Décès de Pierre Milza, un des plus grands professeurs de Sciences Po

Pierre Milza, historien, éminent spécialiste de l’histoire politique et culturelle contemporaine, de l’Italie et des relations internationales, qui a joué un rôle majeur dans l’histoire de sa discipline à Sciences Po et, plus largement, dans l’histoire de l'institution où il enseigna de 1968 à 2000 est décédé le 28 février 2018. Avec lui c'est un des plus grands professeurs de Sciences Po qui disparaît. 

Ancien instituteur, agrégé et docteur en histoire, Pierre Milza fut un professeur et un pédagogue, soucieux d’une diffusion de qualité et d’un dialogue constant avec le plus grand nombre – comme en témoignent ses cours et ses manuels, co-écrits avec son collègue et ami Serge Berstein, devenus de véritables classiques pour des générations d’étudiants. Directeur de collections (chez Fernand Nathan, Hatier, Autrement, etc.), il fut un auteur prolixe, autant qu’un éditeur inspiré.

Un inlassable "entrepreneur académique" dont les ouvrages ont marqué des générations d'étudiants

À Sciences Po, où il fut nommé professeur des universités en 1978, après avoir été recruté comme assistant en 1968, Pierre Milza fut, avec Serge Berstein, un inlassable « entrepreneur académique » et un fervent défenseur de la discipline historique, fondateur et premier directeur du Centre d’histoire de l’Europe du Vingtième Siècle de Sciences Po en 1984, au sein duquel il a intégré le service des Archives d’histoire contemporaine ; qu’il dirigea quinze ans, jusqu’en 2000.

De sa thèse d’État sur Français et Italiens à la fin du 19e siècle. Aux origines du rapprochement franco-italien de 1900-1902 (École française de Rome, 1981) à ses ouvrages consacrés à des grandes personnalités transalpines du XIXème et du XXème siècle, Pierre Milza s’est imposé comme l’un des principaux spécialistes de l’histoire de l’Italie contemporaine, en particulier du fascisme, un champ qu’il a développé en créant un groupe de recherche sur l’histoire contemporaine de l’Italie et en présidant le Comité franco-italien d’études historiques. Il s’est intéressé également à l’histoire de la France,  a animé un séminaire fameux au Centre d’histoire de l’Europe du Vingtième Siècle de Sciences Po, dirigé la Revue d’histoire moderne et contemporaine et suivi de très nombreuses thèses, formant ainsi une génération d’historiens et d’historiennes, dont des italianistes de premier plan.

Un spécialiste des fascismes et des extrêmes-droites européennes

Dans la continuité de ses maîtres, Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle, Pierre Milza fut également un éminent représentant de l’École française d’histoire des relations internationales qu’il a contribué à renouveler en s’intéressant de manière pionnière aux jeux d’échelle (des migrants anonymes aux hommes d’État fameux ; du village aux banlieues ouvrières), aux « forces profondes » – opinion publique, mentalités, représentations, cultures –, à l’analyse « à chaud » de l’évolution du monde (Le nouveau désordre mondial, Flammarion, 1983), à l’histoire globale des migrations (dir. Les Italiens en France de 1914 à 1940, Rome, EFR, 1986), autant qu’aux « grands décideurs » auxquels il a consacré de grandes biographies (Mussolini, Fayard 1999 ; Verdi, Perrin, 2001 ; Napoléon III, Fayard, 2004 ; Voltaire, Perrin, 2007, Garibaldi, Fayard, 2012 ; Pie XII, Paris, Fayard, 2014) qui ont connu un succès populaire et ont été couronnées par des prix prestigieux.

Homme d’engagement, historien du politique du XIXe siècle au temps présent, Pierre Milza a apporté sa pierre au débat historiographique sur les fascismes et les extrêmes-droites européennes, adoptant une perspective comparée, attentive aux contextes et aux pratiques, ainsi qu’une contribution importante à la réflexion sur le concept de totalitarisme (Fascisme français. Passé et Présent, Paris, Flammarion, 1987 et L’Europe en chemise noire. Les extrêmes droites européennes de 1945 à nos jours, Paris, Fayard, 2002).

Ouvrir l'étude historique des immigrations

« Migrant, inconfortablement posté entre deux cultures cousines et pourtant dissemblables », ayant contribué à ouvrir l’étude historique des immigrations, dont celle des Italiens en France, Pierre Milza nous invite à l’accompagner dans son Voyage en Ritalie (Paris, Plon, 1993), à la fois essai d’égo-histoire personnelle et intellectuelle et brillante synthèse des connaissances de la présence italienne dans notre pays. Ses élèves lui ont rendu hommage dans des Mélanges en l’honneur de Pierre Milza. D’Italie et d’ailleurs (Rennes, PUR, 2014).

Dynamique, ouvert d’esprit, profondément humain, Pierre Milza, dont la notoriété scientifique était connue et reconnue, notamment en France et en Italie -  les nombreuses distinctions qu’il a reçues en témoignent - était, à bien des égards, l’un des meilleurs représentants de la communauté académique de Sciences Po.

Marc Lazar et Marie Scot

“Les réseaux sont des espaces culturels”

“Les réseaux sont des espaces culturels”

La Joconde aurait-elle fait un selfie ? Présents à chaque instant dans la vie des étudiants, les réseaux sociaux bouleversent aussi la création : ils créent de nouveaux usages, renouvellent l’expression de soi, réinventent les codes. Dans son cours sur les “Sociologies des cultures web”, Naveen Minai emmène les étudiants explorer ces espaces de la modernité culturelle…

Lire la suite
Handicap :

Handicap : "En parler sans tabou"

Diplômée 2018 du master en Sécurité internationale de l’École des affaires internationales de Sciences Po (PSIA), Marie-Line a passé le prestigieux concours du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères via une voie spécifique de recrutement dédiée aux personnes en situation de handicap. Dans deux mois, elle prendra son premier emploi en tant que “secrétaire des Affaires étrangères”, un poste de catégorie A. Préparation des concours, futures missions à l’étranger ou encore accompagnement du handicap à Sciences Po, elle nous détaille son parcours.

Lire la suite
De Nairobi à Paris

De Nairobi à Paris

Sciences Po et l’université de Strathmore ouvrent un nouveau double diplôme en bachelor et master. Cette formation permettra aux étudiants de premier cycle inscrits à l’université de Strathmore d’obtenir, en cinq ans, un diplôme de bachelor de l’université de Strathmore suivi d’un diplôme de master de Sciences Po.

Lire la suite

"L'amour des textes"

Qu’est-ce qui peut réunir une ancienne ministre de la Culture et des étudiants réfugiés dans une salle de cours ? L'amour des textes d'Albert Camus et de Victor Hugo ! Avec la culture comme langage universel et outil d’intégration, Aurélie Filippetti transmet sa passion des grands textes aux étudiants réfugiés accueillis par Sciences Po depuis 2015. Quand littérature rime avec ouverture...

Lire la suite
FEMPO, la success story

FEMPO, la success story

FEMPO est une start-up qui propose des culottes en tissu lavable destinées à remplacer les protections hygiéniques. Accompagné par l’incubateur de Sciences Po en 2018, ce projet est né de la rencontre de deux alumnae, Fanny Abes, diplômée du master en politique économique internationale, et Claudette Lovencin, diplômée du master en politique publique. Lire la suite

Une histoire de femmes

Une histoire de femmes

Des premières étudiantes entrées dans nos murs en 1919 jusqu’à une politique active de soutien de l’égalité aujourd’hui, comment la place des femmes a-t-elle évolué dans l’École ? À l’occasion de la journée internationale des droits de la femme, 5 dates clés de l’histoire des femmes à Sciences Po.

Lire la suite
Sciences Po 3ème université mondiale en

Sciences Po 3ème université mondiale en "science politique et relations internationales"

Sciences Po améliore encore son positionnement international en "science politique et relations internationales" en passant de la quatrième à la troisième place mondiale dans le classement international QS 2019 des meilleures universités par discipline, dévoilé ce 26 février 2019. Classée derrière Harvard et Oxford, Sciences Po est la première université d'Europe continentale dans cette discipline, devant LSE et Cambridge.

Lire la suite
“La propagande a été le ciment de la démocratie libérale”

“La propagande a été le ciment de la démocratie libérale”

La persuasion de masse n’est pas née avec Internet, mais le numérique et les réseaux sociaux marquent une révolution dans l’histoire de la propagande. Loin d’avoir disparu avec les régimes totalitaires du XXè siècle, la voici plus présente, plus efficace, et plus dangereuse que jamais pour la démocratie. Entretien avec David Colon, historien et enseignant à Sciences Po, sur son ouvrage Propagande. La manipulation de masse dans le monde contemporain.

Lire la suite
Léo Ferré : du sale gosse de Sciences Po au Joli môme de l’Olympia

Léo Ferré : du sale gosse de Sciences Po au Joli môme de l’Olympia

Avant de devenir l’un des plus célèbres chanteurs français du 20ème siècle, Léo Ferré a usé ses pantalons sur les bancs de Sciences Po, dont il est sorti diplômé en 1939 (non sans péripéties). De la Péniche aux plus grandes scènes françaises, retour sur un parcours rempli d’insouciance et de maladresse.

Lire la suite