"Je veux avoir un impact de long terme avec ma carrière"

"Je veux avoir un impact de long terme avec ma carrière"

  • Tara Heuzé ©Sciences PoTara Heuzé ©Sciences Po

Tara Heuzé, étudiante en master 1 du double diplôme Sciences Po-Columbia, est à l’initiative d’une collecte de protections périodiques pour les femmes sans-abri. Baptisée "Règles élémentaires", l’opération a sensibilisé bien au-delà de Sciences Po. Portrait d’une étudiante qui veut changer le monde avec les armes de la finance.

D’où est venue l’idée d’organiser une collecte de protections périodiques pour les femmes sans-abri ?

Tara Heuzé :

Avant d’intégrer le double diplôme, j’ai pris une année de césure pour faire un master en finance à Cambridge (GB). J’ai pris conscience du problème grâce à une campagne organisée par les étudiants de l’Université. En revenant en France, j’ai continué à m’intéresser à la question : cette cause mobilise dans le monde entier, mais il n’existe rien en France. Il y a une forme de déni vis-à-vis de cette question.

Comment avez-vous décidé de passer à l’action ?

T. H. :

Nous avons décidé de lancer notre collecte de protections périodiques un peu avant la collecte nationale des banques alimentaires. Avec le soutien de l’association Paris Solidaires de Sciences Po, nous avons invité les gens à venir déposer leurs dons ou à les envoyer directement au Samusocial de Paris. L’engouement a été extraordinaire : l’opération a permis de collecter 25 000 produits, et 20 000 de plus lors de la 2ème collecte lancée le 8 mars. C’est formidable, mais cela reste dérisoire : avec plusieurs dizaines de milliers de femmes à la rue, on ne répond même pas aux besoins d’un mois ...

Allez-vous poursuivre cette action ?

T. H. :

Nous venons de déposer les statuts pour nous constituer en association et pérenniser la démarche. Des commerçants parisiens ont installé des boîtes à dons et permettent de prolonger la collecte sur le long terme : l’objectif désormais, c’est de continuer à ouvrir cette action sur l’extérieur, de créer des partenariats dans d’autres établissements d’enseignement supérieur. À l’occasion du 8 mars nous avons étendu la collecte `a l’ESCP et à l’École du Louvre par exemple ! Nous voulons aussi établir des partenariats plus institutionnels avec des entreprises, des grandes surfaces, etc.

Pour vous, qu’est-ce que cela a changé ? Vous souhaitez continuer ce type d’engagement dans votre vie professionnelle ?

T. H. :

J’ai toujours voulu avoir un impact de long terme avec ma carrière, et un de court terme à travers mes engagements en tant que citoyenne. En ce sens, rien n’a changé pour moi : je ne ferai pas carrière dans le milieu associatif. On pallie les défauts du système alors que j’aimerais travailler à changer le système.

Quel est votre projet ?

T. H. :

Comme beaucoup, j’ai d’abord voulu faire Sciences Po dans l’optique de m’orienter vers la politique et l’administration publique. Mais entre-temps, j’ai vécu ma première élection présidentielle en 2012 comme un immense désenchantement : je me suis rendue compte de l’impuissance et l’impossibilité d’agir de nombreux politiques. Parallèlement, à Sciences Po j’ai eu la chance d’assister à d’excellentes conférences et notamment celle du directeur d’une grande banque d’investissement qui m’a fait réaliser que la finance était un levier d’action pour littéralement donner les moyens à des idées révolutionnaires d’exister.

J’ai donc choisi de faire Cambridge puis ce double diplôme en finance et economic policy avec Columbia parce que je souhaite travailler dans un fonds d’investissement en green tech, et pourquoi pas monter le mien à terme. Je suis intimement persuadée qu’il faut changer le système de l’intérieur et que la finance verte est une voie efficace vers un développement durable et un monde plus juste.

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