"J'ai découvert un continent et un travail que j'aime"

Diplômée du master Governing the large metropolis à l’École urbaine de Sciences Po, Anna Těhlová vit à Nairobi au Kenya. Elle s’est installée là-bas afin de travailler sur l’amélioration et l’aménagement des zones urbaines des quartiers populaires. Récit.

Anna Těhlová, vous êtes diplômée du master Governing the large metropolis à l’École urbaine de Sciences Po. Qu’est-ce qui vous a poussée à choisir ces études ?

J’ai grandi en République Tchèque. J’ai connu Sciences Po grâce à un programme d’échange avec la France lors de mes années au lycée, et c’est à cette occasion que j’ai découvert à quel point c’était une école prestigieuse. À cette époque, j’étais déjà intéressée par les droits de l’homme mais je n’étais pas certaine de vouloir m’impliquer. Lorsque j’ai été acceptée à Sciences Po, j’ai choisi le programme Europe-Afrique, surtout par curiosité, parce que je ne connaissais quasiment rien de l’Afrique. J’ai eu des cours sur les enjeux de développement urbain en Afrique et j’ai réalisé que l’urbanisation dans les pays en développement était un problème majeur, souvent étroitement lié aux droits de l’homme. J’ai ensuite passé ma troisième année en Afrique du Sud, à l’Université de Stellenbosch à côté de la ville du Cap. Au cours de cette période, j’ai fait deux mois de bénévolat dans un projet de protection de l’environnement au Cameroun. C’est cette expérience qui m’a poussée à m’intéresser encore davantage au continent africain et à choisir le master Governing the large metropolis de l’École urbaine. J’ai choisi une spécialité sur les villes africaines et latino-américaines.

Pour quelles raisons êtes-vous ensuite revenue en Afrique ?

Après Sciences Po, je voulais revenir pour suivre la voie que j’avais déjà  empruntée : le développement des zones urbaines en Afrique. J’ai donc effectué mon stage de fin d’année à Nairobi à l’organisation communautaire de la Dandora Transformation League (DTL). La DTL vise à améliorer les espaces publics dans les quartiers modestes. Le quartier de Dandora était réputé pour être une zone sensible et dangereuse où presque tous les espaces publics étaient remplis de déchets. Cependant, la DTL a mis au point une approche novatrice par un jeu appelée le concours Changing Faces (CFC) pour inciter les jeunes du quartier à assumer la responsabilité de la maintenance de ces espaces publics. Pendant ce concours, les jeunes équipes rivalisent afin de voir qui propose la meilleure transformation d’un espace public ouvert qu’ils identifient eux mêmes en amont. En trois ans, le concours a mobilisé plus de 3 000 jeunes qui ont transformé plus de 120 espaces en aires de jeu, jardins communautaires et parcs. Ils ont également identifié des activités génératrices de revenus pour couvrir les coûts d’entretiens de ces espaces à long terme. Petit à petit, cette approche a complètement changé l’image du quartier, le transformant en espace propre, vert et sûr.

C’était très instructif de réaliser que des communautés pouvaient collaborer pour améliorer leurs espaces dans des zones où les autorités publiques n’ont pas la capacité de le faire. J’ai adoré cette idée. C’est pourquoi j’ai décidé de rester à Nairobi : pour aider à créer un environnement propice au développement de ce type d’initiatives citoyennes.

Parlez-nous de ce que vous faites en ce moment.

Ces dernières années, il y a eu beaucoup de discussions sur la nécessité de créer un réseau qui fédérerait les différentes organisations travaillant sur l'amélioration des espaces publics à Nairobi. Le président de la DTL s’est emparé de cette question pour avancer sur sa concrétisation et j’ai commencé à travailler sur la formalisation de ce réseau pendant mon stage. J’ai été complètement séduite par cette initiative, j’ai choisi de rester à Nairobi pour créer ce réseau, que l’on a baptisé le  Public Space Network (PSN). Aujourd’hui, je suis la co-fondatrice et la responsable du réseau.

Avec le PSN, nous promouvons les partenariats privé-public pour une gestion durable des espaces publics. Notre objectif est de favoriser les collaborations pour un impact maximal. Le projet phare du PSN est le concours Changing Faces à Nairobi. Nous avons des membres qui travaillent avec des communautés dans toute la ville, ce qui nous permet d'étendre notre initiative au-delà du quartier de Dandora.

Ce concours propose à différentes équipes nairobiennes de concourir pour la meilleure proposition de transformation d’un espace public ouvert. C’est une approche qui part du terrain. Nous évaluons quel projet peut apporter une transformation générale la plus propre et la plus verte possibles. Il y a plusieurs catégories : la plus artistique, la plus novatrice, etc.. Nous cherchons également à encourager la participation des femmes à participer avec une catégorie dédiée exclusivement à celles-ci.

À quels défis avez-vous été confrontée et dans quelle mesure vos études à Sciences Po vous ont-elles préparée pour ce travail?

À Nairobi, il n’y a pas une politique globale de gestion de l’espace public : il y a beaucoup de planification non-durable et d’occupation des terres. Notre but avec PSN est de rassembler les diverses parties prenantes afin de plaider en faveur d’une politique globale qui assurerait une gestion durable des espaces publics, et de créer un environnement propice pour que les communautés deviennent des acteurs du changement en les connectant aux parties prenantes au sein du secteur public, privé et des professionnels de l’urbanisme. Actuellement, nous sommes en train de rédiger un projet de loi sur l'espace public avec un groupe d'intervenant travaillant sur les espaces publics à Nairobi (y compris l’UN-Habitat, le gouvernement du comté de Nairobi, ainsi que des initiatives de la société civile). Le bagage politique et juridique de Sciences Po est vraiment utile pour ce type de travail.

Je suis vraiment reconnaissante d’avoir étudié à Sciences Po ; l’approche multidisciplinaire m’a permis de découvrir ce qui me passionnait. Avant mes études, je n’avais jamais prêté attention au développement urbain ou à l’urbanisme car je pensais que ces secteurs étaient relativement techniques, et je n’avais pas les connaissances en architecture ou en ingénierie. Cependant, j’ai découvert à Sciences Po toutes les différentes carrières que pouvait apporter l’urbanisme sans avoir de connaissances techniques particulières. J’ai également découvert le continent africain grâce à mon programme, et j’y ai appris la planification urbaine à partir d’une approche holistique et multidisciplinaire. Je suis aussi vraiment heureuse d’avoir pu passer ma troisième année et mon stage de fin d’année sur le continent africain. Ces expériences m’ont permis de découvrir un continent et un travail que j’aime.

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