FEMPO, la success story

FEMPO est une start-up qui propose des culottes en tissu lavable destinées à remplacer les protections hygiéniques. Accompagné par l’incubateur de Sciences Po en 2018, ce projet est né de la rencontre de deux alumnae, Fanny Abes, diplômée du master en politique économique internationale, et Claudette Lovencin, diplômée du master en politique publique. En à peine quelques mois, leur entreprise rencontre un beau succès avec près de 30 000 utilisatrices et un chiffre d’affaire qui double chaque mois. Rencontre avec les créatrices de cette success-story made in Sciences Po.

Pourquoi avoir décidé de créer une entreprise de création, production et vente de culottes menstruelles ?

Fanny Abes : Avec Claudette nous avons commencé par nous demander comment, à notre niveau, nous pouvions aider les gens. C’est seulement dans un second temps que nous avons réfléchi aux problématiques spécifiques aux femmes. Je pense que nous sommes naturellement allées vers un projet destiné à des personnes qui nous ressemblent, avec qui nous partageons les mêmes besoins.

Nous avons sorti un produit en lien avec le cycle menstruel pour proposer aux femmes de renouer un lien plus positif avec leur corps, leur biologie et leur cycle. Le but était de retourner la situation : ne plus subir notre corps de femme mais mieux le comprendre pour s’en faire un allié. Cela passe par la création d’une culotte menstruelle aujourd’hui, mais pourrait passer par d’autres projets dans le futur.

Qualifieriez-vous votre projet entrepreneurial de féministe ?

Claudette Lovencin : Créer une culotte menstruelle, c’était créer un objet concernant les femmes, du moins des personnes ayant leurs règles, donc on assimilera peut-être notre entreprise à un projet féministe. Mais on ne souhaite pas rentrer dans un cadre, on est plutôt dans la recherche de l’autonomie individuelle.

FA : Oui, on préfère parler de l’autonomisation comme processus de conquête.

CL : Aujourd’hui nous avons créé une culotte menstruelle mais la philosophie de notre projet c’est comment faire pour mieux comprendre son corps, comment il est, quels sont ses besoins. On ne cherche pas à donner un sens politique à notre action, même si cela peut s’assimiler à du féminisme, ou même à de l’humanisme.

FA : Ce que nous cherchons à faire aujourd’hui avec FEMPO c’est plutôt à donner des outils aux individus afin qu’ils puissent s’émanciper individuellement. Mais cela n’empêche pas de voir qu’il y a des combats politiques et sociétaux à mener collectivement.

En quoi vos parcours à Sciences Po ont-ils participé au développement de votre projet ?

FA : Maxime Marzin, le directeur du Centre pour l’entreprenariat de Sciences Po nous a beaucoup aidées. Il a eu un regard très fin sur notre projet et cela nous a permis de structurer et lancer FEMPO.

CL : De mon côté j’avais choisi une mineure en gender studies à l’université de Concordia. J’y ai amassé deux belles années de connaissances et je suis arrivée en master politiques publiques à Sciences Po avec ce bagage académique associé à six années d’expérience de terrain acquises au Canada au sein de la Société Elizabeth Fry qui aide des femmes marginalisées.

Il y a quelques mois Sciences Po a lancé une Chaire pour l’entreprenariat des femmes, dirigée par Anne Boring. Est-ce que porter un sujet qui ciblait un public 100% féminin vous a aidé en tant que femmes-entrepreneuses ?

FA : Je pense que le fait d’être des femmes et de répondre à un besoin qui nous concerne directement a apporté de la crédibilité à notre projet. À mes yeux aujourd’hui, le fait d’avoir été une femme n’a pas été du tout un frein : on a bien sûr rencontré des difficultés, mais de là à savoir si c’était parce qu’on était des filles, qu’on était jeunes ou qu’on venait de débarquer dans le secteur, je ne sais pas. En tous cas moi je n’ai pas ressenti de discrimination basée sur mon sexe.

CL : Je suis d’accord, c’est difficile à dire. C’est un peu compliqué aujourd'hui d’isoler pourquoi on a eu telle difficulté ou pas. Souvent les femmes entrepreneuses racontent qu’elles ont eu des difficultés à avoir des financements, alors que nous on a plutôt eu de la chance. Je pense que nous avons bénéficié de l’originalité de notre projet : nous ne sommes pas passées inaperçues.

Et aujourd’hui j’encourage toutes les personnes qui souhaitent se lancer dans un projet d’entreprise à utiliser les outils disponibles à Sciences Po. Fanny et moi nous avons commencé avec très peu, au début FEMPO c’était un projet “bouts de ficelle” ...

FA : Oui, nous avons commencé avec 250 euros et la machine à coudre de ma mère.

CL : Je suis convaincue qu’il faut se battre pour ses idées et mener son projet jusqu’au bout pour voir ce qu’il en est. Ça vaut toujours la peine d’essayer !

Entretien initialement publié sur le site du Programme PRESAGE

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