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[RESEARCH PAPER] PUISSANCE DES PLATEFORMES NUMERIQUES, TERRITOIRES ET SOUVERAINETES

Les gouvernements occidentaux semblent poser de plus en plus clairement la question de leur souveraineté, sans que l’on s’entende bien sur le concept dans le débat public, pas plus celui de territoire qui lui est associé. Lorsque les plateformes numériques viennent perturber par leurs puissances propres les arrangements institutionnels établis, elles obligent à revisiter tous ces termes, car elles ne prétendent en rien à la souveraineté ni même à un territoire.

Et pourtant, elles tiennent entre leurs mains des leviers essentiels pour orienter toute l’activité économique, focaliser l’attention des publics et même remettre en question le droit ou les systèmes politiques représentatifs comme principe de régulation des sociétés. Leurs principes « rough consensus and running code » auquel il faut ajouter « apologies », leur permettent d’exercer plutôt une suzeraineté que l’on peut qualifier de topologique tant elle repose sur leur centralité dans le réseau des réseaux. Mais que vont elles faire d’une telle puissance, inédite dans l’histoire? Et que vont faire les Etats-nations directement déstabilisés par leurs offensives?

Nous sommes à un tournant historique après le temps du Far-West des années 2010. Les plateformes systémiques ( et les trois principales d’entre elles, Google, Amazon et Facebook) vont-elles effectuer un retour au bercail territorial en acceptant la souveraineté des Etats et en jouant leur jeu dans ce cadre? Ou au contraire vont-elles adopter une fuite en avant toujours plus déterritorialisée, vers l’extension de leur contrôle prédictif et spéculatif sur nos futurs, maitrisant le temps et les rythmes plus que l’espace ? Pour répondre à ces questions, la documentation précise des stratégies des plateformes ici présentée repose sur une révision radicale de nos concepts de firmes et de géopolitique.

Dominique Boullier, sociologue et linguiste, est professeur des universités en sociologie à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (Sciences Po) depuis 2009. Il y enseigne à l’Ecole du Management et de l’Innovation (« Innovation et numérique : concepts et stratégies »), à l’Ecole des Affaires publiques (« Pluralism of Digital Policies » et « Social Theories of Propagations »), à l’Ecole Urbaine (« Digital Strategies for European Cities ») et à l’Executive School où il est responsable du module de sciences sociales du master Digital Humanities. Pendant les années 2015-2019, il a été professeur à l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne) où il a enseigné l’UX (User Experience) et dirigé le Social Media Lab.

A Sciences Po, il a été en charge de la coordination scientifique du médialab avec Bruno Latour de 2009 à 2013. Il a dirigé ou créé plusieurs laboratoires de recherche : Costech (UTC où il a été professeur de 1996 à 2005), le User Lab Lutin à la Cité des Sciences de Paris (Lutin de 2004 à 2008), le Lares à l’Université Rennes 2 où il a été professeur de 2005 à 2009. Il avait aussi créé son entreprise dans la documentation technique et les interfaces homme-machine dans les années 90.

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les questions urbaines (L’urbanité numérique, L’Harmattan, 1999 ; La ville-événement, PUF, 2010 ; Evénements et sécurité, Presses des Mines, 2013), sur  les questions numériques (Sociologie du numérique, Armand Colin, 2019, 2eme édition ; Opinion Mining et Sentiment Analysis, Open Edition Press, 2012) ou sur les questions de conversations et de médias (La télévision telle qu’on la parle, L’Harmattan, 2004 ; Le livre-échange, C&F éditions, 2018) ainsi que de plus de cent articles académiques. Il a créé et dirigé la revue Cosmopolitiques de 2002 à 2012. Il a publié en 2020 « Comment sortir de l’emprise des réseaux sociaux » chez Le Passeur éditeur et prépare une « sociologie des propagations » chez Armand Colin.

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