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17 avril 2026

Thérèse Frament est la gagnante du concours vidéo étudiant CiMENA

Félicitations à Thérèse Frament, étudiante en seconde année de bachelor au Collège universitaire de Sciences Po, qui a remporté le prix vidéo CiMENA organisé par le programme MENA (Afrique du Nord Moyen-Orient). Son court-métrage Terenga, inspiré de son vécu et de celui de sa famille, raconte l'histoire de la diaspora libanaise au Sénégal.

Rencontre avec la lauréate

Thérèse Frament, gagnante du prix CiMENA 2025, 7 avril 2026, séance du CERI-Cinéclub au cinéma L'Entrepôt. (crédits : Sciences Po)

Quel a été votre parcours avant et à Sciences Po ?

J'ai grandi entre le Vietnam où je suis née, la Syrie et le Sénégal, où j'ai vécu de mes 7 à 17 ans (à Dakar). J'ai ainsi été éduquée dans un mélange interculturel (français, libanais et sénégalais). Ces expériences m'ont donné à voir différentes réalités (des prémices de la chute du régime de Bachar al-Assad aux manifestations contre la présidence de Macky Sall), suscitant chez moi, très jeune, la vocation de devenir grand reporter.

J'ai donc orienté mon parcours scolaire et universitaire vers la compréhension des problématiques de la région MENA (Middle East North Africa) qui m'a toujours beaucoup attirée. En arrivant à Sciences Po, je me suis donc mise à reprendre des cours d'arabe à raison de quatre heures par semaine? J'ai pu aussi choisir différents séminaires axés sur la région : des monarchies du Golfe persique (Kevan Gafaiti) en passant par la diplomatie de crise dans le monde arabe (Brigitte Curmi), le Moyen-Orient contemporain (Karim Bitar) ou encore la politique étrangère de la Turquie (Albert Kandemir). Je participe également aux évènements de l’association Sciences Po Monde Arabe tout en étant investie dans d'autres associations : Sciences Polémiques dont j'ai co-organisé le concours des Triplétades, le spectacle Le Lion et le Renard pour lequel j'ai été comédienne, Paris Solidaires et ses maraudes hebdomadaires…

Enfin je me prépare avec hâte à m'envoler l'année prochaine pour une troisième année mixte en Jordanie, à l'Institut français du Proche-Orient (Ifpo) d'Amman afin d'apprendre l'arabe plus intensivement.

Pourquoi avez-vous décidé de participer au concours CiMENA ? Que signifie pour vous le thème Pays/ages ?

C'est en effectuant l'atelier vidéo d'Ismaïl Aloui Fdili que j'ai entendu parler du concours CiMENA qui a tout de suite attisé ma curiosité. J'ai toujours eu une appétence particulière pour la réalisation de petits films et ce concours était une l'opportunité de me lancer enfin dans un projet un peu plus important qui se rapprocherait d'un semblant de reportage.

Le thème paysage m'évoquait une immersion culturelle dans un récit mêlant différentes générations avec des images très visuelles de l'environnement des personnages.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le court-métrage que vous avez réalisé ?

J'ai tout de suite pensé à réaliser un film sur la diaspora libanaise au Sénégal. Partie depuis presque trois ans de Dakar sans y être retournée, le reportage était l'occasion unique de revenir sur mes traces et celles de mes ancêtres avec cette fois une vision différente : remonter l'histoire de cette diaspora libanaise à Dakar. Pourquoi sont-ils là ? Pourquoi y sont-ils si nombreux ? Pourquoi ma tante n'a-t-elle jamais connu le Liban ?

Les Libanais sont nombreux au Sénégal du fait de différentes vagues d'émigration : la famine du Liban, le suivi des colonies françaises (pour le commerce ou l'intermédiaire entre la population sénégalaise et les Français), la guerre, et, désormais, des mariages. Aujourd'hui beaucoup de Libanais n'ont connu que le Sénégal, les grands-parents sont enterrés sur cette terre, les enfants vont dans les écoles sénégalaises, tous parlent couramment le wolof, mangent le mafé, le thiep en même temps que des shawarmas et mloukhia. Des métissages s'observent de plus en plus.

J'ai donc opté pour une réalisation à mi-chemin entre le poème et le reportage intitulée Teranga qui peut se traduire du wolof « hospitalité ». La notion de la Teranga est le mot d'ordre du Sénégal qui tient toujours à sa réputation de l'accueil chaleureux, du partage, du respect. J'ai ainsi voulu montrer au travers de différents personnages, issus de plusieurs générations, cet accueil que le Sénégal a réservé à ceux qui l'aiment et désirent le comprendre comme ces Libanais. J'ai voulu montrer les transfuges identitaires pour montrer que d'une terre d'accueil, le Sénégal devient une terre mère, le tout imbriqué dans les beaux paysages sénégalais qui se mêlent aux paysages de la mémoire ; ceux du Liban.

J'ai passé ainsi deux semaines en janvier à m'immerger avec des Libanais et des Dakarois, à parler de leur parcours, de leurs vies. J'ai eu la chance de vivre de beaux moments comme lors de la demi-finale de la CAN de football (sport très important pour les Sénégalais), où j'ai été emmenée par une famille de Libanais pour fêter la victoire au centre ville, m'offrant de magnifiques images de fraternité entre les deux peuples.

Enfin la musique était un choix crucial, je voulais qu'elle transmette elle aussi cette part de transfuge identitaire. Monsieur Ibantuta (dont le travail est de voyager autour du monde avec son oud) a accepté de me prêter ses mélodies pour mon court-métrage. Ainsi à l'oud, instrument qui rappelle le Levant, s'ajoute la kora (instrument national sénégalais), créant un dialogue harmonique et une immersion des sens dans les paysages.

Que souhaitez-vous faire après votre bachelor ?

Après mon bachelor, j'aspire à intégrer le master joint de Sciences Po entre l'École de journalisme et la Paris School of International Affairs (PSIA) dans l'optique de devenir grand reporter avec une focale particulière sur la région MENA (bien que je reste ouverte et curieuse à toute région du monde).

La mer, celle qui nous lie.
Celle qui les a apportés, les bagages lourds de souvenirs,
De monts enneigés et de plages ensoleillées
De la belle pluralité du pays qu’ils ont tant aimé.
Le Liban chéri, le Liban derrière eux.
Cette fois, yallah, il fallait partir,
Quitter à moitié la terre mère.
L’icône de saint Charbel dans une poche et l'œil de Myriam dans l’autre.
Poussés par
La faim,
Les armes,
Ou peut-être même attirés par l’amour
L’âme tremblante,
Ils ont pris la route où le destin les a conduits
Sur l’horizon des mille promesses :
La terre du Sénégal, la terre de l’accueil, la terre de la Teranga.
Là où le soleil parle plus fort que la nostalgie,
Là où le baobab côtoie les sommets du cèdre,
Là où la torpeur du Lion rappelle la douceur de la vie passée.
Là où les vagues vous ouvrent les bras pour vous dire : “Viens, viens, rapproche-toi de moi”.
Arrivés sans rien,
Partis d’une couche sous un escalier,
Il fallait qu’ils apprennent à vivre
avec le chaos rythmé des rues,
une atmosphère orangée,
et le poids du souvenir.
Alors, ils ont planté des commerces comme on plante des racines.
Entre le wolof et l’arabe,
Une langue du milieu est née,
Faite de sourires, de patience et d'inchallah
Toujours porteuse de cette foi discrète que demain sera meilleur.
Puis, petit à petit, l’exil a changé de nom.
Le Sénégal n’était plus seulement l’accueil,
Il est devenu la maison, le frère, la table partagée, la langue mélangée.
La mémoire nouvelle.
Entre les pastels et les falafels,
On a partagé un même sens de la famille
Un même honneur.
Deux terres dans un seul cœur.
On y a enterré nos parents.
On y a fait naître des enfants.
Là, entre le vert, le jaune, le rouge
Dans le sable et la chaleur,
On a rapproché nos cœurs et ouvert nos maisons.
Et quand le Liban appelle encore, la voix tremblante,
On répond avec amour, sans trahir l’ancrage :
« Tu es ma racine, mais ici est mon souffle ».

Thérèse Frament

Le prix CiMENA 2025

Pour sa première édition, le prix vidéo CiMENA a choisi le thème « Pays/ages», qui invitait les participantes et participants à montrer les paysages, réels ou rêvés, qui relient à l’Afrique du Nord ou au Moyen-Orient – entre mémoire, mouvements contemporains et imaginaires du futur.

Le jury était présidé par la réalisatrice Marianne Khoury et le court-métrage lauréat a été annoncé et diffusé le 7 avril 2026 à l'occasion d'une séance spéciale du CERI-Cinéclub (une série de projections-débats organisée par le centre de recherches internationales de Sciences Po) au cinéma L'Entrepôt.

« En racontant l’histoire de la diaspora libanaise au Sénégal, ce film fait dialoguer les paysages de la mémoire et de la terre d’accueil. À travers les générations, les sons et les images, il incarne pleinement le thème Pays/ages en tissant des liens entre territoires, identités et appartenance. N’était-ce pas l'histoire des Libanais, où le nombre de Libanais qui vivent et qui sont intégrés en dehors du Liban sont bien plus nombreux que ceux qui y sont restés ? La réalisatrice a réussi à faire en quatre minutes un film politique, émotionnel et maîtrisé. À l’unanimité, le premier prix est attribué à Teranga de Thérèse Frament. »

Marianne Khoury, présidente du jury, réalisatrice et productrice

Le jury était également composé de Léa Albrieux, directrice internationale du programme MENA, Jean-Michel Frodon, critique de cinéma et enseignant à Sciences Po, Aghiad Ghanem, directeur scientifique du programme MENA, et Sharon Hakim, réalisatrice et scénariste.

Cette édition a bénéficié de l’appui de la Maison des Arts & de la Création de Sciences Po, le concours vidéo s'articulant avec des ateliers de création vidéo, organisés en lien avec les campus de Sciences Po et animés par des artistes, dont l'artiste et réalisateur franco-marocain Ismail Alaoui Fdili.

Légende de l'image de couverture : Thérèse Frament reçoit le prix CiMENA 2025, 7 avril 2026, CERI-Cinéclub au cinéma L'Entrepôt. (crédits : Sciences Po)

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