Suzanne Basdevant-Bastid, juriste d'exception

Par Maïna Marjany (promo 14) pour le magazine ÉmileLe parcours de Suzanne Basdevant-Bastid force l’admiration. Universitaire respectée, professeure attentive et dévouée, résistante et académicienne. Elle ne s’est pas contentée d’être une pionnière, mais a enchaîné les succès et les distinctions, toujours avec modestie.

Le droit en héritage

Suzanne Basdevant est née le 15 août 1906, à Rennes. Sa mère, Renée Mallarmé, descendait d’une famille de juristes alsaciens qui, refusant de vivre sous le joug allemand, s’étaient installés en Algérie en 1871. Son père, Jules Basdevant, était professeur agrégé de droit international à l’université de Rennes et à l’École libre des Sciences Politiques. Il a certainement transmis son amour de l’étude des textes juridiques à sa fille Suzanne, l’aînée de ses sept enfants.

À l’issue de ses études, la jeune Suzanne gravit les échelons les uns après les autres. En 1932, elle devient la première femme agrégée en droit public. Ce qui l’amène à devenir la première femme titulaire d’une chaire dans cette discipline en étant nommée professeure de droit à la faculté de droit de Lyon, en 1933. 

Pionnière à tous les échelons

Petite et grande histoire sont ensuite intimement liées. Suzanne Basdevant épouse en 1937 Paul Bastid, alors ministre du Commerce dans le gouvernement de Léon Blum. Elle devient sa cheffe de cabinet. En 1940, ils sont tous deux exilés à bord du Massilia, puis s’engagent au sein du premier organe central de la Résistance. C’est d’ailleurs pendant la Seconde Guerre mondiale que Suzanne Bastid donne ses premiers cours en droit international à l’École libre des Sciences Politiques, non pas rue Saint-Guillaume mais au sein de son antenne ouverte en zone libre, à Lyon. La guerre terminée, elle devient la première enseignante titulaire d’un cours fondamental de l’Institut d’études politiques. Elle restera d’ailleurs la seule jusqu’en 1968. Elle est également professeure à l’université de Droit, d’Économie et des Sciences sociales de Paris.

Le directeur de Sciences Po Jacques Chapsal saluait ainsi son parcours, lors d’une allocution, en 1972 : « Je veux seulement dire les liens personnels que vous avez eus avec la rue Saint-Guillaume ; elle fut d’abord domiciliée pour vous quai Claude-Bernard, à Lyon, dans notre filiale de zone libre où, jeune agrégée de droit public, vous avez commencé à nous apporter votre concours pendant la période d’occupation. Et, il y a quelque 25 ans, vous recueilliez tout naturellement à l’Institut d’études politiques la chaire de Droit international public devenue vacante par le départ de votre père. Je n’ai pas besoin d’insister sur les qualités de l’excellent professeur que vous êtes. »

Des engagements à l’international

La période post-Seconde Guerre mondiale est un véritable laboratoire pour la pratique du droit international, auquel Suzanne Bastid participe activement. En 1948, elle est la première femme élue à l’Institut de droit international, qui a pour mission d’aider à apaiser les potentielles sources de conflit et à codifier le droit international public. Elle en sera la secrétaire générale de 1963 à 1969.

Elle fait également partie des premiers membres du Tribunal administratif des Nations Unies lors de sa création en 1950, et en est la présidente de 1953 à 1968. « Suzanne Bastid a été un fonctionnaire vraiment international. Son analyse a été calme, impartiale et objective ; elle n’a fait aucune attention aux préjugés nationaux qui sont si endémiques dans le monde international », tenait à souligner en 1972 Francis T.P. Plimpton, vice-président du Tribunal administratif des Nations Unies.

En 1955, elle fonde l’Annuaire français de droit international qui rassemble, tous les ans, l’actualité juridique internationale. Désireuse de promouvoir l’enseignement de la matière qu’elle affectionne tant, elle crée en 1968 la Société française pour le droit international, dont elle restera présidente pendant 20 ans.

La femme à l’épée

C’est de nouveau un rôle de femme pionnière qu’elle endosse lorsqu’elle est élue, le 22 mars 1971, à l’Académie des sciences morales et politiques. Jusqu’à présent, seule l’Académie des beaux-arts avait compté des personnes de sexe féminin parmi ses membres, uniquement à l’époque de l’Ancien régime.

« Ce destin qui semble être le vôtre d’ouvrir à la femme l’accès à des compagnies jusque-là réservées aux hommes et que vous accomplissez non par la revendication mais par la voie autrement irrésistible du savoir et du talent, a trouvé sa première consécration à l’Académie. » C’est par ces mots que le professeur R. J. Dupuy, secrétaire général de l’académie de Droit international de La Haye, félicitait Suzanne Bastid.

La remise de son épée d’académicienne, quelques mois plus tard, est l’occasion de s’interroger sur la pertinence de cette tradition. Lors de son allocution, le secrétaire général de l’Annuaire français de droit international fait part des doutes qui ont animé ses collaborateurs : « Était-ce une épée que l’on devait vous offrir ? (…) Les principes du droit international ne prohibent-ils pas l’usage de la force ? (…) Certes, les principes du droit international nous disaient qu’il ne saurait y avoir de discrimination selon le sexe et qu’il n’existait donc aucune raison de refuser à une femme académicienne ce que tous ses confrères pouvaient porter. »

L’un des traits de caractère qui ressort des témoignages sur la carrière de Suzanne Bastid est sa dévotion à son métier d’enseignante. L’un de ses anciens élèves, Yves Daudet, devenu professeur de droit détaillait : « Parmi vos multiples activités et alors que de si nombreux organismes bénéficient de votre pensée et de votre travail, vous veillez toujours à ce que l’université et vos étudiants passent avant le reste (…) Vous avez mis au service de votre enseignement l’expérience de la pratique du droit international. Il en résulte que votre enseignement est vivant et vrai. »

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