À propos de Fariba Adelkhah et Roland Marchal : ce que l’on sait

Mise à jour au 21 mars 2020 : Roland Marchal a été libéré

Fariba Adelkhah et Roland Marchal, tous deux chercheurs au centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), ont été arrêtés en Iran au début du mois de juin 2019. C'est avec soulagement que nous avons reçu la nouvelle de la libération de Roland le 20 mars 2020. 

Fariba Adelkhah, quant à elle, demeure incarcérée. Après une grève de la faim menée entre fin décembre 2019 et mi-février 2020, elle a été admise le 23 février dernier à l'hôpital de la prison d'Evine (où elle est incarcérée à Téhéran) en raison d’une “grave détérioration de son état de santé”. 

Le procès de Fariba Adelkhah et Roland Marchal, qui devait démarrer le 3 mars 2020 devant la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, a été reporté sine die, pour une raison inconnue. Les chefs d’accusation pour Fariba Adelkah sont : "propagande contre le système politique de la République islamique" et "collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale". Seul ce dernier chef d’accusation était retenu contre Roland Marchal (qui n’a pas été officiellement acquitté mais libéré en échange de la libération d’un ingénieur iranien détenu en France). 

Un rassemblement a eu lieu le 3 mars 2020 devant le 27, rue Saint-Guillaume, en soutien aux chercheurs emprisonnés :

Où Fariba est-elle détenue et dans quelles conditions ?

Roland Marchal et Fariba Adelkhah étaient tous deux détenus dans la prison d’Evin, située au nord de Téhéran. Fariba Adelkhah y est encore à ce jour. 

La charge d'espionnage pesant à l'encontre de Fariba Adelkhah, passible de la peine de mort, a été abandonnée le 6 janvier 2020. Elle demeure cependant accusée de propagande contre le système politique de la République islamique et collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale. Elle peut désormais recevoir les visites de sa famille et de son avocat, mais les autorités ne reconnaissant pas sa double nationalité, elle n’a pu jusqu’ici bénéficier d’aucune assistance consulaire française, à la différence de Roland Marchal.

Le 24 décembre 2019, Fariba Adelkhah a débuté une grève de la faim illimitée, conjointement avec l’universitaire australienne Kylie Moore-Gilbert, elle aussi incarcérée depuis quinze mois, en Iran. Fariba Adelkhah a mis fin à cette grève le 12 février 2020. Jugeant son état de santé alarmant, le Comité de soutien aux deux chercheurs lui avait écrit pour l’appeler à y mettre un terme. Elle a été admise dimanche 23 février à l’hôpital de la prison d’Evine. Elle souffre en effet terriblement des reins à la suite de la grève de la faim qu’elle a suivie pendant 49 jours, et ne bénéficie d’aucun soin ni d’aucun examen médical susceptible de permettre un diagnostic précis.

Seule Fariba Adelkhah était présente pour ce qui devait être l'ouverture du procès le 3 mars. Le procès a finalement été reporté à une date inconnue.

A la mi-mars, avant d’être libéré, Roland a pu s'entretenir par whatsapp avec l'Ambassadeur de France en Iran pendant une vingtaine de minutes, avec une petite partie en vidéo. Il a alors reçu des nouvelles de ses proches et de ses amis, et appris que des manifestations de solidarité avaient eu lieu à Paris, Strasbourg, Metz et ailleurs. L’Ambassadeur a quant à lui pu confirmer que l’état de santé de Roland était stable, même s’il semblait physiquement affaibli.

Au même moment, Fariba Adelkha a été autorisée à voir une de ses soeurs à travers une vitre. Même si elle a semblé en meilleure santé, elle a continué d’exprimer son exaspération par rapport à la façon dont elle et ses co-détenues étaient traitées. Après cet entretien, qui lui a permis d’avoir quelques nouvelles de Roland, elle a décidé d'arrêter son sit-in (bast) et réintégré sa cellule où elle peut bénéficier du soutien de ses co-détenues universitaires.

Le Comité de Soutien reste très inquiet quant à l’état de santé de Fariba, notamment dans le contexte de la pandémie mondiale de COVID-19 qui affecte durement l’Iran. 

Qu’ont fait Sciences Po et les autorités françaises depuis leur arrestation ?

Aussitôt informé de l’arrestation de Fariba Adelkhah et de Roland Marchal, notre établissement a entamé des démarches, en collaboration étroite et régulière avec le Centre de crise et soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et le CNRS.

Avec l’aide du MEAE, nous avons fait en sorte qu’ils puissent bénéficier de l’assistance d’un avocat iranien. Cet avocat, très expérimenté, a été agréé par les autorités judiciaires iraniennes. 

Après la libération tant attendue de Roland Marchal, Sciences Po et les autorités françaises continuent de tout mettre en œuvre pour que Fariba Adelkhah soit libérée et ce, dans un contexte politique iranien qui, comme chacun le sait, est particulièrement complexe.

En savoir plus :

Fariba Adelkhah est née en Iran, dans la province du Khorassan (région située à la frontière de l’Afghanistan), en 1959. Elle est venue en France en 1977 pour y accomplir ses études universitaires (à Strasbourg, puis à l’École des hautes études en sciences sociales). Spécialiste de l’anthropologie sociale et de l’anthropologie politique de l’Iran postrévolutionnaire, elle est chercheuse au CERI depuis 1993. Ses travaux initiaux portaient sur les femmes et la Révolution islamique. Son premier livre, La Révolution sous le voile. Femmes islamiques d’Iran (Karthala, 1991), en est issu. Ses recherches actuelles portent sur la circulation des clercs chiites entre l’Afghanistan, l’Iran et l’Irak. Chercheuse de terrain, reconnue internationalement et respectée par ses pairs, Fariba Adelkhah est membre des comités scientifiques des revues Iranian Studies et Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée.

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Roland Marchal est sociologue, chercheur CNRS au CERI depuis 1997. Homme de terrain, chercheur infatigable, méticuleux et exigeant, Roland Marchal est un africaniste très réputé, spécialiste de la Corne de l’Afrique et, plus particulièrement, de la Somalie. Il a consacré l’essentiel de son œuvre à l’analyse des guerres civiles en Afrique subsaharienne, notamment dans leur rapport à la formation des États. 

Ses travaux, ont donné lieu à la publication d’ouvrages qui ont permis de montrer comment les guerres civiles, en Afrique subsaharienne et bien au-delà, sont intimement imbriquées dans la fabrique de l’État, Les Chemins de la guerre et de la paix. Fins de conflit en Afrique orientale et australe (Karthala, 1997), co-écrit avec Christine Messiant et Guerres et sociétés. États et violence après la Guerre froide (Karthala, 2003), ouvrage de référence codirigé avec Pierre Hassner.

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