L’attaque d’Occident

En mai et juin, Sciences Po dévoile des documents inédits sur les événements de mai 68 survenus dans ses murs. Photos, témoignages, archives… L’ambition de cette série d’articles est de redonner la parole aux acteurs, de saisir l’événement sur le vif et de comprendre la parole de 68 autant que son contenu. Quatrième opus avec le seul moment violent des événements de mai 68 à Sciences Po : le 20 mai, un commando attaque l’école.

Vingt à trente étudiants casqués et armés de matraques

Le lundi 20 mai 1968, alors que l’occupation bat son plein et que le pouvoir étudiant s’institutionnalise, un groupe pénètre par effraction dans les locaux de la rue Saint-Guillaume. Seul épisode violent des deux mois révolutionnaires à Sciences Po, cette « attaque » perpétrée par un « commando armé » est bien documentée : unanimement condamnée par le Conseil étudiant comme par la direction, ces « violences » ont été relatées par la presse et par de nombreux témoins.

Le 20 mai, sur le coup de 14h30, vingt à trente étudiants, casqués et armés de matraques, de grenades, de boulons et de boucliers, font irruption dans Sciences Po occupée par la rue des Saints-Pères et la rue Saint-Guillaume, tentent de bloquer l’entrée du 27, d’en faire évacuer le hall, la bibliothèque et l’amphi Boutmy, détruisent affiches, stands, tables, chaises et vitres, et blessent au passage trois personnes – deux étudiants et un appariteur qui essayaient d’intervenir. Les étudiants occupants expulsent, avec l’aide des appariteurs et des membres de la direction et du corps enseignant présents sur les lieux, ces « casseurs » et en retiennent certains prisonniers, avant de les remettre à la police.

Occident, ancêtre du Groupe Union Défense (GUD)

Très vite les responsabilités sont établies : le commando fait partie du mouvement Occident, groupuscule d’extrême droite fondé en 1964 par des étudiants et lycéens déçus par la Fédération des étudiants nationalistes (FEN) qu’ils trouvent trop modérée dans ses actions. Ce mouvement, synthèse de l’Action française des années 1930, de l’anticommunisme de guerre froide et de l’Algérie française, a marqué la fin des années 1960 par ses actions violentes et les affrontements réguliers qui l’oppose aux militants anarchistes, communistes, socialistes et d’extrême gauche. Fin octobre 1968, le mouvement qui compte plusieurs centaines de membres est dissout par le ministère de l’Intérieur, à la suite de la multiplication des échauffourées avec les militants de gauche. De ses cendres renaissent des mouvements d’étudiants nationalistes: le GUD, Ordre Nouveau ou l’Action nationaliste qui se présente aux élections étudiantes de l’IEP en 1969.

L'attaque d'Occident dans les archives de Sciences Po (diaporama)

L’extrême droite à Sciences Po

En effet, les statuts de l’Institut promulgués en janvier 1969 transforment la gouvernance de Sciences Po. Le nouveau Conseil de direction, composé de représentants étudiants, enseignants et de personnalités extérieures, et la nouvelle Commission paritaire étudiants/enseignants, sont désignés à l’issue d’élections où s’affrontent différentes listes étudiantes au scrutin proportionnel. Sur les sept listes en présence, l’Action nationaliste dont les mots d’ordre sont l’anti-gaullisme, l’anti-libéralisme, l’anti-communisme et le nationalisme, la lutte contre la « pagaille » et « l’anarchie », la « démagogie » et la « modération », la « décadence » et le « cosmopolitisme internationaliste », obtient 177 voix en février 1969 (et aucun siège), après une campagne émaillée d’incidents entre étudiants nationalistes et étudiants antifascistes, qui met à l’épreuve le tout nouveau règlement des libertés politiques et syndicales.

Dossier documentaire réalisé par Marjorie Ruffin, archiviste à la Mission Archives et Marie Scot, historienne au Centre d’histoire de Sciences Po. Texte de Marjorie Ruffin et Marie Scot.

Tous les épisodes de “Ça s’est passé en 68” :

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