Les temporalités de la maternité étudiante

Les temporalités de la maternité étudiante

Aden Gaide 1er prix du 24e Concours de l'OVE
  • Aden Gaide (OSC)Aden Gaide (OSC)

L'Observatoire national de la vie étudiante (OVE) organise depuis 1990 un concours national récompensant les meilleurs travaux d'étudiants sur la thématique des conditions de vie et d'études des publics de l'enseignement supérieur.

23 travaux relevant de 5 disciplines différentes ont été examinés par le jury composé de 29 membres.

Au final, Aden Gaide, doctorant à l'OSC s'est vu attribuer le 1er prix Louis Gruel, d'un montant de 3000€, pour son mémoire de master 2 Les temporalités de la maternité étudiante. Cycle de vie, temps du quotidien, dirigé par Anne Revillard (OSC-LIEPP).
Aden Gaide mène actuellement un travail de thèse sous la direction de Agnès van Zanten et de Anne Revillard ayant pour titre Être parent pendant ses études. Étude du rapport à la parentalité dans l’enseignement supérieur.

En France, 5% des étudiants ont des enfants. Or, ces étudiants n’ont pas de statut particulier, ils dépendent à la fois du CROUS et de la CAF qui n’ont pas ni l’un ni l’autre de politique sur mesure. Connaissant la difficile « conciliation » travail/famille on pouvait donc s’attendre à ce que cette population connaisse des difficultés spécifiques.
La littérature sociologique française reflète l’invisibilité sociale de la maternité étudiante : ni la sociologie de la jeunesse (Galland, 2011), ni la sociologie de la maternité (Bajos et Ferrand, 2006) ni celle des étudiants (Gruel, Galland et Houzel, 2009) ne permettent de penser la maternité pendant les études. Tout se passe comme si l’étudiant était vu comme un jeune sans envie d’enfant.
Nous avons par conséquent adopté une démarche exploratoire et inductive en cherchant, via des petites annonces, à rencontrer les personnes concernées. Au final, nous nous appuyons sur un corpus d’une vingtaine d’entretiens semi-directifs avec des mères étudiantes (qui couvrent une variété de cursus et d’origines sociales) ainsi que sur l’exploitation de données statistiques (enquête « Conditions de vie des étudiants » de l’OVE, 2010).
Deux problématiques interrogeant un rapport au « temps » ont émergé de notre travail : d’une part, comment faire sens de l’hétérogénéité des profils des mères étudiantes et, d’autre part, quelles sont les conséquences au quotidien de l’arrivée de l’enfant.
Nous avons donc exploré une première dimension temporelle : le cycle de vie. Nous avons constaté que la maternité étudiante pouvait se situer dans 3 « moments » de la vie assez différents ; on peut de ce fait construire une typologie de profils, basée sur une matrice en deux axes (âge; plus ou moins de 25 ans et rapport à la maternité, planifiée ou non). Il y a ainsi des jeunes filles dont la maternité n’était pas programmée mais qui n’ont pas voulu avorter, d’autres (un peu plus âgées) qui ont décidé d’avoir un enfant avec leur conjoint (lequel gagne souvent sa vie) et, enfin, un dernier groupe de femmes de plus de 25 ans qui se situent dans l’âge dit « normal » de la maternité mais dans un âge non traditionnel pour faire des études (« reprises d’études » et/ou doctorat).
La pertinence de cette typologie a été confirmée par une analyse factorielle des données de l’OVE.
Ensuite, une des questions centrales qui est ressortie de nos entretiens est l’organisation du temps depuis l’arrivée de l’enfant. En effet, l’espace-temps de la maternité (notamment les horaires de garde, la présence ou non de l’enfant dans la pièce) vient encadrer le quotidien de ces mères, qui disent ne pouvoir être « étudiantes » que lorsque l’enfant est gardé par quelqu’un. Elles étudient souvent le soir après que l’enfant soit couché ou la journée entre les cours. Les difficultés qu’elles peuvent rencontrer sont la plupart du temps vues par les étudiantes comme une responsabilité personnelle, un élément qu’elles auraient accepté en ayant l’enfant.
Ce mémoire a été l’occasion d’interroger la norme de l’« étudiant(e) » : tou(te)s ne sont pas des jeunes sans désir d’enfant dans l’immédiat. L’absence de prise en compte de leur situation génère une organisation plus importante chez les mères étudiantes.

Retour en haut de page