À propos de Fariba Adelkhah et Roland Marchal : ce que l’on sait

Fariba Adelkhah et Roland Marchal, tous deux chercheurs au centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), ont été arrêtés en Iran au début du mois de juin 2019. Depuis lors, ils sont toujours incarcérés. Fariba Adelkhah a entamé fin décembre 2019 une grève de la faim illimitée.

Qui est Fariba Adelkhah ? 

Fariba Adelkhah est née en Iran, dans la province du Khorassan (région située à la frontière de l’Afghanistan), en 1959. Elle est venue en France en 1977 pour y accomplir ses études universitaires (à Strasbourg, puis à l’École des hautes études en sciences sociales). Spécialiste de l’anthropologie sociale et de l’anthropologie politique de l’Iran postrévolutionnaire, elle est chercheuse au CERI depuis 1993. Ses travaux initiaux portaient sur les femmes et la Révolution islamique. Son premier livre, La Révolution sous le voile. Femmes islamiques d’Iran (Karthala, 1991), en est issu. Ses recherches actuelles portent sur la circulation des clercs chiites entre l’Afghanistan, l’Iran et l’Irak. Chercheuse de terrain, reconnue internationalement et respectée par ses pairs, Fariba Adelkhah est membre des comités scientifiques des revues Iranian Studies et Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée.

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Qui est Roland Marchal ? 

Roland Marchal est sociologue, chercheur CNRS au CERI depuis 1997. Homme de terrain, chercheur infatigable, méticuleux et exigeant, Roland Marchal est un africaniste très réputé, spécialiste de la Corne de l’Afrique et, plus particulièrement, de la Somalie. Il a consacré l’essentiel de son œuvre à l’analyse des guerres civiles en Afrique subsaharienne, notamment dans leur rapport à la formation des États. 

Ses travaux, ont donné lieu à la publication d’ouvrages qui ont permis de montrer comment les guerres civiles, en Afrique subsaharienne et bien au-delà, sont intimement imbriquées dans la fabrique de l’État, Les Chemins de la guerre et de la paix. Fins de conflit en Afrique orientale et australe (Karthala, 1997), co-écrit avec Christine Messiant et Guerres et sociétés. États et violence après la Guerre froide (Karthala, 2003), ouvrage de référence codirigé avec Pierre Hassner.

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Où sont-ils détenus et dans quelles conditions ?

Fariba Adelkhah et Roland Marchal sont détenus dans la prison d’Evin, située au nord de Téhéran.

La charge d'espionnage pesant à l'encontre de Fariba Adelkhah, passible de la peine de mort, a été abandonnée le 6 janvier 2020. La chercheuse reste néanmoins inculpée "d’atteinte à la sécurité nationale" et de "propagande contre la République islamique". Elle peut désormais recevoir les visites de sa famille et de son avocat, mais les autorités ne reconnaissant pas sa double nationalité, elle n’a pu jusqu’ici bénéficier d’aucune assistance consulaire française, à la différence de Roland Marchal.

Le 24 décembre 2019, Fariba Adelkhah a débuté une grève de la faim illimitée, conjointement avec l’universitaire australienne Kylie Moore-Gilbert, elle aussi incarcérée depuis quinze mois, en Iran. Dans une lettre que les deux femmes ont pu faire parvenir de manière clandestine à l’extérieur de la prison où elles sont détenues, elles annoncent avoir cessé de s’alimenter « au nom de tous les universitaires et les chercheurs en Iran et au Moyen-Orient que l’on emprisonne injustement (…) pour avoir fait leur travail ».

Qu’ont fait Sciences Po et les autorités françaises depuis leur arrestation ?

Aussitôt informé de l’arrestation de Fariba Adelkhah et de Roland Marchal, notre établissement a entamé des démarches, en collaboration étroite et régulière avec le Centre de crise et soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et le CNRS.

Avec l’aide du MEAE, nous avons fait en sorte qu’ils puissent bénéficier de l’assistance d’un avocat iranien. Cet avocat, très expérimenté, a été agréé par les autorités judiciaires iraniennes. Il assure donc officiellement et concrètement leur défense.

Sciences Po et les autorités françaises mettent tout en œuvre pour que Fariba Adelkhah et Roland Marchal soit libérés et ce, dans un contexte politique iranien qui, comme chacun le sait, est particulièrement complexe.

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Dernière mise à jour : 13 janvier 2020