Paul Smith : “Beaucoup de gens savent regarder, peu voient réellement”

Le 18 septembre 2019, le célèbre styliste Paul Smith a donné une masterclass exceptionnelle à Sciences Po, au cours de laquelle il a partagé ses inspirations, son expérience et ses conseils pour gérer une maison de couture de luxe qui a su résister à l’épreuve du temps. 

Une première boutique de... 3 mètres carrés

Paul Smith ne s’est pas réellement intéressé à la mode lorsqu’il était enfant, il rêvait en effet d’une carrière de cycliste. Un accident grave de vélo à l’âge de 17 ans, suivi de 6 mois d’hospitalisation, l’ont cependant amené à reconsidérer ses options. La rencontre avec sa future femme, Pauline Smith, qui étudiait la haute couture au Royal College of Art, changera sa vie.

En 1970, son premier magasin ouvert à Nottingham, faisait 3 mètres carrés. “Dans un espace aussi petit, il fallait mettre les clients à l’aise”, explique-t-il, “donc je mettais un objet sympa sur une table basse, une petite oeuvre d’art, et, au mur, un poster de Giacometti ou autre artiste trouvé à la galerie Maeght. Les gens se sentent plus à l’aise quand il y a un objet pour démarrer la conversation.” Aujourd’hui encore, la marque Paul Smith reste une entreprise indépendante, “Un miracle en soi”, dit-il. Implantées dans 73 pays, ses boutiques aux ambiances cosy et aux vitrines décalées sont connues pour donner le sourire aux gens. “C’est le petit plus offert”, explique-t-il.

“Ça ne suffit pas d’être styliste”

Quand on rencontre Paul Smith en personne, on remarque immédiatement sa stature imposante (il fait 1,95 mètre) et son attitude modeste. Bien qu’il ait été fait chevalier par la reine d’Angleterre et qu’il ait été désigné plusieurs années d’affilée “meilleur styliste anglais”, il reste humble et accessible. “Je suis une personne décontractée”, explique-t-il. Une chance, selon lui, lorsqu’il constate à quel point il est aujourd’hui difficile de se lancer dans un monde de la mode saturé. “On n’a pas besoin d’un styliste en plus”, explique-t-il, “Avant, il suffisait d’avoir une idée et d’espérer que quelqu’un l’aime. Aujourd’hui, poursuit-il, une maison de couture, c’est avant tout une question de marque, de marketing, d’influence… et éventuellement de vêtements.” Paul Smith pense que le secret de la longévité de sa marque est peut-être sa relative discrétion. Quand une marque est trop présente, “un jeune qui a vu son père porter du Paul Smith quand il était adolescent ne va pas vouloir en porter quand il deviendra lui-même adulte”, souligne-t-il.

“L’inspiration est partout. Si vous n’avez pas trouvé, regardez à nouveau !”

Lorsqu’il est question d’inspiration, le regard créatif de Paul Smith ne connaît pas de limites. A l’écran, dans l’amphithéâtre bondé, il pointe une image de pot de fleur : “Je ne vois pas un pot, je vois de la couleur”, souligne-t-il.  Le styliste fait défiler à l’écran des images colorées éclatantes. Tous les regards sont tournés vers lui. Une photo d’une femme guatémaltèque en robe traditionnelle illumine le public de teintes bleu et rouge. “Ceci devient cela”, explique le styliste en montrant ensuite des échantillons de motifs issus de cette inspiration.”Je n’ai jamais été au Guatemala, je suis allé visiter… une bibliothèque.” Pour Paul Smith, l’inspiration peut venir de partout. La clef, explique-t-il, c’est d’apprendre à ses yeux non seulement à regarder mais aussi à voir. 

Paul Smith a résisté aux offres de rachats et a choisi de rester une entreprise de taille relativement modeste. Le plus important à ses yeux est que celle-ci soit toujours fidèle à ses 5 valeurs clefs : style, communication, originalité, personnalité et qualité.

Le sens de l’humour, la créativité et la générosité du styliste étaient sensibles tout au long de cette masterclass. Lors de la séance de questions-réponses, le styliste a lancé aux étudiants qui osaient poser une question une paire de chaussettes rayées... Paul Smith.

Cette masterclass exceptionnelle a été organisée dans le cadre du master de Marketing et du master New Luxury & Art de Vivre de l’École de management et d’innovation de Sciences Po et avec l’aide de la journaliste et auteure Laurence Benaïm qui enseigne le cours “Art et mode : les liaisons dangereuses”

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