Faire face au Covid-19

Distanciation sociale, cohésion, et inégalité dans la France de 2020
  • Illustration d'après MuchMania (via Shutterstock)Illustration d'après MuchMania (via Shutterstock)

Cette page décrit le projet de recherche Faire face au Covid-19. Distanciation sociale, cohésion et inégalités dans la France de 2020, mené depuis le 1er avril par des chercheurs et des personnels d'appui de l'OSC et du CDSP. Il sera aussi l'endroit où vous trouverez des liens et des ressources pour suivre l'évolution et les résultats du programme.

Que peuvent chercher et apporter des chercheurs en sciences humaines et sociales, face à une crise sanitaire, une pandémie où le corps médical se retrouve naturellement en première ligne ?

Un projet mené dans un contexte de crise : épidémie et confinement

Face à la transmission rapide du virus Covid-19  à partir de janvier 2020, la menace d'une pandémie mondiale a incité nombre d'États à restreindre drastiquement les libertés publiques. Il s'agit ici d'une expérience sociale sans précédent en temps de paix. Circuler dans l'UE, aller et venir dans son quartier, aller à l'école peut être depuis le 17 mars 2020 entravé et puni. Sous la recommandation des épidémiologistes, les interactions en face à face sont découragées, la règle de «distanciation sociale» adoptée en France comme dans la plupart des États, quels que soit leur nature. Ces nouvelles règles de vie sociale - imposées politiquement ex abrupto - ne sont pas sans conséquences sociétales. Si les préoccupations médicales et sanitaires se retrouvent en première ligne et occupent logiquement l'espace médiatique, les conséquences sur la vie quotidienne des individus, les familles seront considérables. Des changements d'attitudes et de pratiques se produiront pendant et après le confinement.

Des questions de recherche orientées vers les inégalités sociales

Ce projet se donne pour mission d'observer les évolutions des comportements et des opinions face à la crise, d'évaluer les effets sociaux de la pandémie grâce à des protocoles de recherche rigoureux et une méthodologie robuste.
Il met en oeuvre un suivi longitudinal (ex ante / ex post), faisant appel à des méthodes mixtes qualitatives et quantiatives et prend en compte un large éventail d'indicateurs socio-économiques, socio-psychologiques et socio-politiques. Ses résultats révéleront l'impact micro et macro-social de la crise.
Le confinement intervient dans un climat social tendu, marqué par le mouvement des Gilets jaunes et la réforme des retraites. Les chercheurs de l'OSC et du CDSP ont choisi l'angle des inégalités sociales pour étudier les effets sociaux de la crise du Covid-19. Deux questions de recherche principales sont posées :

  • Au niveau micro, comment les différents groupes sociaux (par sexe, âge, classe sociale, emploi, type de ménage et de logement, zone de résidence) réagissent-ils à la prescription d’éviter les contacts sociaux ? Tout le monde est-il capable de faire face socialement, psychologiquement et économiquement ?
  • Au niveau macro, dans quelle mesure la crise actuelle va-t-elle reconfigurer les inégalités sociales ? Quel est l’impact de ces nouvelles règles de vie sociale (bien que temporaires) et sur la cohésion sociale ?

L'usage d'un dispositif d'enquête éprouvé : le panel ELIPSS

La partie quantitative du projet utilise un corpus unique de données, collectées avant les mesures de distanciation. L’enquête longitudinale ELIPSS, piloté par le CDSP permet d'interroger depuis 2012 un échantillon représentatif de la population française, avec 1400 participants et 80% de taux de réponse en moyenne). Aux enquêtes annuelles et mensuelles existantes seront ajoutées cinq nouvelles vagues, pour couvrir une grande partie de la crise : quatre enquêtes entre début avril et fin mai 2020, puis une à l'automne, lorsque l'épidémie sera probablement derrière nous.

Nous suivrons à travers ce panel l'évolution des pratiques quotidiennes des français (travail, consommation, loisirs, emploi du temps, activité médiatique et Internet, voyages…), leur sociabilité, les arrangements familiaux, leurs plans de vie, les conditions de santé mentale et les attitudes socio-politiques résultant des contraintes qui affectent de manière inégale chaque citoyen (fermeture des écoles, travail à domicile, limites de la mobilité ...) . Le dispositif permet de prendre en compte leurs effets et d'identifier des phénomènes sociaux inattendus ou émergents.

Enquêter au-delà du panel. Méthodes d'observation complémentaires

Pour une compréhension plus fine des changements dans les perceptions, les sentiments, les pratiques quotidiennes, les chercheurs ont choisi d'autres approches, complémentaires des questions et des réponses déclaratives du panel. Trois types de collecte de données qualitatives seront menées, conformes aux protocoles d'éthique et de confidentialité de Sciences Po et du RGPD sont mises en oeuvre :

  • Les répondants du panel, volontaires, sont invités à tenir un journal personnel contenant leurs pensées et leurs sentiments au quotidien, mais également leurs interactions et activités personnelles. Ils devraient représenter 10% de l'échantillon ELIPSS.
  • Analyse de contenu en ligne : nous examinerons les publications de 100 comptes français sur Instagram ainsi qu'un échantillon systématique de tweets traitant du Covid. Ces réseaux sont utilisés par des populations et pour des usages différents. Le contenu visuel sera codé sur la base des méthodes de codage traditionnelles, tandis que le contenu textuel sera codé à l'aide d'une théorie basée sur le calcul.
  • Nous réaliserons une ethnographie en ligne qui inclut l'observation des participants de 10 groupes Facebook publics qui traitent de la parentalité, de la scolarité et du travail.  20 familles seront recrutées pour enregistrer en vidéo un instantané de leur routine quotidienne - télétravail, école à la maison, cuisine, etc. Les enregistrements de deux heures par jour durent au moins deux semaines, tout au long du confinement. Des entretiens approfondis semi-structurés par téléphone ou appels vidéo seront menés auprès de 60 personnes. Pour comprendre l'effet des inégalités numériques, la moitié de cet échantillon provient de ménages ayant pas ou peu d'usage d'internet. La méthode d'analyse pour les entretiens et l'ethnographie comprend des procédures de codage utilisant les deux thèmes émergents, ainsi que ceux basés sur des statistiques clés.

Ce projet bénéficie du soutien de l'ANR (Agence Nationale de la Recherche), appel Flash Covid-19 (mars 2020).

Publications

  • "The 'Eye of the Hurricane' Paradox: An Unexpected and Unequal Rise of Well-Being During the Covid-19 Lockdown in France, E. Recchi, E. Ferragina, E. Helmeid, S. Pauly, M. Safi, N. Sauger, J. Schradie, Research in Social Stratification and Mobility, vol. 68, August 2020. ScienceDirect Link

Offre d'emploi - Job position

Post-doctoral research fellow in data analysis (12 months). Deadline 16th August  2020.

Article mis à jour le 17-07-2020
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