Simone Veil, 1927-2017

Il y a un peu plus de 40 ans, Simone Veil prononçait à l’Assemblée Nationale le discours qui allait ouvrir la voie à l’autorisation de l’avortement en France. Ce discours historique compte parmi les plus grands, les plus controversés et les plus importants de l’histoire de la Ve République. Ce n’était pas la première fois que Simone Veil avait rendez-vous avec l’histoire ou qu’elle devait imposer ses convictions dans un monde d’hommes… Simone Veil avait été diplômée de Sciences Po en 1948. Hommage à une femme d’exception devenue figure majeure de l’Histoire.

A son entrée à Sciences Po en octobre 1945, la jeune Simone Jacob, 18 ans, a déjà payé un lourd tribut à l’Histoire. Son bac, elle l’a passé en mars 1944, la veille de son arrestation par la Gestapo. Son inscription rue Saint Guillaume, elle la fait moins de six mois après son retour des camps d'extermination, où sont morts presque tous les membres de sa famille. Son statut de déportée l’autorise à s’inscrire alors que l’examen d’entrée a déjà eu lieu, “dans une conférence regroupant les étudiants qui avaient eu des problèmes pendant la guerre, raconte-t-elle dans Une vie. Tous avaient eu des histoires particulières et fortes, ce qui n’empêchait pas certains de me regarder comme un ovni : non seulement j’avais connu la déportation, mais en plus… j’étais une fille !”. 

A l’époque, les études à Sciences Po durent trois ans : à l’issue de l’« Année Préparatoire » (AP) redoutée pour son élitisme et réputée “meilleure préparation” pour l’ENA, Simone Veil choisit la section “service public”, voie royale de ceux qui se destinent aux grands corps de l’État. Ovni elle est, ovni elle reste : dans un Sciences Po où le nombre de femmes passe péniblement la barre des 20 % en 1949/50 (elles étaient à peine plus de 10 % dans l’entre-deux-guerres), cette section est réputée pour être la plus masculine...

Dans ces années d’étudiante, entre 1945 et 1948, qu’elle décrit comme “un moment heureux et fort”, Simone Jacob fréquente davantage l’amphi Boutmy que les bancs de la faculté de droit où elle est également inscrite. Il faut dire qu’enseignent alors rue Saint-Guillaume les figures quasi légendaires des “pères fondateurs” de la science politique et de l’étude des relations internationales en France, André Siegfried et Pierre Renouvin. Parmi ses professeurs, on trouve aussi de jeunes talents comme Michel de Boissieu, normalien de 28 ans, grand résistant qui deviendra un jour le président de la banque Rothschild et l’un des plus fidèles amis du couple Veil.

Si elle “se tient à l’écart des étudiants de Sciences Po qui sortaient beaucoup et fréquentaient assidûment les cafés et les “caves” de Saint-Germain des Prés", Simone Veil tisse des amitiés solides avec son “petit groupe de camarades”, parmi lesquels Claude Pierre-Brossolette, Michel Goldet, Jean-François Poncet ou Marc Alexandre. Ce n’est pas en Boutmy mais durant un séjour au ski entre camarades que Simone Jacob rencontre Antoine Veil, qu’elle épouse à l’automne 46. 

Le 9 juillet 1948, Simone Veil, 21 ans, mariée, mère d’un premier enfant et en attente du deuxième, est diplômée de Sciences Po et bien décidée à entrer dans la vie professionnelle une fois que son mari aura terminé l’ENA. C’est ce qu’elle lui annonce en 1954 après la naissance de leur troisième fils. “Il n’en est pas question”, lui répond son mari. “Je ne me suis pas laissée faire”, explique Simone Veil. Reçue au concours de la magistrature en 1956 et armée d’une détermination à toute épreuve, Simone Veil démarre une carrière professionnelle et politique qui fera d’elle une figure majeure de l’Europe en reconstruction et de la France des IVe et Ve Républiques. Mais aussi une icône de la lutte pour les droits des femmes qui a fait adopter la loi dépénalisant l'avortement en 1974. Et une inlassable militante pour la transmission et la mémoire de la Shoah. 

Citation :

Ce que je trouvais passionnant à l’institut, c’étaient les conférences animées par des personnalités venues d’horizons divers et riches d’expériences variées. Plusieurs d’entre elles réintégraient à peine les postes administratifs qu’elles avaient perdus pendant la guerre.” (Simone Veil, Une vie)

Dates-clés :

1927 : naissance à Nice

1944 : déportation à Auschwitz Birkenau

1948 : diplômée de Sciences Po

1956 : reçue au concours de la magistrature.

1970 : secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature

1974-79 : ministre de la Santé

1979-82 : présidente du Parlement européen

1998-2007 : membre du Conseil constitutionnel

2001-2007 : première Présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah

2008 : entrée à l’Académie française

30 juin 2017 : décès à Paris, à l'âge de 89 ans

1er juillet 2018 : entrée au Panthéon

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