« L'UE en tant qu'acteur mondial » dans un monde divisé

En prévision de la présidence française du Conseil de l'Union européenne qui prendra effet le 1er janvier 2022, Emmanuel Macron a récemment défini de nouveaux objectifs pour l'avenir de la coopération européenne. Pour entrer dans le vif du sujet, le Centre d'études européennes et de politique comparée de Sciences Po et la Trans European Policy Studies Association (TEPSA)(EN), ont organisé une conférence de deux jours (les  9 et 10 décembre 2021) pour discuter de la présidence française du Conseil et de la trajectoire que l'Union européenne pourrait prendre dans les mois à venir.

Parmi les six panels proposés par cette conférence était celui sur l’Union européenne comme acteur global. Dans son mot d'ouverture, Jim Cloos, secrétaire général de TEPSA, a interrogé les trois experts réunis - Magdalena Gora (Université Jagellonne), Christian Lequesne, professeur à Sciences Po et chercheur au CERI, et Nicoletta Pirozzi (Istituto Affari Internazionali) ainsi que le public attentif, sur plusieurs questions : "que doit faire l'UE pour devenir un acteur mondial ? Que peut faire la présidence française dans ce sens ? Où l'UE devrait-elle se situer sur l'échiquier mondial ?" À cela, nous pouvons ajouter une autre question dans le contexte de la présidence imminente de la France : quel rôle la France jouera-t-elle dans l'avenir de l'Union européenne ?

"Relance, puissance, appartenance" : la trajectoire de l'UE sous la présidence française

Christian Lequesne a entamé son propos en rappelant à l’audience le slogan de la prochaine présidence française du Conseil de l'UE : « Relance, puissance, appartenance ». Selon lui, cette phrase est liée à la question de l'autonomie stratégique et exprime la confiance de la France vis-à-vis de la notion de puissance - contrairement à d’autres pays européens qui seraient plus réticents.

En outre, il a ajouté que nous constatons le passage d’une vision nationale de l’autonomie à une définition plus large, européenne, de celle-ci. Cette autonomie européenne, dit-il, sera probablement utilisée par la France dans les mois à venir, en particulier dans ses relations commerciales avec la Chine.

"Souveraineté" ou "autonomie" : une vision linguistique de l'Europe

La conversation a ensuite pris un tournant linguistique, en discutant des divergences créées par l'utilisation du terme "souveraineté européenne" employé pour la première fois par Emmanuel Macron en 2017 (EN), puis échangé contre celui, plus tempéré, d'« autonomie européenne ».

Selon Christian Lequesne, le terme "souveraineté" a provoqué d'importantes divisions entre les États membres de l'UE en raison des différences d'interprétation - par exemple, les acteurs polonais l'utilisent pour parler de protectionnisme nationaliste, les modérés allemands prônent ce qu'il appelle la "souveraineté segmentée"...

En fin de compte, l'interprétation de ce mot "souveraineté" renvoie aux perceptions de l'Union européenne dans son ensemble, indiquant la position de  chaque État membre à l'égard du projet européen.

Sur la nécessité d'établir un terrain d'entente dans une Europe de plus en plus fragmentée

Les trois experts qui ont participé à la discussion se sont accordés à dire que la fragmentation et les tendances nationalistes parmi les États membres constituent une menace importante pour l'unité européenne. Comme l'a noté Magdalena Gora, « Si nous permettons à des groupes de se former... nous devrions être très conscients du fait que cela nuit à l'unité. » Christian Lequesne a confirmé cette idée, allant même plus loin en disant qu'« en termes d'efficacité, la différenciation est appropriée pour la politique étrangère, mais il y a un risque de désunion et de méfiance, ce qui est très mauvais pour le débat général entre les États membres. »

Alors que le panel touchait à sa fin, Nicoletta Pirozzi a proposé d'établir « un dialogue plus constructif », dans lequel les États membres « essaient de trouver des positions communes ». Selon elle, il faut une convergence stratégique, un engagement politique et des capacités adéquates pour que l'UE prenne une place significative sur la scène mondiale. En outre, elle a affirmé, soutenue par les autres membres du panel, que le maintien de la coopération dans une Europe de plus en plus fragmentée et divisée par la montée du populisme devrait être une priorité pour l'avenir.

L'équipe éditoriale de Sciences Po

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