À propos de Fariba Adelkhah et Roland Marchal : ce que l’on sait

Dernière mise à jour le 05/10/20

Fariba Adelkhah a obtenu une "libération temporaire"

Fariba Adelkhah, chercheuse au Centre de recherches internationales de Sciences Po, a été emprisonnée en Iran en juin 2020.  Au titre des mesures sanitaires et dans le cadre d'une permission pour cause médicale, Fariba Adelkhah est sortie de prison ce samedi 3 octobre 2020 et a regagné son domicile personnel où elle est assignée à résidence, sous contrôle d'un bracelet électronique.

La chercheuse reste prisonnière scientifique, sous le coup d'une peine de prison de cinq ans, à l'issue d'un "procès" inique, sur la base d'accusations ineptes. Sciences Po se félicite que le ministre des Affaires étrangères ait, ces derniers jours, réitéré la position de la France en réponse à une question parlementaire et, à nouveau, à l'Assemblée générale des Nations Unies.

Le Comité de soutien organise un rassemblement jeudi 15 octobre à 13 h 30 devant le CERI (56 rue Jacob 75007 Paris), avant le séminaire "Fariba Adelkhah: sociologie et anthropologie sociale du politique. Penser en pensant à elle" , qui se tiendra à 14 h 30, en présentiel et en visioconférence (inscriptions sur ce lien). 

Que s'est-il passé depuis l'incarcération de Fariba Adelkhah et Roland Marchal le 5 juin 2019 ? 

Fariba Adelkhah et Roland Marchal, tous deux chercheurs au centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), ont été arrêtés en Iran le 5 juin 2019. 

De décembre 2019 à février 2020, Fariba Adelkhah a mené une grève de la faim de 49 jours, conjointement avec l’universitaire australienne Kylie Moore-Gilbert, elle aussi incarcérée en Iran. Elle souffre toujours des séquelles de cette grève de la faim.

Roland Marchal a été libéré le 20 mars 2020. 

Les chefs d’accusation contre Fariba Adelkah étaient : "propagande contre le système politique de la République islamique" et "collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale". Seul ce dernier chef d’accusation était retenu contre Roland Marchal. La charge d'espionnage pesant à l'encontre de Fariba Adelkhah, passible de la peine de mort, a été abandonnée le 6 janvier 2020.

Mais la chercheuse a été condamnée le 16 mai dernier à cinq ans de prison pour « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale » et « propagande conte le système » politique de la République islamique. En prison depuis bientôt un an, la chercheuse avait alors refusé d'accepter une libération conditionnelle contre l'arrêt de ses recherches.

Fariba Adelkhah a pu bénéficier samedi 3 octobre 2020 d’une permission de sortie et reste à Téhéran avec sa famille sous le contrôle d’un bracelet électronique. 

Qu’ont fait Sciences Po et les autorités françaises depuis leur arrestation ?

Aussitôt informé de l’arrestation de Fariba Adelkhah et de Roland Marchal, Sciences Po a entamé des démarches, en collaboration étroite et régulière avec le Centre de crise et soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et le CNRS. Avec l’aide du MEAE, l'établissement a fait en sorte qu’ils puissent bénéficier de l’assistance d’un avocat iranien. Cet avocat, très expérimenté, a été agréé par les autorités judiciaires iraniennes. 

Sciences Po et les autorités françaises continuent de tout mettre en œuvre pour que Fariba Adelkhah soit définitivement libérée et ce, dans un contexte politique iranien qui, comme chacun le sait, est particulièrement complexe. 

Une manifestation de soutien à Fariba Adelkhah et Roland Marchal a été organisée à Paris 11 février 2020 :

Un rassemblement de soutien s'est tenu le 3 mars 2020, devant Sciences Po, à Paris :

Le 25 avril 2020 a marqué l'anniversaire de Fariba Adelkhah,  ainsi que son 326ème jour de détention dans la prison d'Evin. À cette occasion, Roland Ries, maire de Strasbourg, Anne Hidalgo, maire de Paris, et Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, se sont joints à Olivier Duhamel, président de la Fondation nationale des sciences politiques, et à Frédéric Mion, directeur de SciencesPo, pour lui transmettre une carte de voeux : 

Le 16 mai 2020, Fariba Adelkhah a été condamnée par la 15e chambre du Tribunal de Téhéran à la peine la plus lourde qu'elle encourait : six ans de prison. En prison depuis bientôt un an, la chercheuse a refusé d'accepter une libération conditionnelle contre l'arrêt de ses recherches. Lire la lettre écrite par Olivier Duhamel, président de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, et Frédéric Mion, directeur de Sciences Po

Le 5 juin 2020, à l'occasion des un an d'emprisonnement de Fariba Adelkhah, Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix, a manifesté son soutien à la chercheuse. Son message a été relayé dans une lettre signée par Olivier Duhamel, Président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), et Frédéric Mion, Directeur de Sciences Po

Un portrait de Fariba Adelkhah a également été dévoilé sur la façade de la Mairie de Paris. 

 

pastille Free Fariba

En savoir plus :

Fariba Adelkhah est née en Iran, dans la province du Khorassan (région située à la frontière de l’Afghanistan), en 1959. Elle est venue en France en 1977 pour y accomplir ses études universitaires (à Strasbourg, puis à l’École des hautes études en sciences sociales). Spécialiste de l’anthropologie sociale et de l’anthropologie politique de l’Iran postrévolutionnaire, elle est chercheuse au CERI depuis 1993. Ses travaux initiaux portaient sur les femmes et la Révolution islamique. Son premier livre, La Révolution sous le voile. Femmes islamiques d’Iran (Karthala, 1991), en est issu. Ses recherches actuelles portent sur la circulation des clercs chiites entre l’Afghanistan, l’Iran et l’Irak. Chercheuse de terrain, reconnue internationalement et respectée par ses pairs, Fariba Adelkhah est membre des comités scientifiques des revues Iranian Studies et Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée.

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Roland Marchal est sociologue, chercheur CNRS au CERI depuis 1997. Homme de terrain, chercheur infatigable, méticuleux et exigeant, Roland Marchal est un africaniste très réputé, spécialiste de la Corne de l’Afrique et, plus particulièrement, de la Somalie. Il a consacré l’essentiel de son œuvre à l’analyse des guerres civiles en Afrique subsaharienne, notamment dans leur rapport à la formation des États. 

Ses travaux, ont donné lieu à la publication d’ouvrages qui ont permis de montrer comment les guerres civiles, en Afrique subsaharienne et bien au-delà, sont intimement imbriquées dans la fabrique de l’État, Les Chemins de la guerre et de la paix. Fins de conflit en Afrique orientale et australe (Karthala, 1997), co-écrit avec Christine Messiant et Guerres et sociétés. États et violence après la Guerre froide (Karthala, 2003), ouvrage de référence codirigé avec Pierre Hassner.

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