“En journalisme, la neutralité n’existe pas, l’honnêteté, si !”

“Elle représente ce qu’il y a de meilleur et d’indestructible dans le métier de journaliste” : c’est ainsi que le doyen Bruno Patino a présenté Marion Van Renterghem, invitée de rentrée de l’École de journalisme de Sciences Po. “Prendre le temps de traîner”, parler une “langue claire et belle”, “cultiver l’honnêté et la religion du fait” : tels sont les conseils de la journaliste pour suivre cette vocation “un peu folle” dans un monde qui aime détester la presse.

“Jamais la démocratie n’a été aussi menacée, jamais le journalisme n’a été autant dénigré”, a averti avec gravité la journaliste Marion Van Renterghem devant les étudiants réunis pour la leçon inaugurale. “Mais jamais le monde n’a eu autant besoin de vous, les journalistes”, a-t-elle poursuivi avant d’évoquer sa trajectoire de grand reporter au Monde puis à Vanity Fair et les révolutions dont elle a été témoin.

“Les journalistes ont perdu le monopole du récit”

Révolutions d’un monde devenu “plus complexe”, divisé par le populisme qui caricature la notion d’élite et celle de peuple. Révolution de la profession surtout, qui a “perdu le monopole du récit et de sa diffusion”. “Avant, on savait qui était journaliste et qui ne l’était pas. Aujourd’hui, tout le monde peut s’improviser journaliste”. Pour Marion Van Renterghem, il s’agit là d’un énorme défi, mais aussi d’une chance : “l’exigence de qualité n’a jamais été aussi intense. Vous devez prouver que que vous racontez mieux que les journalistes amateurs.”

Pour relever ce défi, malgré les accélérations de l’histoire, le passage du bloc-notes au smartphone, elle invite à revenir aux fondamentaux de la profession. “Certaines choses ne changent pas : le journalisme est une façon de vivre, une manière de regarder les choses, de comprendre sans juger.” 
Face à l’instantanéité, à la séduction du “buzz”, elle incite les nouveaux entrants à “prendre le temps de traîner, d’écouter tous les points de vue, surtout ceux qui sont différents du vôtre”. “Dans une interview, les 30 premières minutes ne servent à rien. C’est à la fin que les gens vont commencer à vous parler vraiment.”

Conférence Marion Van Renterghem

“Vérité des faits et justesse du regard”

Autre force à cultiver : le style. “Efforcez-vous de parler une langue claire et belle. Et pour ça il ne faut pas lire uniquement les journaux : mes modèles en écriture, c’est Gustave Flaubert et Paul Morand.” Enfin, “il faut comprendre que la neutralité n’existe pas. Aucun humain n’est neutre.” Pire, “au nom de la neutralité, il arrrive qu’on justifie les fake news, parce que les faits ont perdu leur caractère sacré. Vous devez rechercher la vérité des faits et la justesse du regard”. Pour exercer le journalisme dans le monde qui vient, conclut-elle, “vous pouvez vous distinguer par deux vertus cardinales : la curiosité et l’honnêteté”.

En savoir plus

"Un cours comme un point d'interrogation"

Quoi de plus iconique qu’un cours sur “l’abécédaire du politique” à Sciences Po ? Un grand classique, certes, mais qui n’exclut pas l’originalité. En convoquant théorie politique, philosophie, littérature, et anthropologie, Astrid Von Busekist questionne le champ du politique et mène les étudiants vers une réflexion “un peu ordonnée” avec un seul credo : penser, c’est argumenter. 

Lire la suite
L’armée algérienne à l’épreuve du mouvement citoyen du Hirak

L’armée algérienne à l’épreuve du mouvement citoyen du Hirak

Par Luis Martinez (CERI) - Aux yeux de l’armée, le mouvement dit Hirak, qui balaie l’Algérie depuis maintenant près d’un an, exprime avant tout la colère du peuple à l’encontre du système Bouteflika – un système caractérisé par la présence au gouvernement de nombreux civils, souvent accusés de corruption. La réponse politique des militaires, qui tiennent les rênes du pays depuis la démission de Bouteflika en avril 2019, a donc été de mettre en place un gouvernement de technocrates présentés comme compétents et intègres. L’armée ne souhaite pas démocratiser le régime, mais seulement améliorer la gouvernance afin de pouvoir répondre aux besoins socio-économiques de la population.

Lire la suite
5 conseils avant les écrits

5 conseils avant les écrits

Samedi 22 et dimanche 23 février prochains, vous serez des milliers de candidats à plancher sur les épreuves écrites pour l’entrée en 1ère année à Sciences Po. C’est le moment d’avoir confiance en soi : voici quelques rappels utiles pour arriver sereins. 

Lire la suite
Fabrice Amedeo, de Sciences Po au grand large

Fabrice Amedeo, de Sciences Po au grand large

Diplômé de Sciences Po en 2002, Fabrice Amedeo a déjà plusieurs vies. Journaliste, auteur, et désormais navigateur au long cours, ce quarantenaire s'apprête à prendre le départ du Vendée Globe 2020 à la barre d'un monocoque doté de capteurs ultra-sophistiqués qui lui permettent d'allier passion pour la voile et protection de l'environnement. Portrait en vidéo.

Lire la suite
Transition écologique : Sciences Po lance un programme d’action à 3 ans

Transition écologique : Sciences Po lance un programme d’action à 3 ans

Face à l’urgence climatique et aux bouleversements environnementaux planétaires, Sciences Po se donne une feuille de route sur trois ans dans le cadre de l’initiative globale « Climate Action : Make it work » lancée en 2015. Elle engage l’institution à la fois en tant que lieu de formation et de savoir, et en tant que lieu d’études et de travail, à Paris et sur ses six campus en région.  

Lire la suite
Admissions 2019 : nouveau record de candidatures

Admissions 2019 : nouveau record de candidatures

Le dernier bilan des admissions confirme l’attractivité de Sciences Po avec plus de 20 000 candidatures en 2019. 4218 nouveaux étudiants issus de 137 pays ont rejoint nos cursus de premier cycle, de master et de doctorat. Les effectifs totaux de Sciences Po restent stables, et la sélectivité est en hausse avec un taux d’admis de l’ordre de 20%. 

Lire la suite
Solidarité avec nos chercheurs captifs en Iran

Solidarité avec nos chercheurs captifs en Iran

Fariba Adelkhah et Roland Marchal, tous deux chercheurs au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), ont été arrêtés en Iran au début du mois de juin 2019. Depuis lors, ils sont toujours incarcérés. Le 31 janvier 2020, le CERI organisait un colloque, « Captifs sans motif », visant à contribuer à la mobilisation en faveur de leur libération et à sensibiliser aux divers enjeux (diplomatiques, politiques, intellectuels et humains) que soulève leur détention. De nombreux chercheurs, mais aussi des personnalités familières de la question des arrestations arbitraires, étaient présents. Retour en vidéo sur leurs échanges.

Lire la suite
Hommage à David Kessler, enseignant et compagnon de route de Sciences Po

Hommage à David Kessler, enseignant et compagnon de route de Sciences Po

Disparu le 3 février 2020, David Kessler, intellectuel, haut fonctionnaire, conseiller politique et acteur majeur du secteur culturel en France, a enseigné à Sciences Po durant une trentaine d’années. Avec lui, Sciences Po perd un enseignant de talent et un compagnon de route très fidèle, attentif et bienveillant, qui a soutenu l’institution dans toutes les grandes transformations qui ont marqué les dernières décennies. 

Lire la suite
Amérindiens, leur combat pour la planète

Amérindiens, leur combat pour la planète

Les peuples amérindiens qui vivent en dehors de la mondialisation industrielle représentent près de 400 millions de personnes dans le monde. Ils constituent une part significative de la population de certains pays et régions et leur survie n'est pas seulement un enjeu à l'échelle de leurs peuples. "Nous avons besoin de ces populations pour préserver les 4/5e de la diversité biologique qui se trouvent concentrés sur leurs terres", souligne ainsi Sébastien Treyer, directeur général de l'Iddri. Ce 29 janvier, Davi Kopenawa, chaman et porte-parole des Indiens Yanomami du Brésil et Almir Narayamoga Surui, leader des Paiter Surui du Brésil, sont venus débattre à Sciences Po de leur combat.

Lire la suite
Après le Brexit, une Europe des 27 plus unie ?

Après le Brexit, une Europe des 27 plus unie ?

Par Christian Lequesne et Thierry Chopin. Le Brexit n’est pas une bonne nouvelle pour l’Union européenne : il représente une amputation, en termes de poids commercial, politique et stratégique. Il rend aussi plus difficile le discours normatif sur le modèle européen de régionalisme dans le monde. Au Brésil, en Inde ou en Afrique du Sud, le modèle apparaît comme une entreprise qui se délite. Par ailleurs, le Brexit acte la possibilité d’une véritable réversibilité politique, si bien que certains ont même parlé d’une désintégration de l’Union européenne. Malgré cela, du point de vue des gouvernements nationaux, il est remarquable que les 27 autres États membres aient présenté dans les négociations un « front uni » face aux divisions britanniques.

Lire la suite