Une recherche pointue et accessible

Directeur scientifique et professeur au Département d’économie, Guillaume Plantin a longtemps exercé à l’international  avant de rejoindre Sciences Po. Une expérience qui l’amène à concevoir les recherches dans un contexte global : global, par les enjeux à décrypter - environnement, numérique, populisme... - global, par la compétition mondiale dans laquelle la science évolue. Pour lui, la recherche à Sciences Po dispose d’acquis solides et fait preuve de la créativité nécessaire pour relever ces défis. À sa façon. Explications. 

Quelles sont les particularités de la recherche à Sciences Po ? 

Je dirais que les caractéristiques qui font l’identité de la recherche de Sciences Po sont au nombre de quatre. Premièrement,  nos recherches sont massivement imprégnées de science politique. C’est une marque de fabrique puisque cette discipline est née, en France, dans nos murs, il y a plus de cent ans. Progressivement, se sont développés le droit, l’économie, l’histoire et la sociologie. Cette concentration sur un nombre resserré de disciplines est une deuxième spécificité. Il faut y voir une force car cela nous permet de travailler de façon collégiale en adoptant des approches pluridisciplinaires - lorsqu’un “objet” est étudié par plusieurs disciplines séparement - et des recherches interdisciplinaires - lorsque les disciplines s’unissent dans leur approche d’un même objet. C’est le troisième pilier. Sa quatrième dimension, tout aussi essentielle, c’est l’implication de notre faculté dans le débat public. Sciences Po s’est assignée depuis sa création la mission d’irriguer la société, au-delà des cercles académiques, avec les produits de sa recherche. En fin de compte notre recherche est un reflet fidèle de l’ambition pédagogique de Sciences Po dont elle est aussi une ressource.

Quels sont les développements actuels ?

Nous sommes déjà positionnés sur des enjeux de plus en plus pressants : l’environnement, le numérique, les territoires, le genre, le populisme, les instabilités économiques et financières.  Nous lançons à présent de nouveaux groupes interdisciplinaires, tel que celui qui ambitionne de réunir le droit et l’économie autour de thématiques communes. Il y a beaucoup à faire en la matière. Qu’en est-il, par exemple, de l'utilisation d'outils économiques dans le processus judiciaire et l'élaboration de ses décisions ? Nous faisons aussi dialoguer nos chercheurs sur leurs méthodes. C’est non seulement nécessaire mais fertile en nouvelles idées et pratiques. À cet égard, un laboratoire comme le médialab est un atout majeur, unique dans le paysage universitaire français. C’est en son sein que sont développées des méthodes de pointe pour, par exemple, moissonner et analyser les “big data”.  De nombreux chercheurs se servent de ces nouveaux outils. C’est aussi autour du médialab et avec la participation de chercheurs de tous horizons, que nous avons créé un groupe de travail sur les transitions numériques. Enfin, nous commençons à explorer des sujets habituellement réservés aux sciences dites “dures”. Je pense, par exemple, aux biotechnologies. Leurs développements posent des questions éthiques, politiques, socialessur lesquelles les sciences sociales doivent se pencher.

N’y a-t-il pas des sujets plus anciens, rémanents, comme celui des inégalités, qui méritent d’être encore et toujours étudiés ? 

Bien sûr, mais ce sont des questions qui évoluent. Les inégalités en sont un bon exemple : la transformation des systèmes économiques, financiers, technologiques, les modifient en profondeur. À nous de comprendre pourquoi, comment, et quels sont les effets sociaux et politiques que cela entraîne. À nous de contribuer à imaginer des politiques publiques, des évolutions de nos sociétés à même d’enrayer des dynamiques d’inégalités jugées hors de contrôle dans de nombreux pays. Un de nos laboratoires - le MaxPo, produit d’une alliance avec le prestigieux institut Max Planck - y est consacré. Un autre exemple est celui des recherches entreprises au sein du Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques (LIEPP). Ses productions répondent à la nécessité, ancienne, de mesurer l’efficacité de l’action publique. Mais en mêlant approche interdisciplinaire, rigueur scientifique et volonté d’émettre des propositions compréhensible par le plus grand nombre, il renouvelle ce type d’études.

À quels défis l’institution, ses chercheurs et chercheuses se doivent-ils de répondre ? 

Il est essentiel que nous continuions à marier les disciplines et à être ouverts sur la société. Cet objectif peut sembler évident mais il n'est pas si facile de le poursuivre. Du fait que nous sommes parvenus, en quelques années, à nous hisser au rang d’une université de recherche internationale, nous devons assurer notre croissance dans un environnement  global extrêmement compétitif. Il est donc indispensable de permettre à notre faculté de conduire des recherches poussées dans leurs disciplines et de publier dans les meilleures revues internationales. Nous lui demandons, outre la poursuite de cette excellence académique classique, de s’impliquer dans le dialogue avec les autres disciplines et l'ouverture au grand public. Si l’immense majorité des chercheurs apprécie de s’investir ainsi sur plusieurs fronts, il est de notre devoir de les aider, en leur permettant, entre autres, d’aménager leur temps et en leur fournissant un support administratif solide.

Sur le plan institutionnel, quels sont les développements majeurs ?

Nous sommes tout d’abord soucieux de nous appliquer à nous-même les conclusions de nos recherches, en matière d’égalité entre les femmes et les hommes par exemple. S’il y a encore d’importants progrès à faire, nous sommes sur la bonne voie. Autre défi : continuer de nous internationaliser. Ce qui est très satisfaisant, c’est que nous réussissons à combiner ces objectifs. Ces dernières années, nous avons recruté de nombreuses chercheuses venant de l’étranger et qui s’emparent d’ailleurs de questions de premier plan. Il s’agit aussi de renforcer nos coopérations, tels le programme Alliance qui nous lie à Columbia, nos doubles doctorats et nos partenariats avec des universités situés dans des pays creusets de la globalisation comme la Chine ou le Brésil… Enfin,  nous souhaitons accentuer nos efforts en faveur de l’intégration des académiques étrangers qui effectuent des séjours à Sciences Po. Elles et ils sont plus d’une centaine chaque année. C’est un moyen formidable pour nous ouvrir sur d’autres façons de penser, d’avoir un regard différent sur des questions qui touchent l’ensemble des sociétés.
Un autre objectif est de ne pas nous reposer sur nos lauriers. C’est pourquoi les activités de notre faculté sont régulièrement évaluées, en interne et en externe. Il y a bien sûr des indicateurs chiffrés, mais nous sommes surtout attachés à une analyse qualitative des travaux et à leur impact de long terme.

Tout cela nécessite des moyens importants…

En effet ! Sciences Po consacre environ un tiers de ses ressources propres à la recherche. Une partie significative de cet effort s’oriente vers la relève, nos doctorants et doctorantes, qui doivent pouvoir effectuer leurs thèses dans les meilleures conditions. Nous obtenons aussi des financements publics sur la base d’appels à projets très compétitifs, notamment ceux du Conseil européen de la recherche ou ceux de l’Agence nationale de la recherche. Nous cherchons enfin à développer des financements privés, sans jamais bien sûr transiger sur notre bien le plus précieux, l’indépendance et la liberté académiques.

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