cherchais à tisser ensemble les bouleversements de la population du Havre, d’une ville qui cherche à se reconstruire avec les bouleversements plus intimes d’un couple, dans un moment charnière de leur vie. 

Que diriez-vous à un étudiant qui hésiterait à suivre une voie créative en parallèle de ses études ?

Je lui conseillerai évidemment d’écouter cette petite voix, je lui dirais que tout est affaire d’équilibre et que pour chacun, l’équilibre peut se situer à un point différent. 
J’ai, au départ, pu penser que je renonçais au cinéma pour entreprendre des études dans le champ des politiques publiques locales alors qu’au fond, cela me plaisait. L’écriture a finalement ressurgi, je lui ai fait une place jusqu’à ce que cela prenne une importance considérable.  

Je souhaite continuer de travailler dans un cadre salarié, pour le moment à temps plein, à la fois parce que j’aime ce que je fais, parce que je me sens utile, à ma place, et parce que cela m’apporte une stabilité à partir de laquelle je peux écrire ce que je souhaite. D’autres font le choix de travailler à temps partiel, de se mettre à leur compte, certains décident d’essayer d’arrêter toute activité pour se consacrer pleinement à l’écriture, même s’il est très difficile de vivre de la publication de romans quelle que soit la maison qui nous accueille. 
Pour moi, les deux s’alimentent : publier des romans m’a donné une confiance nouvelle pour aborder des environnements professionnels, cela donne l’occasion d’enrichir certaines relations, d’en faciliter d’autres. L’expérience de l’édition procure aussi une acuité et une exigence plus grandes quand il s’agit de trouver le mot juste, de rendre une prise de parole ou un livrable plus percutants. 

Je ne me prononcerai pas sur d’autres arts mais je sais que d’autres alumni exercent eux aussi une activité artistique professionnelle (dans les arts visuels, la danse, le chant…). Je ne sais pas s’ils ou elles y trouvent l’équilibre dont je parle mais en ce qui me concerne, je pourrais difficilement les séparer aujourd’hui. 

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