Le nouveau pari de la Chine

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Date: 
22/05/2012

  Editorial publié le 22 mai 2012, en partenariat avec Ouest France

La Chine contemporaine évolue par cycles approximatifs de trois décennies. Le premier fut occupé, jusqu'à la fin des années soixante-dix, par la catastrophe maoïste, et le second par la renaissance qu'initièrent ensuite Deng Xiaoping et ses disciples. Les turbulences que la scène chinoise connaît, depuis quelques semaines, sont provoquées par la préparation d'une nouvelle étape destinée à faire accéder la puissance chinoise à une véritable modernité.

Il s'agit tout d'abord de doter l'économie chinoise de deux moteurs nouveaux : une technologie du plus haut niveau et une consommation intérieure qui réduirait la dépendance à l'égard des exportations. Le financement de cette consommation serait assuré par des politiques sociales générales et vigoureuses. L'effort serait complété par l'achèvement de l'urbanisation, la généralisation des loisirs et l'amélioration de l'environnement culturel. Moins obsédée par la croissance économique, la Chine engagerait aussi des relations plus apaisées avec ses voisins asiatiques et pluscoopératives avec les pays occidentaux. Une véritable révolution, cette fois...

Ce programme est tout à l'honneur de dirigeants, qui ont compris que la grandeur n'est pas du seul domaine de la puissance, mais aussi du sens : le fait est assez nouveau dans l'histoire du communisme pour être signalé. Ceux-ci vont cependant rencontrer sur leur chemin trois séries d'obstacles. Les premiers, extérieurs, risquent d'accélérer le déclin de la croissance : érosion des marchés occidentaux, concurrence des autres puissances ascendantes, rivalité indienne. Les seconds obstacles menaceront l'équilibre social. La population chinoise ne s'estime pas encore rassasiée par les progrès engrangés ; elle ne supporte ses maîtres qu'en échange d'un progrès rapide. Le consensus est encore très fragile dans un pays-continent dont une moitié de la population ne parle pas la langue du pays et où plusieurs provinces pourraient figurer parmi les douze principales puissances mondiales.

Des responsabilités majeures pèsent donc sur un appareil politique dans lequel le meilleur et le pire se côtoient et se mélangent : c'est le troisième problème. Les dirigeants chinois sont intelligents et admirablement conseillés, mais leurs entourages sont corrompus et leurs factions se livrent des guerres qui s'aiguisent à mesure que s'approche l'heure des décisions. Le choix du prochain patron, Xi Jinping, paraît excellent, mais l'élimination de Bo Xilai représente une vraie perte. La nervosité que manifeste le pouvoir en matière de droits de l'homme est le signe du fait que la décision politique et le contrôle des hommes demeurent le talon d'Achille du régime.

Si donc les dirigeants chinois ont eu la lucidité d'imaginer de nouvelles échéances ambitieuses, celles-ci seront délicates. Malgré ses progrès et parfois à cause d'eux, la Chine reste fragile.