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20 janvier 2026

Focus ELIPSS #3 : L’art contemporain peut-il susciter autre chose que du rejet ? Le cas de l’Arc de Triomphe empaqueté

L’art plastique contemporain provoque souvent, plus que l’art classique ou moderne, un certain désarroi, voire du rejet chez le grand public. Cela s’explique notamment par le fait qu’il demande plus d’interprétation, de réflexion, et parfois même de participation de la part du spectateur. 

Si les enquêtes sur sa réception évoquent fréquemment de l’incompréhension, on observe depuis une vingtaine d’années une évolution progressive des goûts du public. Un module d’enquête mené dans la foulée immédiate de l’empaquetage de l’Arc de Triomphe par Christo et Jeanne-Claude en 2021 (Paris, 18 septembre - 3 octobre 2021) dans le cadre du dispositif ELIPSS permet de mieux comprendre cette évolution de la sensibilité artistique.

Arc de Triomphe empaqueté
(crédits : Christo et Jeanne-Claude, L’Arc de Triomphe, Wrapped, Paris, 1961-2021.Photo © Benjamin Loyseau 2021 / Courtesy Christo and Jeanne-Claude Foundation)

Une œuvre plus visible qu’on aurait pu l’imaginer ?

Seuls 4,4 % des répondants déclarent avoir vu l’Arc de Triomphe empaqueté (ADTE) sur place (tableau 1). Rapporté à la population française en 2021, cela représente tout de même environ 2,16 millions de personnes – un chiffre comparable à celui des Français de 15 ans et plus ayant assisté à un opéra au cours des douze derniers mois, selon l’enquête Pratiques culturelles des Français de 2018 (Glevarec et al., 2024).

       Tableau 1 : Visite sur place de l’Arc de Triomphe empaqueté en 2021

Source : Enquête ADT, 2021, ELIPSS/CDSP. Champ : Ensemble des Français (N= 1 630). Question : « Êtes-vous allé·e voir sur place cet empaquetage ? »

Sans surprise, les habitants de Paris et de sa région sont très majoritaires (71,7 % des visiteurs) parmi ces répondants, le public visiteur – ou potentiellement visiteur – étant par ailleurs, comme on pouvait s’y attendre, plutôt féminin, diplômé de l'enseignement supérieur et appartenant aux catégories intermédiaires et supérieures.

Des appréciations contrastées

L’intérêt du dispositif méthodologique de ce module d’enquête était de pouvoir faire réagir à l'œuvre même ceux qui n’avaient pas eu l’occasion de la voir physiquement.  Résultat : près de la moitié (46,2 %) des répondants ne considèrent pas l’ADTE comme une œuvre d’art (tableau 2). À l’inverse, 36 % déclarent y voir une œuvre, et parmi eux, seule une minorité (8,6 %) l’a vue sur place. 

Sans surprise, ce sont surtout les personnes plus jeunes, diplômées, issues des catégories intermédiaires et des cadres qui reconnaissent dans  l’Arc de Triomphe empaqueté un geste artistique.

   Tableau 2 : Reconnaissance de l’Arc de Triomphe empaqueté comme œuvre d'art

Source : Enquête ADT, 2021, ELIPSS/CDSP. Champ : Ensemble des Français (N=1 630). Question : « Seriez-vous d'accord pour dire qu'il s'agit d'une œuvre d'art ? »

L’enquête permet de mettre au jour une diversité de registres et de valences des appréciations. L’enquête met aussi en lumière une grande diversité de points de vue. 

Parmi les avis positifs, on retrouve des justifications d’ordre : esthétique (« beau », « impressionnant », « grandiose »)  cognitif (cela « questionne, interpelle, suscite un voir autrement ») ou en encore sensoriel/émotionnel (« ça provoque une émotion »).

La réception négative balance entre valeurs artistique, esthétique et cognitive négatives (« manque d’intérêt, moche, inutile, scandaleux »), valeur morale condamnable (c’est « attentatoire » au monument historique) et absence d’effet émotionnel (je ne suis « pas touché »).

L’analyse qualitative permet aussi d’identifier des formes de réception typiques selon les milieux sociaux (voir encadré 1).

Encadré 1 : exemples typiques de verbatims sur la réception de l’œuvre (questions ouvertes)

Conclusion

Ce module montre qu’en dépit de critiques bien présentes, le rapport à l’Arc de Triomphe empaqueté est loin d’être uniquement négatif . Si une partie du public a exprimé son incompréhension ou son indifférence face à cette œuvre éphémère, une autre a reconnu dans cette intervention un geste artistique, une réalisation esthétique et une invitation à « voir autrement ».

En cela, cette enquête vient conforter l’idée d’une familiarisation progressive du public à l’art contemporain, au-delà des seuls critères esthétiques traditionnels.

Pour consulter les données : contacter l’équipe d’Elipss

Pour aller plus loin :

  • Glevarec, H., (2026). Expériences et réceptions de l'Arc de Triomphe empaqueté par Christo et Jeanne-Claude en 2021, Culture & Musées (à paraître). Préprint : https://hal.science/hal-05128064
  • Glevarec, H., Combes, C., Nowak, R., Cibois, P. (2024). Sortir. Sociologie des sorties culturelles des Français·es. Le Bord de l'eau.
  • L’enquête ELIPSS Monde d’Avant, Monde d’Après « Loisirs, culture et relations sociales », qui mesure l’évolution des habitudes, pratiques culturelles et numériques des individus en France depuis la pandémie de COVID-19.
  • L’enquête ELIPSS Pratiques de visite des Français (musées et expositions), qui vise à mieux connaître la place des visites de musées et d'expositions au sein des différentes pratiques de loisirs.
  • L’enquête ELIPSS Pratiques culturelles, Médias et Technologies de l’information (vague 2 et vague 1), qui porte sur les différentes formes de participation à la vie culturelle et les usages des médias et nouvelles technologies. 

(crédits : Christo et Jeanne-Claude, L’Arc de Triomphe, Wrapped, Paris, 1961-2021.Photo © Benjamin Loyseau 2021 / Courtesy Christo and Jeanne-Claude Foundation)