"Montrer la révolution entrepreneuriale au féminin"

Diplômée du master en communication de Sciences Po, Nora Poggi est la réalisatrice du film documentaire « She Started It ». Projeté plus de 300 fois, entre autres aux universités de Harvard, de Columbia, de Yale… mais aussi à la Banque Mondiale, à Disney, ou encore chez Google et dans de nombreux festivals, ce film suit le parcours de cinq jeunes femmes qui ont lancé leur start-up dans la Silicon Valley. Interview avec la réalisatrice à l’occasion d’une conférence à Sciences Po.

Qu’est-ce qui vous a amené à réaliser un documentaire sur les femmes entrepreneures ?

Ma coproductrice Insiyah Saeed et moi avons commencé la réalisation de ce documentaire au printemps 2013. Je couvrais l’industrie des nouvelles technologies en tant que journaliste et j’ai remarqué le manque de femmes dans ce milieu. Un jour, j’ai  participé à une conférence organisée par « Women 2.0 » et j’y ai découvert des femmes entrepreneures à succès dont je n’avais jamais entendu parler. J’ai alors pensé : pourquoi leurs histoires ne sont-elles pas dans les médias ? Aujourd’hui, les femmes ne représentent que 9 % des fondateurs d’entreprises à forte croissance, et 96 % des investisseurs sont des hommes qui contrôlent la majorité des fonds. Nous avons donc décidé de raconter les histoires de femmes commençant à construire leurs propres entreprises pour mettre en valeur cette révolution entrepreneuriale. Nous avons suivi cinq jeunes femmes à travers les hauts et les bas de leur parcours entrepreneurial. Nous voulons que des filles regardent ce film pour qu’elles sachent qu’elles peuvent prendre des risques, que l’échec n’est pas un problème et que cela vaut la peine de s’investir avec passion.

Sciences Po est une université qui prête une vraie attention à l’étude des genres. Diriez-vous que vos études à Sciences Po ont suscité votre intérêt pour l’entrepreneuriat féminin ?  

Mes études en communication  à l’École du management et de l’innovation de Sciences Po ont été un excellent tremplin pour travailler dans la création et les médias. Ce fut surtout ma découverte des créatrices d’entreprises à San Francisco qui m’a amenée à m’intéresser à l’entrepreneuriat féminin, même si j’ai toujours été particulièrement intéressée par les questions d’égalité femmes-hommes, y compris durant mes années passées à Sciences Po, où d’incroyables professeurs m’ont donné les outils qui m’ont conduit là où je suis aujourd’hui.

Bande-annonce officielle de "She Started It" :

À l’occasion d’une conférence à Sciences Po en 2014, Sheryl Sandberg a dit que les femmes souffraient de la “tyrannie des faibles attentes”. Vous avez interviewé de nombreuses femmes entrepreneures lors de la réalisation de votre documentaire. De votre point de vue, quel a été l’obstacle le plus commun surmonté par ces femmes ?

Les études montrent que les filles abandonnent en maths et sciences lorsqu’elles ont une mauvaise note à l’école, mais pas les garçons. La peur de l’échec frappe davantage les filles, ce qui les empêche de poursuivre leurs rêves. Les femmes que nous avons interviewées ont toutes une chose en commun : elles croyaient en elles suffisamment pour dépasser  leurs doutes, cette petite voix qui se demande : “Suis-je à la hauteur ? “. Elles ont appris à construire leur confiance en elles-mêmes et leur famille, leurs amis ou leurs mentors ont contribué à les soutenir. Pour tout entrepreneur, il est crucial de développer son réseau de soutiens. Que ce soit localement, au sein de sa communauté, ou bien à l’extérieur, chacun peut se lancer, mais il faut le soutien de personnes qui partagent la même manière de penser et l’appui de gens prêts à vous suivre.

Quels leviers peut-on actionner pour faire évoluer les choses ?

Il est nécessaire que notre société change et que nous luttions contre les barrières structurelles qui empêchent les femmes et les filles de suivre leurs ambitions. Il y a un manque de ressources, de modèles, de mentors, pour soutenir spécifiquement les projets d’entreprise des femmes, tout comme ceux des personnes de couleurs, LGBTQ, en situation de handicap, etc. Nous devons diversifier l’ensemble de l’écosystème et la communauté des investisseurs, et également se battre contre les normes culturelles et les médias qui nous montrent une perspective très étroite de l’entrepreneuriat. C’est ce à quoi je m’attaque avec « She Started It ».

En savoir plus :

Pour aller plus loin :

Abonnez-vous à notre newsletter

Générations Erasmus

Générations Erasmus

Au sein de Sciences Po, l’association “Jeunes Européens” est mobilisée depuis plusieurs mois pour susciter l’intérêt sur les questions européennes et encourager les étudiants à aller voter. Europhiles, certes, mais pas non plus dénués de sens critique sur les blocages européens, ces étudiants attendent avec une pointe d’anxiété les résultats du 26 mai qui pourraient changer la couleur politique de l’Union. Entretien avec Maria Popczyk, présidente des Jeunes Européens - Sciences Po. 

Lire la suite
Pour qui voter aux européennes ?

Pour qui voter aux européennes ?

Déjà menacées par une abstention record, les élections européennes du 26 mai laissent beaucoup d’électeurs perplexes face aux 34 listes et à la complexité des enjeux. Après le succès de La Boussole présidentielle® en 2017, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), en partenariat avec 20 Minutes et Ouest France, réédite son outil d’aide à la décision avant le scrutin. Explications par Thomas Vitiello, chercheur associé au Cevipof et directeur scientifique de La Boussole européenne®.

Lire la suite
Charisme politique : comment incarner l’Union ?

Charisme politique : comment incarner l’Union ?

Dans ses travaux sur l’État et la bureaucratie modernes de 1921, l’universitaire Max Weber distingue trois sources de légitimité politique : son caractère traditionnel, bureaucratique ou charismatique. Dès ses origines, l’Union européenne a fondé sa légitimité sur la nature rationnelle de son administration bureaucratique (1). Face à la critique du déficit démocratique, l’Union européenne s’est parfois dotée de leaders charismatiques qui ont cherché à incarner l’Europe ; mais cet effort s’est souvent heurté aux réticences des États membres, soucieux de préserver leur leadership dans la construction européenne.

Lire la suite
Ces nationalistes attachés à l'Europe

Ces nationalistes attachés à l'Europe

Par Sylvain Kahn (Centre d'histoire). Ceux que l’on appelle les nationalistes défendent leur nation comme étant un principe sensé qui régit tout. La plupart d’entre eux ne semblent pas être opposés à une construction européenne. Cependant, la nuance est de mise : les nationalistes ne sont pas non plus pour un approfondissement de cette construction.

Lire la suite
Candidats en 1ère année : 5 idées reçues sur les oraux

Candidats en 1ère année : 5 idées reçues sur les oraux

En train de préparer les oraux d'admission à Sciences Po ? La deuxième quinzaine du mois de mai 2019, tous les candidats admissibles au Collège universitaire (1er cycle) de Sciences Po sont invités à un entretien. Une épreuve parfois stressante qui génère son lot d’idées reçues : voici quelques conseils pour se débarrasser des clichés et aborder ce dernier round avec le maximum de sérénité.

Lire la suite
Climat : est-il déjà trop tard ?

Climat : est-il déjà trop tard ?

On parle sans cesse du changement climatique mais comment joindre les actes à la parole ? Sébastien Treyer directeur général de l’Institut du développement durable et des relations internationales, l’IDDRI, explique le rôle de chacun dans la bataille pour sauver la planète. 

Lire la suite
Que reste-t-il des internationales ouvrières ?

Que reste-t-il des internationales ouvrières ?

Qui se souvient que les syndicats ouvriers furent longtemps organisés à l’échelle internationale et ce, bien avant les mondes de l’entreprise ou de la finance ? Dans son ouvrage La Lutte et l’Entraide. L’âge des solidarités ouvrières, l’historien Nicolas Delalande revient sur les “internationales”, ces mouvements ouvriers solidaires et transnationaux qui furent incontournables pendant près d’un siècle, avant de connaître une lente érosion au tournant des années 70.

Lire la suite
Make it Work : Sciences Po s'engage pour le climat

Make it Work : Sciences Po s'engage pour le climat

Suite à l’annonce de Frédéric Mion, en mars 2019, Sciences Po s’engage pour le climat à travers un ensemble d’initiatives éco-responsables regroupées sous le programme “Climate Action: Make it Work”. Grâce à une nouvelle plateforme collaborative, “Climate Action: Make it Work”, les différentes communautés de Sciences Po sont invitées à devenir des acteurs engagés pour mener la transition écologique via une série de consultations en ligne.

Lire la suite
Voyager autrement avec Stop & Go

Voyager autrement avec Stop & Go

Stop & Go est une association étudiante de Sciences Po qui vise à remettre au goût du jour la pratique de l’auto-stop. Voyages, week-ends ou festival en stop : autant d’ activités ludiques et festives qui portent un message écologique. Rencontre avec la présidente de Stop & Go, Apolline Tarbé de Saint-Hardouin. 

Lire la suite
" Entre jazz et Moyen-Orient "

" Entre jazz et Moyen-Orient "

Chanter en arabe, en farsi, en hébreu ou en persan. Rencontrer un célèbre joueur de oud ou apprendre à en jouer. Explorer la musique sous un angle anthropologique, technique, vocal. Le cours "Chant, écriture plurilingue et anthropologie de la musique" enseigné par Cécile Jarnot sur le campus de Menton, c'est tout cela à la fois et c'est bien plus qu'un cours de chant. Ou comment aborder les textes et cultures du Proche et du Moyen-Orient d'une manière résolument différente.

Lire la suite