Accueil>Guerre en Ukraine : rester unis pour gagner la partie, rencontre avec Ingrida Šimonyte, Première ministre de Lituanie

04.11.2022

Guerre en Ukraine : rester unis pour gagner la partie, rencontre avec Ingrida Šimonyte, Première ministre de Lituanie

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Ingrida Šimonyte, Première ministre de Lituanie (crédits : Thomas Arrivé)

En octobre 2022, l’École des affaires internationales (PSIA) de Sciences Po a reçu la Première ministre de Lituanie dans le cadre d’une heure d’échanges avec des étudiantes et étudiants venus nombreux et impatients de l’entendre s’exprimer au sujet des valeurs européennes et du rôle des démocraties dans le contexte de la guerre en Ukraine. La rencontre était modérée par la doyenne de PSIA, Arancha González. 

Ingrida Šimonyte, politicienne, économiste mais aussi ancienne rectrice du conseil universitaire de l’université de Vilnius, a livré un discours marquant sur la nécessité que les démocraties européennes présentent un front uni face aux régimes autoritaires afin de défendre leurs valeurs communes.

Les pays démocratiques sont les pièces d’un même puzzle

Nous sommes très intéressés par votre point de vue sur l’Europe, sur la guerre en Ukraine”, a partagé Mathias Vicherat, directeur de Sciences Po, en introduction. “Nous savons, Madame la Première ministre, que votre gouvernement considère comme prioritaire la défense de la démocratie et des droits humains. Nous partageons ces valeurs”.

De fait, Ingrida Šimonyte a expliqué sa vision du monde comme un “puzzle” composé de “pièces bizarres” qui ne forment qu’une seule et même image lorsqu’on les assemble, posant ainsi la question sous-jacente : “comment résoudre le puzzle si ses pièces sont des pays ?”. La géographie seule suffit rarement, le cours de l’Histoire le rappelle sans faiblir. “Ce qui nous unit, c’est l’universalité des valeurs, et des problèmes”, affirme la Première ministre. C’est pour cette raison que les démocraties condamnent les génocides et admirent “ceux qui ont le courage de se battre pour la liberté”. Ce n’est qu’en “trouvant des points communs que nous pourrons chercher et trouver des solutions communes”.

Les régimes autoritaires ne jouent pas le jeu

L’ancienne ministre des Finances en est persuadée : “dans ce combat entre bien et mal, le compromis n’est pas possible”. Les régimes comme la Corée du Nord ou la Russie sont pour elle les pièces d’un tout autre puzzle. L’un des outils préférés des régimes autoritaires est “d’utiliser nos discours contre nous”, appelant les valeurs démocratiques des “mensonges de l’Ouest”. Selon elle, la guerre de la Russie contre l’Ukraine est une “tentative d’étendre l’empire russe par la force la plus brutale”, le tour de force résidant dans la capacité de la Russie à “montrer l’indépendance des pays comme une manipulation des pays de l’Ouest, alors que c’est elle qui essaie en réalité de les envahir”.

Une autre des habitudes des autocrates est d’exploiter “le moindre levier : l’énergie, les investissements, les biens…” avec l’exemple de la Russie de Vladimir Poutine qui “attaque actuellement l’Europe par le biais de l’énergie”. Ingrida Šimonyte a rappelé que la Russie avait agi de la même façon avec la Lituanie et a critiqué les médias russes qui “se vantent du fait que la Russie va faire geler l’Europe cet hiver”. Les pays autoritaires ne se soucient pas “des lois”, des “vies humaines” ou de leur “image internationale”, cela peut aboutir à “des attaques qu’on ne peut anticiper”, a-t-elle souligné. Ils représentent une menace en dehors de leurs frontières qui ne doit pas être ignorée.

Rester soudés pour remporter la partie

Ancienne rectrice de l’université de Vilnius, elle est convaincue qu’enseigner l’histoire aux jeunes générations est la meilleure façon de combattre la distorsion de l’information utilisée par la Russie qui “exploite des récits d’un colonialisme de l’Ouest tout en essayant de mettre en place un nouvel ordre colonial”. Une autre piste d’amélioration pourrait émerger d’une meilleure “stratégie de communication” qui viserait à  contrer la propagande des autocrates, bien que cela soit plus difficile dans des pays qui respectent la liberté d’expression.

Enfin, la principale solution serait la solidarité des pays démocratiques qui “devraient rester soudés pour résister à la crise”. Ingrida Šimonyte a salué le soutien de la France envers l’Ukraine à travers l’ensemble de ses acteurs : gouvernement, société civile et communauté académique, comme celle de Sciences Po. La Lituanie se montre tout autant décidée à aider “aussi longtemps que nécessaire” car le pays sait que la Russie ne s’arrêtera pas là, il en fait lui-même l’expérience depuis de nombreuses années. La Lituanie s’est cependant rassurée, en constatant que la crise en Ukraine a permis de “rassembler une famille démocratique de pays prêts à se défendre”.

Aucune monnaie ne peut égaler la valeur d’une vie humaine”, a scandé l’invitée de PSIA. “La bataille de la démocratie contre l’autocratie ne va pas se gagner en quelques jours ni quelques semaines”, mais si les pays démocratiques s’unissent alors “dans le puzzle des relations internationales, la démocratie aura une meilleure chance de prévaloir… avec l’espoir que les autocraties aient de moins en moins leur place dans le puzzle”.

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04.11.2022

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Ingrida Šimonyte, Première ministre de Lituanie (crédits : Thomas Arrivé)

En octobre 2022, l’École des affaires internationales (PSIA) de Sciences Po a reçu la Première ministre de Lituanie dans le cadre d’une heure d’échanges avec des étudiantes et étudiants venus nombreux et impatients de l’entendre s’exprimer au sujet des valeurs européennes et du rôle des démocraties dans le contexte de la guerre en Ukraine. La rencontre était modérée par la doyenne de PSIA, Arancha González. 

Ingrida Šimonyte, politicienne, économiste mais aussi ancienne rectrice du conseil universitaire de l’université de Vilnius, a livré un discours marquant sur la nécessité que les démocraties européennes présentent un front uni face aux régimes autoritaires afin de défendre leurs valeurs communes.

Les pays démocratiques sont les pièces d’un même puzzle

Nous sommes très intéressés par votre point de vue sur l’Europe, sur la guerre en Ukraine”, a partagé Mathias Vicherat, directeur de Sciences Po, en introduction. “Nous savons, Madame la Première ministre, que votre gouvernement considère comme prioritaire la défense de la démocratie et des droits humains. Nous partageons ces valeurs”.

De fait, Ingrida Šimonyte a expliqué sa vision du monde comme un “puzzle” composé de “pièces bizarres” qui ne forment qu’une seule et même image lorsqu’on les assemble, posant ainsi la question sous-jacente : “comment résoudre le puzzle si ses pièces sont des pays ?”. La géographie seule suffit rarement, le cours de l’Histoire le rappelle sans faiblir. “Ce qui nous unit, c’est l’universalité des valeurs, et des problèmes”, affirme la Première ministre. C’est pour cette raison que les démocraties condamnent les génocides et admirent “ceux qui ont le courage de se battre pour la liberté”. Ce n’est qu’en “trouvant des points communs que nous pourrons chercher et trouver des solutions communes”.

Les régimes autoritaires ne jouent pas le jeu

L’ancienne ministre des Finances en est persuadée : “dans ce combat entre bien et mal, le compromis n’est pas possible”. Les régimes comme la Corée du Nord ou la Russie sont pour elle les pièces d’un tout autre puzzle. L’un des outils préférés des régimes autoritaires est “d’utiliser nos discours contre nous”, appelant les valeurs démocratiques des “mensonges de l’Ouest”. Selon elle, la guerre de la Russie contre l’Ukraine est une “tentative d’étendre l’empire russe par la force la plus brutale”, le tour de force résidant dans la capacité de la Russie à “montrer l’indépendance des pays comme une manipulation des pays de l’Ouest, alors que c’est elle qui essaie en réalité de les envahir”.

Une autre des habitudes des autocrates est d’exploiter “le moindre levier : l’énergie, les investissements, les biens…” avec l’exemple de la Russie de Vladimir Poutine qui “attaque actuellement l’Europe par le biais de l’énergie”. Ingrida Šimonyte a rappelé que la Russie avait agi de la même façon avec la Lituanie et a critiqué les médias russes qui “se vantent du fait que la Russie va faire geler l’Europe cet hiver”. Les pays autoritaires ne se soucient pas “des lois”, des “vies humaines” ou de leur “image internationale”, cela peut aboutir à “des attaques qu’on ne peut anticiper”, a-t-elle souligné. Ils représentent une menace en dehors de leurs frontières qui ne doit pas être ignorée.

Rester soudés pour remporter la partie

Ancienne rectrice de l’université de Vilnius, elle est convaincue qu’enseigner l’histoire aux jeunes générations est la meilleure façon de combattre la distorsion de l’information utilisée par la Russie qui “exploite des récits d’un colonialisme de l’Ouest tout en essayant de mettre en place un nouvel ordre colonial”. Une autre piste d’amélioration pourrait émerger d’une meilleure “stratégie de communication” qui viserait à  contrer la propagande des autocrates, bien que cela soit plus difficile dans des pays qui respectent la liberté d’expression.

Enfin, la principale solution serait la solidarité des pays démocratiques qui “devraient rester soudés pour résister à la crise”. Ingrida Šimonyte a salué le soutien de la France envers l’Ukraine à travers l’ensemble de ses acteurs : gouvernement, société civile et communauté académique, comme celle de Sciences Po. La Lituanie se montre tout autant décidée à aider “aussi longtemps que nécessaire” car le pays sait que la Russie ne s’arrêtera pas là, il en fait lui-même l’expérience depuis de nombreuses années. La Lituanie s’est cependant rassurée, en constatant que la crise en Ukraine a permis de “rassembler une famille démocratique de pays prêts à se défendre”.

Aucune monnaie ne peut égaler la valeur d’une vie humaine”, a scandé l’invitée de PSIA. “La bataille de la démocratie contre l’autocratie ne va pas se gagner en quelques jours ni quelques semaines”, mais si les pays démocratiques s’unissent alors “dans le puzzle des relations internationales, la démocratie aura une meilleure chance de prévaloir… avec l’espoir que les autocraties aient de moins en moins leur place dans le puzzle”.

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