Yann Algan : "Nos étudiants veulent plus que jamais servir l'intérêt général"

Innovations, débouchés, projets pédagogiques, préparation aux concours de la haute fonction publique… Yann Algan, doyen de l’École d’affaires publiques de Sciences Po présente les nouveautés de notre formation historique, et revient sur la transformation de l’action publique par la crise sanitaire.

Qu’apprend-on à l'École d’affaires publiques ? 

Yann Algan : L'École d’affaires publiques propose une approche pluridisciplinaire de l’ensemble des affaires publiques. Cette approche, ancrée dans les sciences humaines et sociales, est ouverte à d’autres champs de connaissance comme le numérique, les questions d’éthique et de déontologie ou encore le développement durable. Nos étudiantes et étudiants sont formés pour penser et agir de façon éclairée dans un monde complexe et incertain, à l’instar de la crise sanitaire que nous traversons. Pour cela, ils sont familiarisés avec la multiplicité des savoirs, au croisement de la recherche et des études de cas et de terrain.

L’ensemble des étudiants en formation initiale des masters “Affaires européennes” et “Politiques publiques” suivent des grands cours de tronc commun qui traitent des questions de gouvernance et démocratie, d’évaluation des politiques publiques, de gestion de crise et de conduite du changement. Ces cours constituent la colonne vertébrale de leur formation. Ils peuvent choisir également une spécialité parmi les onze proposées pour approfondir leurs connaissances dans un champ donné et nourrir leur projet professionnel. 

Une fois diplômés, nos étudiantes et nos étudiants s’insèrent aussi bien dans le secteur public, le secteur privé (58%) que dans les organisations non gouvernementales et internationales, en France ou à l’étranger. Nous avons également de nombreux jeunes startuppers !  

Comment les étudiants sont-ils formés à la résolution de problèmes concrets ? 

Y. A: Pour cela, nous avons développé toute une pédagogie autour du laboratoire d’innovations publiques avec 3 modules : les études de cas, les simulations et l’incubateur de politiques publiques. L’objectif du laboratoire est de former les étudiants à la résolution créative et collaborative de problèmes de politique publique en croisant les apports de la recherche avec la conduite de projet, l’expérimentation, le design thinking. Pour cela, l’école mobilise un large écosystème d'acteurs nationaux et internationaux issus du secteur public, du secteur privé, ou de la société civile.

Dans le module d’études de cas, les étudiants mettent la théorie en pratique et développent des compétences en matière de négociation et de gestion des conflits. Chaque année, une quarantaine d’études de cas conçues avec différents partenaires leur sont proposées. Les étudiants sont immergés au cœur d’une situation complexe pour comprendre et évaluer un processus de prise de décision et de mise en œuvre d’une politique publique. Ces études portent sur des sujets très divers et couvrent les thématiques abordées au sein de chaque spécialité : la gestion des attentats de Paris, Notre Dame des Landes, le droit à l’erreur, l’initative “French Tech”, le développement d’un musée…

Les étudiants participent aussi à des simulations. Jouant le rôle de parties prenantes, ils  sont placés dans des situations de négociations et de résolutions de problèmes à l’instar de la simulation Make it Work qui avait pour objet les négociations de Paris sur le climat. Ce cadre apprend aux étudiants à organiser la coordination et la coopération entre différents acteurs pour co-construire les politiques publiques de demain. 

Au sein de l’incubateur des politiques publiques, les étudiants ont un semestre pour répondre au défi posé par un de nos partenaires. En partant des besoins réels des usagers, les étudiants proposent des solutions tangibles pour améliorer concrètement, efficacement et rapidement la vie des citoyens. Les étudiants s'appuient sur une méthodologie issue du design thinking et sont encadrés par une équipe pédagogique et des coachs avec des profils en design et innovation publique. Ceux-ci les accompagnent dans la conceptualisation d’une solution opérationnelle, numérique ou non. En 2020, un groupe d’étudiants a ainsi travaillé sur le développement des maisons France Service pour favoriser la proximité des services publics avec les citoyens sur tous les territoires. Les étudiants ont développé une plateforme numérique qui présente de façon synthétique les réponses aux usagers tout en permettant de former les agents publics. Cette année, les étudiants travaillent sur pas moins de 30 défis, de la conception d’Ehpad ouverts à la réflexion sur des prisons expérimentales, la rénovation du patrimoine de Chantilly ou encore le développement de consultations citoyennes. 

Comment expliquer cette diversité d’approches qui permet de penser les affaires publiques à tous les échelons ? 

Y.A: D’une part, l'École d’affaires publiques accueille des profils d’étudiants très divers, en provenance du Collège universitaire de Sciences Po mais aussi d’école d’ingénieurs, d’écoles de commerce, d’écoles normales supérieures, d’universités en sciences sociales ou en sciences dures…Nos étudiants viennent également de zones géographiques variées : 33 % d’entre eux sont des étudiants internationaux de plus de 60 nationalités différentes. Ils peuvent suivre l’intégralité de leur formation en anglais. Ce brassage est essentiel dans leur formation pour cultiver la pluralité des trajectoires, des approches et des points de vue. 

D’autre part, le corps enseignant de l’École d’affaires publiques est composé pour moitié d’universitaires et pour moitié de praticiens. Nous avons la chance de bénéficier d’universitaires d'exception à Sciences Po en droit, en économie, en histoire, en sociologie et en science politique. Sciences Po est classé 2ème université de recherche en sciences politiques et relations internationales selon le classement mondial QS 2020. Parmi les praticiens, on recense aussi bien d’anciens ministres, des dirigeants d’entreprises, de jeunes startuppers que des leaders d’ONG, d’associations et des représentants de la société civile. 

Quelles sont les spécificités de l'École d’affaires publiques par rapport à d'autres formations et d'autres écoles à l'internationale ? 

Y.A: L'École d’affaires publiques partage un certain nombre d’exigences avec d’autres écoles d’affaires publiques de rang international comme l’exigence académique et le développement de compétences professionnelles. Nous sommes à ce propos membre du Global Public Policy Network qui réunit les meilleures écoles au niveau mondial : Columbia, la London School of Economics, la Hertie School of Government, Lee Kuan Yew à Singapour, Graspp à Tokyo… et nous offrons une quinzaine de double-diplômes et des certificats internationaux tels que le Sustainable development goals certificate. Mais, l'École d’affaires publiques a aussi ses spécificités. 

Tout d’abord, nous couvrons l’ensemble des affaires publiques. En master, les étudiants peuvent choisir de se spécialiser parmi une grande variété de filières telles que administration publique, sécurité et défense, développement durable, santé , culture, digital, politique, affaires européennes, politiques économiques et sociales, management public... Plus de 100 cours électifs leur sont proposés en plus chaque semestre afin de personnaliser leur parcours. Ailleurs, les écoles sont plus réduites en taille avec surtout des grands cours disciplinaires en économie et gouvernance. Les possibilités de se spécialiser dans un domaine y sont donc moins développées. 

Ensuite, l’École d’affaires publiques propose d’appréhender les affaires publiques à tous les échelons, local, national, international et offre aussi une véritable perspective européenne sur les politiques publiques. 

Enfin, l'École d’affaires publiques mène une réflexion approfondie et permanente sur l’innovation publique. Si toutes les écoles se posent les mêmes questions quant à la formation des experts et des responsables de demain dans un contexte de défiance vis-à-vis des décideurs publics, nous y avons répondu de manière singulière avec le développement d’une pédagogie unique autour du laboratoire d’innovations publiques.

On parle beaucoup de la désaffection des étudiants pour les concours de la haute fonction publique ? Le constatez-vous ?

Y.A: L'École d’affaires publiques prépare à 15 concours différents et nous ne constatons pas de désaffection. Bien au contraire, nous devons faire face à une hausse des candidats à la PrépaConcours. C’est à rebours de ce qu’on entend. Nous recevons beaucoup de candidatures externes issues d’universités, d’écoles d’ingénieurs, d’écoles normales supérieures... De plus en plus d’étudiants cherchent à avoir un impact social et à œuvrer pour le bien commun. Ils s’orientent donc vers des métiers qui servent l’intérêt général. Au sein de la Prépaconcours, nous insistons beaucoup sur les savoirs mais aussi sur les compétences pour prendre des décisions dans cet univers complexe et incertain, concevoir et piloter des réformes, gérer des situations de crise. 

Il reste tout de même un point de vigilance et un grand défi : ces concours ont un moindre attrait pour les jeunes de milieux défavorisés ou les jeunes de différents territoires. Les carrières auxquelles ils préparent sont vues comme trop distantes, trop élitistes et trop parisiennes. C'est un défi majeur sur lequel nous travaillons activement. 

En quoi la crise du Covid-19 joue-t-elle un rôle dans la transformation de l'action publique ?

Y.A: Cette crise montre à quel point le projet pédagogique de l'École d’affaires publiques est essentiel pour former la nouvelle génération de décideurs. Il est tout d’abord essentiel de penser la complexité et l’incertitude des situations en étant familiarisé à la recherche et au raisonnement scientifique, à la multiplicité des savoirs pour appréhender les conséquences sanitaires mais aussi sociales, politiques et économiques de telles crises. Il est aussi essentiel d’être formé à la prise de décision éclairée, à la gestion de crise, au pilotage stratégique et consensuel de politiques publiques qui rassemblent et coordonnent une multiplicité d’acteurs et d’organisations. 

Ces savoirs et ces compétences sont indispensables non seulement pour appréhender la crise sanitaire actuelle mais toutes les grandes transformations du monde contemporain, du réchauffement climatique à la révolution numérique. L’ensemble de nos étudiantes et étudiants sont formés avec cette approche au sein de leurs cours de tronc commun et de leurs nombreux cours de spécialisation. Autant vous dire par exemple que nos étudiantes et étudiants de la filière santé sont très sollicités à l’heure actuelle par le Ministère de la santé ! 

Nous avons aussi complété la formation par un cycle de conférences sur la Covid-19 avec différents acteurs du printemps 2020 venus témoigner des décisions prises et des difficultés rencontrées. Cela nourrit la réflexion de nos étudiants tout en leur permettant de prendre du recul. Ce principe des masterclasses est proposé pour tous les masters et toutes les filières pour approfondir leurs compétences professionnelles. Les étudiants de la filière culture suivent des Mastersclasses données par des artistes afin de mieux comprendre le processus créatif et les enjeux de production actuels. 

Le projet de l'École d’affaires publiques évolue constamment par ailleurs. Une réflexion permanente est menée par l’équipe avec les directeurs scientifiques de chaque spécialité, issus de toutes les disciplines, les enseignants, les diplômés et les recruteurs sur les compétences essentielles attendues pour répondre aux enjeux de demain. Et, nous la poursuivons à une autre échelle avec les membres du Global Public Policy Network, le réseau international d’écoles d’affaires publiques.

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