Chaire d'écrivain : “Offrir aux étudiants un espace de liberté”

Après Kamel Daoud, Marie Darrieussecq et Patrick Chamoiseau, Maylis de Kerangal rejoindra Sciences Po en septembre 2020 comme titulaire de la Chaire d’écrivain invité. L’occasion de revenir sur un an et demi d’aventures littéraires avec Delphine Grouès, Directrice de l'Institut des Compétences et de l'Innovation. 

Sciences Po est une université de sciences humaines et sociales qui fait la part belle, dans son cursus, aux humanités. De quelle façon cet engagement a-t-il donné naissance à un Centre d’écriture et de rhétorique et, en son sein, à une Chaire d’écrivain en résidence ?

Delphine Grouès : L’identité de Sciences Po est fortement ancrée dans les champs oratoires et rhétoriques depuis sa création. Les alumni Marcel Proust, Julien Gracq ou Leïla Slimani, pour citer un nom contemporain, rappellent que Sciences Po a toujours permis la formation d’écrivains talentueux. La propagation des fake news, l’appauvrissement de l’expression à l’heure des réseaux sociaux et l’injonction à l’immédiateté nous ont incité à multiplier les enseignements soutenant le développement d’une réflexion critique et originale. C’est ainsi qu’est né le Centre d’écriture et rhétorique à l’automne 2018. 

Dès le début, nous avons conçu ce projet autour de trois axes : le développement de l’argumentation, le renforcement de l’art oratoire, et l’écriture de création. Pourquoi ce troisième pilier ? Il s’agissait d’offrir aux étudiants un espace de liberté, d’imaginaire, un rapport différent au réel. Et pour ce faire, nous avons décidé d’inviter des auteurs, dont le rôle n’est pas tant d’enseigner la littérature que d’accompagner les étudiants dans leur parcours créatif. 

C’est ainsi qu’est née la Chaire d’écrivain en résidence. Elle permet chaque année à deux écrivains de venir partager leur approche, leur vision, leur expérience, complétant ainsi l’offre du Centre d’écriture et de rhétorique. Mais au-delà de le Chaire et de la venue des titulaires, le Centre est aussi un lieu d’accueil et de rencontre pour des écrivains du monde entier, qui interviennent lors de conférences ou de masterclass : Roberto Saviano, Ece Temelkuran, Jonathan Coe, Souleymane Bachir Diagne, Rémi Brague, Nicolas Mathieu, Christophe Ono-dit-Biot, Adel Abdessemed, Pierre Assouline, Ken Follett, Kate Mosse, Jojo Moyes, Lee Child… 

 

Comment les titulaires de la Chaire d’écrivain en résidence sont-ils choisis ? Que font-ils une fois à Sciences Po ? 

Delphine Grouès : Les titulaires sont choisis par un comité de sélection composé de Pierre Assouline, Aurélie Filippetti, Leïla Slimani, Frédéric Mion (Directeur de Sciences Po), Bénédicte Durand (Directrice de la formation) et moi-même. Nous avons d’abord un objectif de parité, puisque nous choisissons une femme et un homme par an ; et un objectif de diversité, puisque nous invitons des écrivains qui diffèrent dans leur approche de l’écriture, dans les thèmes qu’ils abordent, et dans leur méthode de travail. 

Par exemple, Kamel Daoud, premier titulaire de la Chaire, écrivain de haut vol, se singularise par son expérience de chroniqueur, qui a formé sa plume incisive et son rapport puissant au politique ; Marie Darrieussecq, par la diversité de ses écrits, sa formation en psychanalyse et son expérience de la traduction, qui ont forgé son approche ludique de la langue ; Patrick Chamoiseau, par son esprit créole et son rapport à l’imaginaire, à la poétisation de la réalité ; et Maylis de Kerangal, qui nous rejoindra en septembre, par la place qu’occupe la recherche (littéraire, musicale, scientifique) dans son processus d’écriture. Évidemment, il ne s’agit là que d’exemples brossés à grands traits : ces écrivains ont d’abord été choisis pour la richesse et la complexité de leur œuvre, qu’on ne peut résumer en quelques mots...

Une fois à Sciences Po, les écrivains sont impliqués dans différentes activités. Tout d'abord l’exposé inaugural, au cours duquel le titulaire sortant accueille le titulaire entrant ; il s’agit d’un passage de relais qui place le début du semestre sous le sceau de la créativité, pour tout l’établissement... Chaque titulaire donne ensuite deux cours d’écriture créative à des groupes de 20 étudiants, ouverts à tous, quelle que soit leur année ou leur programme d'étude. Les titulaires participent enfin à un cycle de master class sur les sept campus de Sciences Po.

Sciences Po accueillera l’écrivaine Maylis de Kerangal pour le semestre d’automne. Qu’est-ce qui a guidé ce choix ?  

Delphine Grouès : Comme les précédents titulaires, Maylis était une évidence pour le comité de sélection. Son œuvre est riche, complexe, variée, et reconnue internationalement. Sa méthode force la curiosité : avant d’écrire un roman, elle effectue des recherches très poussées sur des thématiques qu’elle découvre - qu’il s’agisse de la transmission d’organes ou de la construction d’un pont. Puis elle poursuit ces recherches, en parallèle de l’écriture, dans un va-et-vient permanent entre le réel et sa transcription par la fiction. Elle s’inspire aussi d’autres formes artistiques, comme la peinture murale, pour nourrir son œuvre. Tout cela résonne fortement avec les objectifs du Centre d’écriture et de rhétorique : encourager les étudiants à faire des “détours” créatifs, et à privilégier le temps long, la concentration, le regard critique… Enfin, Maylis est une autrice qui sait et qui aime transmettre. Nous recherchons des “passeurs” : cela aussi fait partie des critères du comité de sélection !

L'équipe éditoriale de Sciences Po

Le centre d'écriture et de rhétorique et la chaire d'écrivain en résidence sont soutenus par FNAC Darty et la Fondation Simone et Cino Del Duca.

Pour en savoir plus : 

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