" Notre but est de créer des liens "

Écolo, autogérée et militante, PAVéS est l’une des associations les plus engagées sur les questions de transition climatique à Sciences Po. Mais c’est aussi un lieu bien connu des étudiants avec CAFéS, sa cafétéria éthique et solidaire gérée de manière autonome par les étudiants du campus parisien. Rencontre avec deux de ses membres, Ilytie Piroit et Clémentine Sainclair, autour d’un café bio. 

Pouvez-nous expliquer ce qu’est PAVéS ?

Ilytie Piroit : PAVéS, c’est une association étudiante autogérée et militante essentiellement orientée sur l'écologie politique. Elle a été créée en 2005, à l’occasion des mobilisations et revendications étudiantes autour du CPE, - le Contrat Première Embauche.

Clémentine Sainclair : PAVéS est un acronyme pour “Plateforme Autogéré à Visée écologique et Solidaire”. C’est une association qui s’organise comme un tremplin pour créer et porter toutes les initiatives imaginables en lien avec l’écologie et la solidarité. C’est aussi une association “contestataire” dans le sens où nous avons une vision critique du modèle productiviste et libéral et de ses conséquences sociales et écologiques. Mais on va aussi au-delà en proposant des alternatives concrètes, - même si celles-ci sont loin d’être parfaites -, à ce que l’on dénonce.

Que fait l’association concrètement ?

IP : Nos deux principaux projets sont CAFéS, notre cafétéria autogérée, et Sciences Potirons, l’AMAP de l’école. La cafétéria nous occupe beaucoup, avec pas moins de 70 permanenciers. C’est un lieu de rencontre et de débat visant à créer du lien et à discuter d’écologie, mais cela nous permet aussi, grâce aux fonds récoltés, de financer des appels à projets. Quant à l’AMAP, elle permet à près de 300 personnes de bénéficier chaque semaine d’un panier de légumes bio. Ce sont nos principaux projets, mais il y a également plein d’initiatives qui varient selon les années : Forum des métiers éthiques et solidaires, commande de protections et coupes menstruelles lavables, soirées jeux de société avec l’association Rolling Dice à CAFéS, soutien à Sciences Po Refugee Help et Paris Solidaires, etc.

CS : On co-organise aussi la Semaine de l’Agriculture paysanne qui se fait en partenariat avec plusieurs écoles parisiennes, - cette année, avec Polytechnique, la Sorbonne et AgroParisTech -, et avec les Amis de la Confédération paysanne. Lors de cette semaine, nous sensibilisons aux enjeux de l’agriculture paysanne, avec, par exemple, une conférence sur la place de la grande distribution dans un système agricole durable, un apéro paysan ou encore des expositions.

Le débat et l’échange sont importants pour vous ?

CS : Oui, on essaie avant tout de contribuer au débat sur les thèmes de l’écologie et de la solidarité. La devise de PAVéS c’est “moins de biens, plus de liens”. Avant d’être un lieu de vente, notre cafet’ est surtout un lieu de discussion, un endroit où le café est un prétexte pour engager la conversation : “Nous on te vend un café qui est bio, équitable et vient de tel pays, pourquoi ce choix ? Discutons !”. Mais on peut bien sûr parler aussi de sa journée, des examens, etc. C’est l’intérêt de CAFéS : on est tous étudiants, y compris ceux qui se trouvent de l’autre côté du comptoir !

IP : On veut vraiment du débat et des échanges ! Certains remettent en cause les arguments du végétarisme, d’autres se questionnent sur les différents moyens de se mobiliser pour la justice climatique, etc. Tout cela crée du débat, sans dogmatisme. Les gens ont des positions très différentes sur ces questions.

Une association “autogérée”, qu’est-ce que cela signifie ?

CS : Le fonctionnement est horizontal, il n’y a pas d’organe de décision supérieur à la décision du collectif et chacun peut participer et proposer des idées. Chaque personne qui s’investit est aussi légitime qu’une autre pour faire entendre sa voix et décide librement de son implication.
 
IP : Par exemple, une personne qui va aller chercher son panier à notre AMAP Sciences Potirons, peut autant participer aux décisions qu’une personne qui est impliquée dans plusieurs projets. On considère également que tous les membres ont une égale responsabilité dans le fonctionnement de l’association. On propose d’ailleurs à tous ceux qui souhaitent monter un projet… de le faire ! PAVéS met à leur disposition un ensemble de ressources pour aider ces projets à naître.  

À une échelle plus large, que pensez-vous qu’il faudrait faire aujourd’hui pour que l’écologie soit davantage entendue et débattue ?

IP : À PAVéS, nous faisons passer nos idées par nos projets. S’ils fonctionnent, c’est parce que des personnes sont prêtes à entamer la transition et que nous leur proposons un espace pour la faire émerger et grandir. Néanmoins, peu de personnes à PAVéS considèrent que cela suffit. Il faut que les gouvernements et les institutions, - comme Sciences Po -, mettent de véritables politiques en œuvre, qui allient à la fois le social et l’environnemental, dans une démarche où l’économie et le politique seraient au service de l’humain et de la nature. C’est notre vision de l’écologie politique.
 
CS : Pour que l’écologie soit entendue, je crois qu’il faut faire attention à ne pas la dépolitiser en en faisant une simple question de mode de vie et de choix individuels. Bien que les gestes et efforts de chacun soient indispensables, c’est tout le système économique et politique qu’il faut revoir pour parvenir à une société écologique. 

Quelles sont vos envies pour l’avenir ?

IP : Que tous nos projets grossissent ! Mais nous gardons toujours en tête que quand quelque chose prend de l’ampleur, il existe un risque de perdre un peu le contrôle et la qualité. Ce serait bien, malgré tout, que nos actions aient de plus en plus d’impact ! Plus concrètement, nous réfléchissons actuellement à un deuxième projet de cafétéria à Sciences Po et on a également proposé d’installer une cafétéria autogérée sur le futur campus de Sciences Po qui ouvrira en 2022. Enfin, on travaille à la création du « Réseau des CAFéS » : on aimerait repérer et fédérer d’autres initiatives étudiantes comme la nôtre. L’objectif est de contribuer à promouvoir le modèle : nous avons créé un dossier qui décrit comment monter facilement un café autogéré dans une université. On s’est rendu compte qu’on nous posait souvent des questions et qu’on avait développé un vrai savoir-faire à ce sujet.

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