Serge Hurtig, 1927 - 2019

Secrétaire général de la FNSP durant trois décennies, Serge Hurtig a contribué à internationaliser Sciences Po et la science politique française. Portrait d'une personnalité majeure de l’histoire de notre établissement.

Jeunesse cosmopolite 

Placée sous le signe de la mobilité, la jeunesse de Serge Hurtig se confond avec les soubresauts du siècle. Né en 1927 à Bucarest, le jeune Serge suit les tribulations de son père journaliste, promu conseiller à l’Ambassade de Roumanie en France en 1939, puis correspondant en Argentine de 1942 à 1946. Au lendemain de la guerre, le retour en Roumanie communiste est impossible. Grande puissance scientifique, les États-Unis accueillent le jeune bachelier qui s’inscrit deux ans à la School of Foreign Service de la Georgetown University de Washington. Mais c’est la France qui recueille finalement le jeune apatride, et c’est Sciences Po qui devient son alma mater et sa seconde patrie en 1948. À cette jeunesse à califourchon entre Europe de l’Est et de l’Ouest, entre Vieux continent et Nouveau Monde, entre Amérique du Nord et du Sud, Serge Hurtig doit ses talents de polyglotte, son ouverture internationale, son attention toujours aiguisée pour les choses de la vie scientifique étrangère.

Une vie à Sciences Po

Étudiant, chercheur, professeur, « membre essentiel de l’équipe de direction » (J. Chapsal, BAAEE 1972), grand ordonnateur de la recherche, Serge Hurtig franchit les portes de Sciences Po en 1948 pour ne jamais en repartir. Admis en section économique, le brillant jeune homme sort major de sa promotion et se voit proposer un poste au Centre de documentation tout juste créé par Jean Meynaud. Très vite, il en devient l’assistant-traducteur au sein de l’Association internationale de science politique (AISP). Pilier du Troisième cycle qu’il contribue à fonder en 1956, Serge Hurtig y enseigne et est élu directeur d’études et de recherche en 1966. Il participe également aux réflexions liées aux réformes des sections économiques et générales de l’IEP, les enrichissant de sa connaissance des universités américaines. Surtout, il se distingue lors de son secrétariat-général de l’AISP (1960-1967) comme l’organisateur du Congrès international de Paris de 1961. À la mort soudaine de Jean Touchard en 1971, Jacques Chapsal ne peut que se louer des bons et loyaux services de Serge Hurtig dont il admire le réseau international, et c’est en toute confiance qu’il lui confie les rênes de la Fondation nationale des sciences politiques.

Développer les activités scientifiques de la FNSP

Le secrétariat général de Serge Hurtig court sur trois décennies, des années 1970 aux années 1990. Si les directeurs Chapsal, Gentot et Lancelot passent, le secrétaire général reste. En 1995, lorsque la fonction est supprimée par Lancelot, il devient le premier directeur scientifique. Aux côtés des directeurs de l’IEP, Serge Hurtig accompagne la modernisation de l’institution (finances, professionnalisation, informatisation). Proche d’Alain Savary, dont il partage l’amitié et les engagements politiques, il joue un rôle crucial lors de la réforme de l’enseignement supérieur et de la négociation du statut de 1985. Côté fondation, ses vingt-cinq années se déroulent sous le signe de la croissance des activités scientifiques et de leur professionnalisation. Serge Hurtig décongestionne la fonction du secrétaire général en déléguant une partie de ses responsabilités : les services de documentation restent à Jean Meyriat ; les publications et les Presses vont à Louis Bodin ; la direction de la Revue française de science politique à Georges Lavau, tandis que les centres de recherche croissent et s’autonomisent. Surtout, il accompagne la multiplication des laboratoires propres à la Fondation (Observatoire français des conjonctures économiques, Observatoire interrégional du politique, Centre d’histoire de l’Europe au XXe siècle, Observatoire sociologique du changement) ou rattachés par conventions (Centre de sociologie de la défense nationale, Centre des hautes études sur l’Afrique et l’Asie modernes).

Internationaliser la science politique française

Marque distinctive de son parcours scientifique et contribution majeure de Serge Hurtig à Sciences Po et à la science politique française, son engagement en faveur de leur internationalisation. Vigie de la vie scientifique, Serge Hurtig joue un rôle crucial d’élargisseur d’horizon et de passeur. Ainsi en va-t-il des traductions des œuvres de David Easton et Giovanni Sartori qu’il promeut, de l’écho qu’il donne aux travaux d’Harold Lasswell ou des invitations qu’il lance à Stein Rokkan et David Apter. Ainsi en va-t-il de sa grande œuvre, les International Political Science Abstracts- Documentation politique internationale, lancés en 1951 et passés sous sa responsabilité en 1963. Formidable outil de veille et de circulation scientifiques, les Abstracts, qui comptent quelque 300 000 entrées, référencent et résument en temps quasi réel les articles parus dans plus de 1 000 revues et périodiques de science politique, humaines et sociales de langues française, anglaise, espagnole, russe... mais aussi turque et japonaise. Ainsi en va-t-il surtout de son investissement au sein de l’Association internationale de science politique qu’il anime sans discontinuer depuis 1952, comme assistant du secrétaire-général Meynaud, puis comme secrétaire général (1960-67), enfin comme vice-président du Comité exécutif (1979-1985). C’est à ce titre qu’il organise les deux congrès parisiens de l’AISP de 1961 et 1985, vecteurs du rayonnement de la France. Grâce à son formidable réseau transnational, Serge Hurtig a joué un rôle « d’aiguilleur » de la science politique française à des moments cruciaux de son histoire, comme en 1969 lorsqu’il alerte sur le double retard méthodologique et conceptuel d’une discipline insuffisamment formalisée et théorique, appelant de ses vœux le tournant sociologique.

Après avoir pris sa retraite, en 1995, Serge Hurtig a continué de contribuer à la vie de Sciences Po, notamment en étant un membre très actif du conseil d’administration de la FNSP, de 1996 à 2016.

Il est décédé le dimanche 1er décembre 2019.

Texte : Marie Scot

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