“Par confort, on délègue l’amour”

Avec Chanson douce, Leila Slimani écrivain et ancienne étudiante de Sciences Po dresse le portrait toute en précision d’un quotidien banal. Une famille d’aujourd’hui, des parents, des jeunes enfants, une nounou. Un cadre idéal qui va voler en éclats. SciencesPo l'a rencontrée courant octobre et republie son Interview à l'écrit et en vidéo au lendemain de son Prix Goncourt.

Pourquoi “Chanson douce”?

Le titre du roman est un oxymore. Une contradiction, un signal que j’envoie aux lecteurs. C’est aussi ce qui se trame pendant tout le roman : la douceur peut devenir violence. Les bonheurs se transforment en cauchemars. Le titre du roman ne va pas dans le sens de l’histoire, inspirée d’un fait divers. Celui d’une nounou qui a assassiné les enfants qu’elle gardait.

Tout le livre porte sur la description très précise du quotidien. Comme l’anatomie d’un drame.

Myriam et Paul forment un couple de jeunes trentenaires stressés, qui doivent faire face à plusieurs défis. Ils ont des enfants en bas âge. Ils veulent réussir leur vie et leur carrière, avec ce que ça sous-entend comme sacrifice, aux dépens de leurs enfants, de l’éducation, mais aussi du plaisir tout simple qu’il y a à exister en tant que femme et en tant qu’homme. Le livre fait le récit d’une dérive qui rend mutique, qui fait perdre pied, aux uns et aux autres. Je décris le quotidien pour montrer le lent décrochage de tous les personnages avec le réel, pas seulement celui de la nounou, Louise. Les personnages se laissent envahir par ce quotidien qui, progressivement, aveugle, fait perdre l’acuité du regard. Jusqu’à perdre leur instinct qui aurait pu, peut-être, les sauver.

Les hommes sont assez en retrait dans l’histoire. Pourquoi?

Paul, l’époux et le papa, Pascal, le patron de Myriam, Adam, le petit, restent en périphérie. C’est une affaire de femmes, la maison, la garde des enfants. Dans la réalité, dans 90% des cas, les liens se font entre la maman et la nounou. Le père est peu présent, sauf pour conduire les entretiens ou licencier.

Qui est Louise, le personnage de la nounou?

Elle est l’invisible. C’est une femme qui toute sa vie durant n’a pas su créer des liens, y compris avec sa fille. Elle n’a pas de véritable intimité non plus. Elle n’investit rien d’elle-même, ni le studio dans lequel elle vit, ni sa vie affective. L’intimité d’autrui comble le vide qu’elle a en elle. Elle va donc s’y glisser, jusqu’à semer la confusion avec celle de la famille dont elle est employée. Elle s’y introduit, abolit les frontières. Mais chacun participe, donne son accord. Il y a une absence totale de révolte. Par conforts, on délègue l’amour, le chez-soi. Les liens entre la nounou et les parents deviennent très ambigus. Myriam et Paul engagent chez eux une personne qu’ils paient pour fournir de l’affection à leurs enfants. Ils lui confient les clés de la maison et tout son ordonnancement, sans se rendre compte que cela va trop loin. En cela, Louise l’employée, la domestique, prend le pouvoir. Et parce qu’elle est, depuis longtemps déjà un animal traqué au bord du gouffre, elle fait tout voler en éclats.

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