Ce texte vise à penser un objet particulièrement difficile à saisir et qui est pourtant au cœur de nombreuses guerres présentes et passées : le massacre. Celui-ci y est défini comme une forme d'action le plus souvent collective visant à détruire des non combattants, en général des civils. Le massacre est appréhendé comme une pratique de violence extrême, à la fois rationnelle et irrationnelle, procédant d'une construction imaginaire d'un autre à détruire, perçu par le bourreau comme un ennemi total.
L'ambition de ce texte est de montrer la pertinence d'une réflexion comparative sur le massacre. Son parti pris est d'aller au delà de l'étude de cas ou plutôt de mettre en perspective le meilleur de ces études (sur l'ex-Yougoslavie, le Rwanda, etc…), pour mieux comprendre les processus du passage à l'acte de massacrer. A cette fin, deux lignes de force inspirent l'analyse. 
-La profondeur historique : difficile en effet de tenter de comprendre les massacres des années 1990 sans prendre en compte leur histoire au XXème siècle, y compris ceux que l'on nomme "génocides".
-L'ouverture transdisciplinaire : le phénomène massacre est en lui-même si complexe qu'il appelle tout autant le regard du sociologue, de l'anthropologue ou du psychologue, ce dont ces pages voudraient aussi attester.

Renéo Lukic et Jean-François Morel

Contrairement à la majorité des pays de l'Europe centrale et orientale qui ont connu une transition post-communiste pacifique, la Croatie a vécu la sienne en guerre. En effet, la guerre serbo-croate au printemps 1991 la força à se doter rapidement d'une armée pour défendre son territoire. La Croatie n'était à ce moment qu'une démocratie émergente et, après que son indépendance eut été reconnue par la Communauté Européenne le 15 janvier 1992, le contrôle de l'Armée croate (Hrvatska vojska, HV) échappa aux institutions parlementaires. La HV était dominée par le parti du président Franjo Tudjman (le HDZ) qui, pour avoir mené la Croatie à l'indépendance, bénéficiait d'une triple légitimité (politique, constitutionnelle et charismatique), semblable à celle de Tito sur l'Armée populaire yougoslave. Le régime civilo-militaire établi en Croatie après 1990 souffrait donc d'un déficit démocratique indéniable. A la mort de Franjo Tudjman en décembre 1999, la nouvelle majorité, issue des élections de janvier et février 2000 et menée par le président Stjepan Mesic, tenta d'établir un véritable contrôle démocratique des forces armées. Elle se heurta à l'opposition du ministère de la Défense et d'un certain nombre d'officiers toujours fidèles au HDZ. Aujourd'hui, l'établissement d'un régime civilo-militaire démocratique en Croatie reste encore le but à atteindre. Cependant, la Croatie semble faire quelques progrès en ce sens. En cherchant à adhérer à certaines organisations internationales (OTAN), ou en étant contrainte de coopérer avec d'autres (Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie, TPIY), le pays doit maintenant intérioriser les normes régissant le contrôle civil et démocratique des forces armées. Sa participation au Partenariat pour la paix (PPP) et sa volonté d'adhérer au plus tôt au Membership Action Plan (MAP) de l'OTAN forcent la Croatie à progresser dans cette direction.

Marie-Paule Canapa

La fin du communisme en Yougoslavie a abouti à l'éclatement du pays et à la guerre. Mais les nouveaux Etats qui se sont séparés de la fédération sont eux-mêmes (sauf la Slovénie) pluriethniques. Comment géreront-ils ce problème ? Cette question, même si elle se pose d'abord en termes de droit des minorités, soulève un problème de démocratie en général. Les principes de base de l'organisation de la démocratie dans l'Etat "national" empêchent une pleine affirmation des membres des minorités en tant que citoyens définis d'abord, parfois presque exclusivement, comme membres de leur nation.
Peut-on envisager un autre mode d'appartenance à l'Etat, une participation plus effective à la prise de décisions ? Ce sont en fait des questions cruciales de la démocratie qui sont ici en cause (laïcité au sens large, décentralisation) ; c'est aussi le rôle du critère ethnique dans l'organisation politique et des perversions possibles qu'il induit (Bosnie-Herzégovine)

Françoise Aubin

L'auteur a cherché, en réunissant et en commentant cent quarante références de livres publiés sur le Tibet dans les années 1980 à 1992, à fournir un outil critique pour l'utilisation d'une littérature riche et variée, mais souvent entachée de partialité.
Les références sont données selon un ordre thématique et classées en quatre grandes parties : Les traditions de la haute culture ; Le Tibet éternel au quotidien ; Le Tibet hors de la Chine (l'avant-communisme et l'exil) ; Le face à face entre le Tibet et la Chine populaire.
Carte, index

Radovan Vukadinovic

La désintégration violente de la Yougoslavie secoue profondément les Balkans. La naissance de nouveaux Etats issus de l'ancienne fédération, la disparition de celle-ci, naguère pilier de la péninsule, la recherche d'appuis extérieurs par les parties en conflit ont transformé des paramètres régionaux déjà profondément infléchis par l'effondrement des régimes communistes.
Radovan Vukadinovic passe en revue tous les acteurs, anciens ou nouveaux, de la région en analysant minutieusement leurs craintes, leurs intérêts à court et à long terme, l'évolution de leurs relations. Dans son dernier chapitre, il s'interroge sur les nouvelles lignes de force qui se dessinent dans un paysage encore confus. Il relève les imperfections d'un modèle trop calqué sur le passé qui comporterait une alliance centre-européenne ("catholique") et une "alliance orthodoxe". Mais il décèle deux coalitions plus modestes en voie de formation : Grèce-Roumanie-Serbie et Turquie-Bulgarie-Albanie.

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