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20.03.2024

Lancement de l'Institut libre des transformations numériques de Sciences Po

De l’invention d’internet à la prolifération des algorithmes dopés à l'intelligence artificielle, le numérique questionne et bouleverse fondamentalement nos façons de penser, d’apprendre, de travailler, de nous informer, de nous rencontrer, de créer et de communiquer. Cette révolution irrigue si profondément la moindre de nos actions que les principes fondamentaux de nos démocraties en sont ébranlés.

Fidèle à sa mission d’analyse et de compréhension des défis contemporains pour l’action, Sciences Po lance son Institut libre des transformations numériques. Créant un dialogue permanent entre les sciences humaines et sociales et les autres secteurs des sciences, l’Institut libre des transformations numériques a vocation à devenir un lieu incontournable où se pense, se développe et s’expérimente une vision européenne originale de ce que le numérique fait à notre société et de ce que nous faisons avec le numérique.

Retour sur la soirée de lancement de l'Institut du 21 mars en replay et en 5 photos.

Guillaume Grallet, Jean-Philippe Cointet et Ethan Zuckerman

Sergei Guriev, Jean-Philippe Cointet et Ethan Zuckerman

Guillaume Grallet, Pablo J. Boczkowski, Jen Schradie et Grégoire Lemarchand

Églantine Yelles, Yann Rozès, Kalli Giannelos et Kevin Arceneaux

Guillaume Grallet, Beatriz Botero Arcila, Benoît Rottembourg et Benoît Loutrel

Guillaume Grallet, Jean-Philippe Cointet et Ethan Zuckerman

Sergei Guriev, Jean-Philippe Cointet et Ethan Zuckerman

    Découvrez aussi l'interview de son directeur, Jean-Philippe Cointet.

    comment a été choisi le nom de cet institut, et pourquoi ?

    L’Institut libre des transformations numériques offre un nouvel espace d’animation et de coordination de la recherche et de la formation sur un objet thématique singulier - les transformations numériques - qui dépasse les frontières disciplinaires classiques. L'institut s’inscrit au cœur de Sciences Po, mais ne se substitue pas à l’organisation canonique de la maison qui structure la recherche et l’enseignement en centres, départements et Écoles.

    L’adjectif libre (open en anglais) accolé à son nom reflète trois formes d’ouverture qui nous tiennent à coeur. Tout d’abord, l’ouverture des sciences sociales vers les autres secteurs des sciences : les sciences du numériques, mais aussi les sciences naturelles qui sont de grands producteurs de données. Une des singularités de notre Institut est de promouvoir une interdisciplinarité forte au sein des Sciences Humaines et Sociales et au-delà, grâce aux partenaires du projet TIERED.

    Ensuite, l’Institut souhaite offrir un nouvel espace de discussion entre Sciences Po et la société : valoriser les résultats de nos recherches en les diffusant à un public élargi sous de nouveaux formats, participer à la structuration du débat public sur les questions et inquiétudes que suscitent certaines technologies numériques et participer à la réflexion des politiques publiques avec et sur le numérique.

    Enfin, nous souhaitons construire les modalités d’un dialogue symétrique entre notre université de recherche et la société, c’est-à-dire mettre en œuvre des dispositifs qui permettent à différents publics de contribuer à la formulation des questions et la construction de nos protocoles de recherche. Nous voulons promouvoir une science ouverte et participative, qui remette les citoyens et la société civile au cœur des questions de recherche.

    Quelles sont vos ambitions pour cet Institut ? quels défis aura-t-il à relever ?

    Jean-Philippe Cointet (crédits : Clément GIBON)

    Notre ambition est de faire figurer Sciences Po sur la carte des grandes universités internationales où se pense, s’expérimente et s’imagine l’articulation entre numérique et société. On songe naturellement à l’Internet Oxford Institute outre-Manche ou au Berkman Klein Center de l’autre côté de l’Atlantique. 

    Nous espérons établir des liens forts avec des centres d’excellences sur le numérique en Europe et sur les autres continents pour alimenter l’Institut d’idées nouvelles. En tant qu’université de sciences humaines et sociales, l’un des défis principaux que nous devrons affronter est de faire entendre la singularité de notre voix dans un espace déjà très saturé et où dominent souvent des discours techno-déterministes sur le numérique. 

    Nous devons parvenir à faire valoir l’importance du contexte social et culturel dans lequel se déploient les objets techniques, les décortiquer pour révéler les principes moraux et politiques qui les fondent, et le cas échéant, contribuer à les nourrir des principes qui fondent nos démocraties européennes. 

    Un autre enjeu tient à la transformation même des sciences humaines et sociales du fait de l’avènement des méthodes numériques (et notamment de l’apprentissage automatique) qu’accompagne une digitalisation croissante de nos sociétés. Ces nouvelles données et ces nouveaux outils nous permettent de rendre compte du social sous une forme inédite. Sciences Po a un rôle clé à jouer pour participer activement au développement de ces sciences sociales computationnelles en veillant à rendre compatible ces outils souvent venus des mondes de l’informatique et des mathématiques avec l'épistémologie des sciences humaines et sociales.

    En quoi est-ce le rôle de Sciences Po de faire porter une voix européenne sur la question numérique ?

    En tant qu'université internationale de recherche en sciences humaines et sociales, avec une expertise reconnue en matière de gouvernance et de sociétés en transition, Sciences Po a pour ambition de devenir une université de référence sur la compréhension et la mobilisation des technologies numériques. Cet objectif s'inscrit parfaitement dans la raison d'être de Sciences Po, “comprendre son temps pour agir sur le monde” : nous cherchons à analyser l'usage et comprendre l'impact des technologies pour donner à nos étudiants, aux décideurs politiques, aux chefs d'entreprise et au grand public les outils pour accompagner activement ces transformations. 

    Depuis près de 15 ans, Sciences Po a adopté une approche interdisciplinaire du monde numérique, comme en témoigne notamment la création du médialab en 2009, un laboratoire interdisciplinaire unique qui réunit sociologues, designers et développeurs sous l'impulsion de Bruno Latour. En tant qu'université à l'intersection entre la recherche, l'enseignement et les politiques publiques, il est de notre responsabilité de travailler avec les étudiants, les chercheurs, le grand public comme les décideurs pour mettre la technologie au service de l'élaboration de politiques, de stratégies ou d’innovations fondées sur les données.

    Alors que le DSA (Digital Services Act) et le DMA (Digital Markets Act) viennent de rentrer en vigueur et que l’AI Act vient d’être adopté par le conseil et le Parlement européen, nous sommes à un moment charnière pour témoigner des transformations qu’une vision européenne peut avoir sur les plateformes numériques. En mettant en commun les recherches en droit, sur les politiques publiques et les technologies, l’Institut libre des transformations numériques est dans une situation privilégiée pour décrire les troubles que les environnements numériques génèrent, en décrypter les mécanismes, mais aussi contribuer à des formes alternatives de gouvernance, voire des solutions technologiques qui oeuvrent pour l’intérêt public.

    (crédits : Generated with AI / DALL·E 3)