"La plus grande transformation urbaine depuis Haussmann"

Un “Grand Paris” pour quoi faire ? Et pour qui ? Réunir Paris et sa banlieue en une vaste métropole de 7 millions d’habitants changera-t-il la donne de la capitale française ? Ce sont toutes ces questions qu’aborde le cours en ligne (MOOC) “À la recherche du Grand Paris” développé par l’École urbaine de Sciences Po en partenariat avec la Mairie de Paris et l’agence Grand Public. À l’occasion de la diffusion du premier cours ce lundi 23 octobre, entretien avec Patrick Le Galès, doyen de l’École urbaine de Sciences Po.

Pourquoi l’École urbaine de Sciences Po a-t-elle choisi de dédier un MOOC au sujet du futur “Grand Paris” ?

Parce que le projet du “Grand Paris” - créer une métropole réunissant ville de Paris et région Île-de-France -  est probablement la plus importante opération de transformation urbaine en cours en Europe ! Il ne s’agit pas seulement de la création d’une métropole de 7 millions d’habitants, c’est aussi la mise en place d’un système de transport innovant et de grande ampleur, le “Grand Paris Express”, ainsi que les aménagements pour l’accueil des Jeux Olympiques en 2024. Les enjeux sont très importants et concernent des millions de personnes. Une famille de la ville de Bagnolet, en proche banlieue de Paris, me disait que cela leur faisait un choc de passer du département “93” au Grand Paris ! Si cette opération de transformation urbaine se confirme, c’est un changement d’échelle et de transformation le plus radical depuis les aménagements du baron Haussmann au XIXe siècle.

Le MOOC est gratuit, ouvert à tous et ne nécessite pas de pré-requis. Quels sont ses objectifs ?

Nous avons souhaité faire un MOOC accessible au grand public et qui puisse aussi servir de module de formation pour la Mairie de Paris. En échangeant avec nos partenaires de la Mairie de Paris et nos collègues de l’École urbaine, nous nous sommes dit qu’il était intéressant de contribuer à une forme d’éducation populaire sur le sujet. Ceci se traduit par un MOOC beaucoup plus visuel qu’un MOOC universitaire classique : il comporte beaucoup de  vidéos, des archives de l’INA, etc. Il ne s’agit pas par ailleurs d’un cours magistral mais plutôt du recueil de paroles d’habitants de la région francilienne, de responsables associatifs et de chercheurs de différentes universités de la région. Nous avons aussi associé des historiens et des collègues étrangers pour donner de la perspective historique et comparative. Avec ce MOOC, notre objectif c’est de montrer ce que les sciences sociales peuvent apporter à la formation des citoyens et à la vie de la cité. Et c’est aussi, d’une manière plus globale, la mission de Sciences Po. L’École urbaine mobilise ainsi des données produites par les instituts et agences d’urbanisme de la ville et produit un bien collectif gratuit et accessible.

Présentation du MOOC "À la recherche du Grand Paris"

 

Le MOOC s’intitule “À la recherche du Grand Paris” : quels sont, selon vous, les enjeux de cette future métropole ?

On a introduit quelques controverses comme, par exemple, le sujet de la carte scolaire, le contrôle des populations ou l’intérêt d’un grand projet de transport, mais le MOOC n’a pas réellement vocation à prendre parti. Nous avons plutôt choisi de mettre l’accent sur les questions de transport, de culture et d’éducation, de développement économique, de risques, de sécurité, aux d’inégalités, de logement, etc. Dans le deuxième cours intitulé “Peuplement”, par exemple, il s’agit de savoir qui sont les habitants du Grand Paris, ce qui se passe en termes de ségrégation sociale et ethnique… On rappelle aussi les arrivées successives de migrants et de Français de toutes les régions. Les projets de construction de logement vont-ils marginaliser et éloigner les classes populaires ou produire davantage de mélange et de mobilité sociale ? La force de ce MOOC est de mettre dans un même “lieu” des thématiques qu’on ne pense pas forcément à lier entre elles, alors qu’elles sont connectées, et d’envisager les transformations, soit par les pratiques des habitants, soit par les politiques publiques.

Les étudiants de l’École urbaine ont pris une part active dans la construction de ce MOOC. Quel est leur apport ? Quel est l’intérêt pédagogique ?

Cinq étudiantes ont été étroitement associées à l’ensemble du projet et ce, dès le choix des thèmes. Elles ont préparé les séances, elles se sont formées à la vidéo pour mener les interviews des experts et une partie du travail documentaire. C’est intéressant d’un point de vue pédagogique de mener ainsi un projet de A à Z avec tous les aspects propres au mode projet : le respect des délais, la coordination, etc. Mais c’est également formateur pour elles d’écouter des populations très différentes raconter comment elles envisagent le Grand Paris. Cela les oblige à penser ce projet au-delà de la manière dont elles le vivent dans leur quotidien d’étudiantes. C’est aussi ce qu’on cherche à enseigner aux étudiants de l’École urbaine ici à Sciences Po : écouter et prendre en compte tous les points de vue dans le cadre d’un projet urbain. Cette année, dans le cadre de leur double master Stratégies territoriales et urbaines - Urban Policy en partenariat avec la London School of Economics (LSE), elles vont pouvoir comparer avec Londres !
 

Le MOOC “À la recherche du Grand Paris, a été conçu  à Sciences Po par Patrick Le Galès, Maxime Crépel, et cinq étudiantes de l'Ecole Urbaine de Sciences Po (Ninon Beillard, Juliette Guichardet, Judith Lienhard, Valentine Quinio, Téloise Thibault ), avec Frédéric Gilli, directeur de l'agence Grand Public, professeur affilié à l’Ecole urbaine et Odile Gaultier-Voituriez . Il a été initié et financé en partenariat avec la Mairie de Paris. Il est disponible sur la plateforme FUN.

En savoir plus

  • L'École urbaine de Sciences Po forme ceux qui vont transformer le monde par la ville et les territoires. Des "fabricants de politiques urbaines et des territoires" qui travailleront dans le public, dans les ONG et dans le privé, à l'échelle locale comme internationale.
  • "Les défis des métropoles", Cogito, la lettre de la recherche de Sciences Po

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