À propos de Fariba Adelkhah et Roland Marchal : ce que l’on sait

Le 5 juin 2020, Fariba Adelkhah a entamé sa deuxième année de détention à Téhéran

À l’occasion de ce triste anniversaire, Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix, a manifesté son soutien à la chercheuse. Son message a été relayé dans une lettre signée par Olivier Duhamel, Président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), et Frédéric Mion, Directeur de Sciences Po

Un portrait de Fariba Adelkhah a également été dévoilé sur la façade de la Mairie de Paris. 

Que s'est-il passé depuis l'incarcération de Fariba Adelkhah et Roland Marchal le 5 juin 2019 ? 

Fariba Adelkhah et Roland Marchal, tous deux chercheurs au centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), ont été arrêtés en Iran le 5 juin 2019. 

Roland Marchal a été libéré le 20 mars 2020. Fariba Adelkhah, quant à elle, demeure incarcérée.

Le 24 décembre 2019, Fariba Adelkhah a débuté une grève de la faim, conjointement avec l’universitaire australienne Kylie Moore-Gilbert, elle aussi incarcérée depuis quinze mois en Iran. Fariba Adelkhah a mis fin à cette grève le 12 février 2020 à la demande du Comité de soutien, qui jugeait son état alarmant. Par la suite, elle a été admise à l’hôpital de la prison d’Evin et souffre encore aujourd'hui de graves problèmes de reins liés à ces 49 jours de grève de la faim. 

La charge d'espionnage pesant à l'encontre de Fariba Adelkhah, passible de la peine de mort, a été abandonnée le 6 janvier 2020. Elle demeure cependant accusée de propagande contre le système politique de la République islamique et collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale (seul ce dernier chef d’accusation était retenu contre Roland Marchal). Elle peut désormais recevoir les visites de sa famille et de son avocat, mais les autorités ne reconnaissant pas sa double nationalité, elle n’a pu jusqu’ici bénéficier d’aucune assistance consulaire française, à la différence de Roland Marchal.

Manifestation de soutien à Fariba Adelkhah et Roland Marchal, 11 février 2020

Le procès de Fariba Adelkhah et Roland Marchal, qui devait démarrer le 3 mars 2020 devant la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, a été reporté sans explication. Un rassemblement a néanmoins eu lieu ce jour-là devant le 27, rue Saint-Guillaume, en soutien aux chercheurs emprisonnés :

Après la libération, le 20 mars 2020, de Roland Marchal (qui n’a pas été officiellement acquitté mais libéré en échange de la libération d’un ingénieur iranien détenu en France), l'Iran a annoncé que le procès de Fariba Adlelkhah se tiendrait le 18 avril 2020. 

Le 25 avril 2020 a marqué l'anniversaire de Fariba Adelkhah,  ainsi que son 326ème jour de détention dans la prison d'Evin. À cette occasion, Roland Ries, maire de Strasbourg, Anne Hidalgo, maire de Paris, et Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, se sont joints à Olivier Duhamel, président de la Fondation nationale des sciences politiques, et à Frédéric Mion, directeur de SciencesPo, pour lui transmettre une carte de voeux. 

Le 16 mai 2020, Fariba Adelkhah a été condamnée par la 15e chambre du Tribunal de Téhéran à la peine la plus lourde qu'elle encourait : six ans de prison. En prison depuis bientôt un an, la chercheuse a refusé d'accepter une libération conditionnelle contre l'arrêt de ses recherches. Lire la lettre écrite par Olivier Duhamel, président de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, et Frédéric Mion, directeur de Sciences Po

Qu’ont fait Sciences Po et les autorités françaises depuis leur arrestation ?

Aussitôt informé de l’arrestation de Fariba Adelkhah et de Roland Marchal, notre établissement a entamé des démarches, en collaboration étroite et régulière avec le Centre de crise et soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et le CNRS.

Avec l’aide du MEAE, nous avons fait en sorte qu’ils puissent bénéficier de l’assistance d’un avocat iranien. Cet avocat, très expérimenté, a été agréé par les autorités judiciaires iraniennes. 

Après la libération tant attendue de Roland Marchal, Sciences Po et les autorités françaises continuent de tout mettre en œuvre pour que Fariba Adelkhah soit libérée et ce, dans un contexte politique iranien qui, comme chacun le sait, est particulièrement complexe. 

pastille Free Fariba

En savoir plus :

Fariba Adelkhah est née en Iran, dans la province du Khorassan (région située à la frontière de l’Afghanistan), en 1959. Elle est venue en France en 1977 pour y accomplir ses études universitaires (à Strasbourg, puis à l’École des hautes études en sciences sociales). Spécialiste de l’anthropologie sociale et de l’anthropologie politique de l’Iran postrévolutionnaire, elle est chercheuse au CERI depuis 1993. Ses travaux initiaux portaient sur les femmes et la Révolution islamique. Son premier livre, La Révolution sous le voile. Femmes islamiques d’Iran (Karthala, 1991), en est issu. Ses recherches actuelles portent sur la circulation des clercs chiites entre l’Afghanistan, l’Iran et l’Irak. Chercheuse de terrain, reconnue internationalement et respectée par ses pairs, Fariba Adelkhah est membre des comités scientifiques des revues Iranian Studies et Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée.

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Roland Marchal est sociologue, chercheur CNRS au CERI depuis 1997. Homme de terrain, chercheur infatigable, méticuleux et exigeant, Roland Marchal est un africaniste très réputé, spécialiste de la Corne de l’Afrique et, plus particulièrement, de la Somalie. Il a consacré l’essentiel de son œuvre à l’analyse des guerres civiles en Afrique subsaharienne, notamment dans leur rapport à la formation des États. 

Ses travaux, ont donné lieu à la publication d’ouvrages qui ont permis de montrer comment les guerres civiles, en Afrique subsaharienne et bien au-delà, sont intimement imbriquées dans la fabrique de l’État, Les Chemins de la guerre et de la paix. Fins de conflit en Afrique orientale et australe (Karthala, 1997), co-écrit avec Christine Messiant et Guerres et sociétés. États et violence après la Guerre froide (Karthala, 2003), ouvrage de référence codirigé avec Pierre Hassner.

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