Résumé de la thèse de Aden Gaide

Être parent pendant ses études. Étude du rapport à la parentalité dans l’enseignement supérieur
Co-directrices : Agnès van Zanten et Anne Revillard

Ce projet de thèse vise à étudier la parentalité étudiante, un thème qui demeure très peu exploré dans la sociologie française. Plus précisément, il s’agira, d’une part, de comprendre la façon dont la parentalité est (ou n’est pas) envisagée à la fois par les étudiants et par les institutions d’enseignement supérieur en France et, d’autre part, de saisir la manière dont la situation des étudiants qui ont des enfants s’imbrique – ou plutôt ne s’imbrique pas – dans les cadres institutionnels de l’enseignement supérieur. Ce sera notamment l’occasion de comprendre comment les parents étudiants articulent leur temps consacré à la famille et celui dédié aux études.

Cette problématique recouvre trois questionnements distincts : comment le rapport à la parentalité est-il structuré par les institutions de l’enseignement supérieur ? Comment les normes dont les étudiants sont porteurs (en rapport avec les études ou la parentalité) s’articulent-elles avec celles que véhiculent explicitement ou implicitement les institutions d’enseignement supérieur ? Enfin, comment les parents étudiants vivent-ils leur situation marginale, tant au regard de ce cadre institutionnel que par rapport à la norme procréative dominante, qui semblent tous deux exclure la possibilité d’une parentalité pendant les études ?

Dans la perspective des études de genre, cette recherche fournira l’occasion d’investir la question de l’existence d’une norme genrée de l’étudiant en France : l’étudiant(e) est-il ou elle toujours associé(e) à un (jeune) homme qui n’a pas de responsabilités de soins envers d’autres personnes ? Comment cela varie-t-il en fonction des filières ?
En termes pragmatiques, ce travail cherchera à proposer des clés de compréhension pouvant mener à l’élaboration de dispositifs d’action publique voués à faciliter la situation des  étudiants parents et l’articulation de leur double statut.

Notre méthodologie repose sur une articulation entre approches quantitatives et qualitatives.

Tout d’abord, nous tâcherons de mieux comprendre la situation particulière des étudiants parents grâce à deux enquêtes quantitatives : l’enquête « Conditions de vie des étudiants » 2013 (OVE) et l'enquête « périnatale » de 2010 (Drees-Inserm).
Ensuite, nous investirons principalement quatre types de filières qui reflètent la diversité de l’enseignement supérieur français, dans lesquels nous mènerons une enquête par questionnaire et entretiens semi-directifs :
•    un institut de formation aux soins infirmiers (IFSI). Il s’agit d’une formation courte et professionnalisante, assez encadrée (35h de cours par semaine environ), où les étudiants d’origine populaire sont fortement représentés (43% des étudiants). Dans cette filière, 14% d’étudiants ont des enfants,
•    des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), cursus certes court (2 ou 3 ans) et très encadré mais qui a vocation à déboucher sur des écoles assez prestigieuses. La parentalité étudiante y est très marginale,
•    un cursus d’études de médecine, peu encadré (environ 14h de cours par semaine) mais assez prestigieux et exigeant. Ce cursus connaît un taux de parentalité assez élevé chez ses étudiants (10% des étudiants en médecine en général, 29% chez les 27-35 ans),
•    une filière de sciences humaines et sociales. Ces filières sont en général hétérogènes du point de vue social (on y trouve en moyenne 28% de classes populaires et 35% de classes moyennes) ainsi qu’en termes de catégories d’âge et les élèves y ont peu d’heures de cours. La parentalité étudiante y est aussi plus élevée que dans la moyenne nationale (10%).

Enfin, nous chercherons à analyser l’expérience des parents étudiants via des entretiens semi-directifs, ce qui nous permettra d’aborder au mieux leurs trajectoires biographiques.

Article mis à jour le 08-10-2019