L'Italie n'est pas une anomalie

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Date: 
26/02/2013

Le résultat des élections italiennes constitue un tremblement de terre qui ne secoue pas la seule péninsule mais bien l'Europe entière. En effet, ce scrutin a été plombé par la combinaison de trois fortes crises.

Une crise sociale provoquée par la rude thérapie du gouvernement Monti qui a certes assaini les finances publiques et redonné une crédibilité internationale à l'Italie mais a provoqué une récession, laquelle a entraîné une hausse du chômage, un creusement des inégalités de toutes sortes – sociales, de genre, générationnelles, territoriales et entre Italiens et immigrés –, et un accroissement notable de la pauvreté.

Une crise politique de longue durée, près de vingt ans désormais, mais qui n'a fait que s'accentuer avec la multiplication des affaires de corruption et un rejet croissant de la classe dirigeante.

Enfin, et c'est à l'évidence la grande nouveauté de cette campagne, une crise de confiance envers l'Europe, puisque celle-ci constitue désormais un vrai clivage politique avec des acteurs politiques, Silvio Berlusconi, Beppe Grillo, Roberto Maroni de la Ligue Nord et Antonio Ingroia, représentant de la gauche de la gauche, qui l'ont sans cesse fustigée, cependant que Mario Monti et Pier Luigi Bersani se sont retrouvés sur la défensive.

Mesurer la gravité de la situation

Or, l'Italie n'est nullement une anomalie et ce qui se passe de l'autre côté des Alpes ne relève pas d'une sorte d'exotisme méditerranéen. Certes, le pays a de nombreuses particularités politiques, économiques, sociales et culturelles. Mais dans presque tous les pays européens, les citoyens se saisissent des élections pour présenter la facture à leurs gouvernements qui leur imposent une politique d'austérité et de rigueur.

Partout, s'exprime un sentiment "anti-politique" qui, d'un côté, se traduit par une défiance à l'égard des institutions et un rejet des élites qu'aiguisent les formations dites populistes, mais qui, de l'autre, traduit une exigence de construire une autre démocratie, plus honnête et transparente.

Enfin, partout, l'Europe est désormais critiquée et remise en cause, pour ses choix économiques, du fait de son déficit de démocratie, enfin, car elle s'avère dénuée de grands projets et de mythes mobilisateurs. Si les responsables politiques ne prennent pas la mesure de la gravité de la situation présente, les lendemains seront difficiles, pour ne pas dire catastrophiques. Telle est la grande leçon européenne du vote italien.