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La sociologie électorale : des fondamentaux renouvelés

Nuit Debout. CC BY 2.0. Thierry Ehrmann

Alors que la vie politique est traversée par de profondes secousses, la sociologie électorale offre toujours des éclairages pertinents qui, basés sur des fondamentaux historiquement établis, ne cessent de se renouveler.

Des modèles résistant à l’épreuve du temps

Manif pour tous du 13 juin 2013 à ParisS’appuyant sur les fondements posés par les pères de la sociologie électorale française et l’enrichissant de référentiels internationaux, les chercheurs de Sciences Po proposent de solides facteurs explicatifs. Ce sont notamment Guy Michelat et Michel Simon qui ont développé dans les années 70 un modèle toujours d’actualité : les choix des électeurs sont souvent prédéterminés par des « variables lourdes », telles que le lieu de résidence, la religion ou le statut socioéconomique. Des facteurs bien plus décisifs que la campagne électorale, les médias, ou la culture politique. Un seul exemple :  l’importance du facteur religieux, qui ne se dément pas depuis 50 ans avec aujourd’hui, un vote des catholiques qui se porte encore vers des candidats de droite.

Le statut socio-économique est également déterminant : indépendants et salariés ne votent pas de la même façon, salariés du public et du privé non plus. Pour autant, si les intentions de vote des fonctionnaires restent aujourd’hui plus orientées vers la gauche que celles des salariés du privé, Luc Rouban remarque depuis quelques années, une droitisation de l’électorat fonctionnaire, qui se traduit surtout par l’émergence du vote FN, et que  le choix électoral des cadres est de plus en plus éclaté : traversés par des fractures générationnelles, les cadres sont de plus en plus attirés par le centre-droit ou le Front national, signe d’un sentiment de dégradation de leur niveau de vie et leur image.

Nouveaux critères

Mais devant la nécessité d’élargir les modèles explicatifs les chercheurs développent aujourd’hui des études sur les comportements de groupes précédemment peu étudiés : les jeunes, les précaires,  les femmes, ou encore les primo-votants.

Votes et non votes d’une génération politisée

Nuit Debout ToulouseDans ses travaux consacrés aux formes de politisation de la jeunesse, Anne Muxel a mis en évidence des transformations profondes dans le lien à la politique, et donc au vote. Les repères politiques et  les grands clivages idéologiques portés par les grands partis de gouvernement se sont en partie brouillés Les allégeances partisanes comme les allégeances sociales se sont relâchées. Mais si les jeunes entretiennent une certaine méfiance à l’égard du personnel et des institutions  politiques, ils ne sont pas dépolitisés. Leur activisme est réel et ils font preuve d’une grande réactivité politique avec une  capacité de réaction qui se déporte des organisations politiques traditionnelles vers des formes d’action plus individualisées et plus sporadiques.

Leur participation politique s’organise de plus en plus à partir de plusieurs répertoires d’action, combinant la démocratie représentative et la démocratie participative : le vote, l’abstention et la manifestation. La norme civique associée au vote s’est nettement affaiblie. Le vote systématique appartient aux générations plus anciennes, le vote intermittent, du fait notamment d’un usage nettement plus marqué de l’abstention, domine dans les jeunes générations. Mais le rapport des jeunes à la politique n’est pas univoque. Les fractures sociales qui traversent la jeunesse se traduisent par des fractures significatives. La jeunesse étudiante et la jeunesse non scolarisée et peu qualifiée, entrant sur le marché du travail souvent avec difficultés, n’ont pas le même rapport à la politique. La première vote plus à gauche et conteste davantage. La seconde est plus en retrait de toute forme de participation politique, et lorsqu’elle vote peut accorder une proportion significative de ses suffrages à la droite, et surtout à l’extrême droite.

Les citoyens qui viennent Comment le renouvellement générationnel transforme la politique en France Vincent TiberjLe poids des cohortes

Cette analyse est corroborée par les travaux de Vincent Tiberj (Les citoyens qui viennent) construits à partir d’un découpage cohortal basé sur les décennies de naissance. Une approche qui permet, par exemple, de redéfinir ce que l’on appelle la génération Mitterrand en ayant en tête qu’en 1981, 46% des électeurs étaient nés avant la Seconde Guerre mondiale et qu’ils sont aujourd’hui moins de 15%. De même ceux qui ont voté en 2012 n’étaient pas en âge de le faire quand François Mitterrand est arrivé au pouvoir et un sur cinq n’était pas encore né. Il appuie les analyses d’Anne Muxel en montrant que les nouvelles cohortes sonnent la fin de la culture de déférence à une autorité, mettant en difficulté la droite traditionnelle et avantageant un candidat tel qu’Emmanuel Macron. Un élément supplémentaire à considérer est la transformation des conditions économiques. Et de fait, la montée en puissance du travail précaire renforce la position de Benoît Hamon qui la prend en compte.

Précaires mais citoyens

Les inaudibles, sociologie politique des précaires. Presses de Sciences PoLes attitudes et comportements politiques des précaires ont été étudiés en 2012 par Céline Braconnier et Nonna Mayer (Les inaudibles). Sur la base d’enquêtes conduites avant et après la présidentielle, elles montrent que le premier effet de la précarité est de favoriser l’abstention, et, chez ceux qui votent, un tropisme de gauche : François Hollande recueille 63% des suffrages des plus précaires au second tour. Si Marine Le Pen y bénéficie d’une certaine sympathie, elle fait toutefois ses meilleurs scores chez ceux qui sont juste au-dessus du seuil de précarité et craignent le déclassement..

Les approches genrées

Dans leur article  “Gender gap à la française » : recomposition ou dépassement ? L’élection présidentielle 2012”, Réjane Sénac et Maxime Parodi constatent que le vote des femmes, considéré comme traditionnellement de droite, a nettement évolué. Attirées par un engagement plus fort des partis de gauche et des écologistes en faveur de l’égalité femmes-hommes, leur vote se révèle plus “gauchisé” que celui des hommes, tendance renforcée par leur surreprésentation dans la fonction publique.

Femme de ménage - CC0 Public Domain PixabayPour autant, comme le souligne Nonna Mayer dans un ouvrage collectif consacré au Front National (Les faux-semblants du Front national : sociologie d’un parti politique), on note aussi une forte progression du vote des femmes en sa faveur, en particulier chez les employées de commerce. A cela, l’analyse du sondage électoral réalisé par le Centre d’études européennes en 2012 propose trois pistes explicatives : un discours frontiste de plus en plus orienté vers la justice sociale alors même que les femmes sont particulièrement touchées par la pauvreté et la précarité ; un rejet déterminé de la mondialisation, de l’Europe et de l’immigration, autant de phénomènes considérés comme responsables tant de la situation économique que d’une moindre sécurité,  et enfin  l’effet “Marine” qui provoque une “sympathie” qui joue un rôle avéré dans le vote frontiste féminin.

2017 : Connaître et comprendre comment se situent fonctionnaires, catholiques, cadres, seniors, primo-votants, bénéficiaires du mariage pour tous, hommes/femmes et autres, déclassés... Lire les notes du CEVIPOF

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Des références fondamentales

Les cas d’applications cités