Qu'apprend-on au Collège universitaire ?

La pluridisciplinarité. La troisième année à l’étranger. L’histoire. La science politique. Étudier à Paris. Ne pas étudier à Paris. Chaque étudiant a sa raison bien à lui de choisir le bachelor de Sciences Po. Mais de quelles sciences humaines et sociales parle-t-on ? À quoi cela peut-il bien servir plus tard ? Entretien avec la doyenne du Collège universitaire, Stéphanie Balme, sur cette formation “iconique” du parcours à Sciences Po.

Comment résumer l’originalité de ces trois années d’études post-Bac que l’on appelle à Sciences Po le “Collège universitaire” ?

Stéphanie Balme : Nous sommes une université en sciences humaines et sociales, et nous croyons que c’est un atout pour agir sur le monde au XXIe siècle. C’est là toute la singularité de ce bachelor, qui résulte à la fois de l’histoire de Sciences Po, et de la façon dont nous anticipons l’avenir de nos étudiants. Nous voulons qu’ils deviennent des acteurs de leur vie d’adulte et de leur vie professionnelle. Pour cela, la formation combine l’enseignement disciplinaire, pluridisciplinaire, l’ouverture sur le monde, et l’engagement au service des autres. Sans oublier le réseau unique en son genre de nos 7 campus en France, avec chacun sa coloration géographique.

La promotion du bachelor qui sera diplomée en 2020 est la première à avoir découvert le cursus réformé en 2017. Comment s’organise le parcours des étudiants désormais ?

S. B. : La première année repose sur notre socle de cinq disciplines, le cœur commun de la formation : droit, économie, histoire, science politique, sociologie. Les cours proposent une introduction à chacune de ces disciplines. Au global, c’est l’histoire qui est la matière la plus enseignée... À cela nous avons ajouté un “nouveau” champ avec les humanités. Il s’agit en réalité d’une tradition que nous avons réintégrée dans les maquettes. En deuxième année, les étudiants découvrent la pluridisciplinarité.

Qu’est-ce que cela signifie, concrètement ?

S. B. : Cela passe par le choix d’une majeure parmi les trois créées en 2017. Dans chaque majeure, on va croiser des disciplines différentes. Commençons par la majeure “Politique et Gouvernement”, qui allie droit et science politique. C’est l’ADN de Sciences Po : elle rassemble environ 40% des étudiants. La majeure “Économies et sociétés” combine la science économique et la sociologie - avec une bonne dose de mathématiques, il faut le préciser ! Environ 30% des étudiants la suivent. Même proportion pour la majeure “Humanités politiques”, qui allie histoire et philosophie, avec des méthodes tout à fait nouvelles. Lors de la troisième année à l’étranger, l’étudiant doit choisir un projet en continuité avec sa majeure : c’est également une nouveauté de la réforme.

Y’a-t-il encore des cours en commun en deuxième année ?

S.B. : Oui, évidemment, on consolide le socle commun avec un cours magistral qui approfondit une ou plusieurs des cinq disciplines, et également un cours d’histoire du XXe siècle. Par ailleurs, tous les étudiants suivent un cours de sociologie des sciences (Sciences et sociétés), et un cours d’humanités numériques (Cultures et enjeux du numérique). Tous ces cours visent à créer du commun pour des étudiants qui viennent de 150 pays, avec des cultures parfois radicalement différentes !

La politique de langues est aussi une grande tradition à Sciences Po. Peut-on suivre le bachelor de Sciences Po sans parler français ?

S.B. : Sans le parler couramment, oui, mais pas sans l’apprendre ! Nous avons adopté une idée venue des universités scandinaves : tous les étudiants internationaux doivent s’inscrire à un cours de français. Et bien sûr, nous maintenons une politique très ambitieuse en matière de langues étrangères, avec plus de 25 langues différentes enseignées, du portugais au persan ! C’est une richesse extraordinaire.

Autre grand pilier du bachelor, le tout nouveau Parcours civique, mis en place en 2017. Comment s’est passée la mise en place de ce programme, et quel est son objectif ?

S.B. : Nous sommes convaincus que chacun doit s’investir à son échelle, quels que soient ses atouts et ses faiblesses. Avec le Parcours civique, tous les étudiants s’engagent dans une mission au service des autres. L’idée c’est de s’ancrer dans la société où l’on vit. Mais il ne s’agit pas de s’engager pour s’engager : il faut comprendre le contexte au-delà. Lors du “grand écrit”, qui est l’épreuve finale du bachelor, on va leur demander de faire le lien entre les différentes expériences vécues sur le terrain et la théorie, c’est-à-dire tous les enseignements suivis pendant leurs trois années d’étude.

Comment décririez-vous un diplômé de bachelor de Sciences Po à l’issue de ces trois ans ? Quelles sont ses qualités ? Qu’a-t-il ou elle appris ?

S. B. : Nous voulons que les diplômés du bachelor soient capables de poser les grandes problématiques du monde avec un regard kaléidoscopique. La “méthode Sciences Po” n’est pas un carcan. C’est un moyen pour aller plus loin dans un sujet. Nous voulons former des élèves capables de s’adapter à différents contextes et différentes méthodes. C’est le passage d’une méthode à l’autre qui suscite la créativité. Le plus important, c’est de savoir poser les bonnes questions.

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