“Aucun de nous n’est en sécurité, si nous ne le sommes pas tous”

Le 10 septembre dernier, alors qu’elle était une semaine plus tôt la cible de sanctions venant des États-Unis, Fatou Bensouda, procureure générale de la Cour pénale internationale (CPI), a délivré une leçon inaugurale sur le multilatéralisme aux élèves de l’École des affaires internationales de Sciences Po (PSIA).

L'avocate gambienne, dont le mandat débuté en 2012 à la CPI prend fin en décembre prochain, a partagé sa vision sur l’importance de la coopération internationale et d’un système juridique indépendant de la politique et des États.   

“Le multilatéralisme n’est pas en déclin. Mais il est sévèrement mis à mal”

Après la présentation de sa carrière par le doyen de l’École, Enrico Letta, Fatou Bensouda a déploré ne pouvoir être présente parmi les élèves, “vous, les futurs leaders mondiaux en affaires internationales”, en raison de la crise de la Covid-19. Ce qui lui a permis de rappeler que les défis posés par cette pandémie sont le parfait exemple de l’impérieuse nécessité d’une coopération multilatérale entre États dans le cas d’une problématique mondiale.

La procureure a fait part de ses inquiétudes concernant le fait que “dans ce siècle nouveau, le multilatéralisme et les règles de droit international sont de plus en plus menacés. Nous assistons au détournement du concept de souveraineté nationale pour justifier toutes sortes d'entorses au droit international et à l'état de droit”. L’Histoire, la guerre et la paix, à travers les âges, nous ont donné les leçons sur lesquelles nous avons construit l’ordre mondial au sortir de la Seconde Guerre mondiale, même s’il était imparfait. Cet ordre mondial, poursuit-elle, construit “dans l’espoir de sauver les futures générations de la montée de pouvoirs destructeurs, rivalités, guerres perpétuelles et atrocités de masse”.

L’invitée d’honneur a poursuvi en plaidant la cause du multilatéralisme comme le modus operandi à privilégier dans les relations et la coopération internationales, qui sont “les fruits durement gagnés de notre expérience commune : celle de la perte mais aussi celle de l’éveil et de la sagesse partagée”. Elle explique ensuite que “puisque le monde est de plus en plus interdépendant et fait face à des défis communs comme le changement climatique, le terrorisme transfrontalier, la guerre et les atrocités de masse, un véritable succès dépend de notre volonté de reconnaître que c’est seulement à travers la collaboration et l’effort partagé que nous pouvons contrer la force destructrice et destabilisante de ces maux”.   

“La cour n’est pas là pour être populaire”

Pour Fatou Bensouda, la création de la Cour pénale internationale est “l’une des réussites dont l’humanité peut être la plus fière”. Cependant, le combat de la CPI est long, exigeant et semé d’embûches, car "aucun progrès de l’humanité n’a été accompli sans devoir livrer combat”. Son fonctionnement en totale indépendance, souligne-t-elle, est essentiel à sa crédibilité et sa longévité. La justice pénale internationale a démontré qu’elle oeuvre au service du progrès de l’humanité, à condition qu’elle soit acceptée par les Etats comme indispensable à la lutte contre l’impunité.

Elle réaffirme la nécessité de ne pas abandonner les millions de victimes qui seraient  seulement entendues par la Cour pénale internationale et la nécessité de se battre pour eux, aussi complexe que soit le chemin vers la justice. “Lorsque la justice est silencieuse, lorsque la vérité n’est pas entendue, alors c’est le mal qui triomphe”.

Pour conclure, Mme Bensouda a rappelé que le multilatéralisme doit toujours être la méthode à favoriser dans les relations internationales pour faire avancer les négociations dans la paix et dans le cas de la justice pénale internationale, obtenir justice pour les victimes. “Les défis sont immenses. Tout comme peut l’être le coût de l’échec”. 

L'équipe éditoriale de Sciences Po

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