180206 L’activité économique et la politique : une grille d’analyse

Date: 
Tue, 2018-02-06 12:30 - 14:30

 

Séminaire Général du Centre d’études européennes et de politique comparée "L’activité économique et la politique : une grille d’analyse"

Mardi 6 février 2018, 12h30 - 14h30, Sciences Po, Salle du Conseil, 13 rue de l’Université, 75007 Paris

Le point de départ de l’ouvrage The Politics of Economic Activity (Oxford University Press, 2016), est de considérer que, comme toute activité sociale, l’activité économique est fortement structurée par les institutions, c’est-à-dire par les ensembles de règles, de normes et de conventions relativement stabilisés. En contraignant l’activité politique tout en créant les conditions pour qu’elle puisse se dérouler de manière prévisible et durable, ces institutions ne sont jamais neutres, ni idéologiquement, ni en termes de leurs effets distributifs. Par conséquent, afin de saisir ce qui structure un segment de l’économie (ex. une industrie) il importe d’abord de cartographier ses institutions de manière diachronique afin d’identifier leur trajectoire et, surtout, de préciser ce qui a changé ou pas au cours de la période étudiée. Autrement dit, ce changement institutionnel, ou son absence, constitue ce que la recherche en économie politique doit tenter d’expliquer (sa variable dépendante). Afin de découvrir les causes du changement institutionnel ou de son absence, cependant, cette recherche doit puiser ses variables indépendantes, ses concepts et ses méthodes de recherche non pas dans le néo-institutionnalisme lui‑même, mais dans les sociologies constructivistes du pouvoir et de la politique qui lui sont compatibles.
Plus exactement, la variable indépendante privilégiée dans cet ouvrage consiste à considérer que les institutions changent ou se reproduisent en raison de la mobilisation des valeurs opérée par divers acteurs sociaux. Sur le plan analytique, traquer comment les valeurs sont définies et hiérarchisées constituent donc une stratégie de recherche vitale afin d’identifier les causes du changement ou de la reproduction des institutions économiques et des positions de champ qui en sont leurs pendants. En décomposant le travail politique en trois processus clés
–la problématisation, l’instrumentation, la légitimation- dans chaque cas étudié il s’agit de reconstituer, à l’aide d’une collecte de données systématique et rigoureuse, les moments contingents, puis d’expliquer sociologiquement les prises de décision et les actes de pouvoir décisifs. En procédant ainsi, la recherche en économie politique se positionne résolument dans une posture anti-fataliste qui permet de démontrer, et de proclamer haut et fort, que l’économie actuelle aurait pu se structurer autrement et pourrait encore être modifiée de manière profonde.
Dans l’ouvrage, cette thèse est étayée à travers huit études de cas qui portent sur des enjeux socio-économiques divers : les pesticides dans l’agriculture, les indications géographiques, les prix des médicaments, la concurrence inter-firme, les véhicules électriques, la formation professionnelle, les circuits courts alimentaires et le développement économique local.

Intervenant : Andy Smith, Directeur de recherche FNSP, est membre du Centre Emile Durkheim à Bordeaux, et est un spécialiste de l’intégration européenne et de l’économie politique. Plus exactement, depuis une quinzaine d’années ses recherches ont été centrées sur la régulation multi-scalaire de diverses industries, ainsi que sur ses causes politiques. Dans cette perspective, il a notamment co-dirigé Le gouvernement européen des industries (avec B. Jullien, Routledge, 2014), co-écrit Varietals of Capitalism: A Political Economy of the Wine Industry (avec X. Itçaina et A. Roger, Cornell University Press, 2016) et publié un ouvrage en nom propre: The Politics of Economic Activity (Oxford University Press, 2016). Ses travaux en cours portent sur l’industrie de l’armement en France et au Royaume-Uni et sur les circuits courts alimentaires.

Discussion : Virginie Guiraudon, Sciences Po, CEE, CNRS & Ségolène Mennesson, Sciences Po, CEE