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Cogito - numéro2
Cogito n°2
28 février 2017
Meeting 1er mai 2012 Front National Crédits : Blandine Le Cain
Radiographie des élections par la recherche de Sciences Po
28 février 2017

Nouvelles questions, nouvelles méthodes

Strasbourg manifestation Charlie Hebdo 11 janvier 2015. Crédits :Claude TRUONG-NGOC

Nouvelles questions

Les chercheurs de Sciences Po se penchent sur de nouveaux facteurs susceptibles de peser sur le vote. Parmi eux, on peut citer le poids du patrimoine ou celui de facteurs psychologiques tels que le sentiment de déclassement, l’attachement affectif à un candidat ou la réaction de l’opinion à des événements traumatiques.s.

Le rôle du patrimoine

CAC 40 closing value from 1st January 1979 to 26 August 2011. Crédits : TouchatouDans son article, La persistance de l’effet patrimoine lors des élections présidentielles françaises, Martial Foucault (& alii) revisite les travaux fondateurs de Jacques Capdeville et d’Elisabeth Dupoirier, en insistant sur leur pertinence d’autant plus grande qu’aujourd’hui le patrimoine pèse de plus en plus sur le niveau de “richesse”. Aux premiers travaux, il ajoute la dimension du risque et constate des différences significatives entre détenteurs d’actions et ménages disposant d’un bien immobilier ou d’une épargne sécurisée (livrets A). Il distingue aussi les votes sanctionnant ou récompensant les politiques passées plus ou moins favorables à leur type de patrimoine. Les détenteurs d’actifs à risque sont plus enclins à voter à droite que les électeurs ayant misé sur des formes d’épargne à rendement garanti et fortement réglementées. Enfin, il appelle à une prise en compte renforcée de ce facteur négligé qui permet de mieux caractériser la richesse des électeurs contrairement au revenu du travail, longtemps utilisé sans grand succès explicatif.

Les effets ravageurs du déclassement et de son sentiment

Comme le montrent Nonna Mayer, Nicolas Sauger, Jan et Alisson Rovny dans une analyse des élections européennes de 2014 (Outsiderness, Social Class, and Votes in the 2014 European Elections), les classes sociales sont aujourd’hui moins déterminantes dans le comportement électoral que l’appartenance à deux « nouvelles » catégories caractéristiques de la société post-industrielle globalisée : celle des “insiders” dont la situation n’est pas menacée et celle des outsiders qui vivent le déclassement ou y sont exposés.

Venant confirmer cette analyse, dans un travail consacré au sentiment de déclassement social, Luc Rouban s’intéresse à la représentation subjective que les électeurs ont de leur situation économique et il montre que cette perception, bien plus sombre que la réalité elle-même, pèse lourd dans la montée des votes extrêmes.

Sympathie, antipathie et émotions

Paris rally in support of the victims of the 2015 Charlie Hebdo shooting, 11 January 2015. Place de la Republique.. Crédits : Olivier OrtelpaAutre facteur psychologique étudié par nos chercheurs :  l’attachement à la personnalité d’un candidat plutôt qu’à son projet. Pour autant, ce facteur est plus déterminant au niveau local – où la prime va aux sortants – qu’au niveau national où la “personnalité” des candidats entre certes en jeu mais où elle est étroitement liée aux valeurs que ces derniers incarnent, comme le souligne Pascal Perrineau dans sa note “Les primaires à droite : le poids des sensibilités, le choc des personnalités”.

On pense aussi à l’émotion provoquée par des événements traumatiques, tels que les attentats de 2015 et 2016, qui ont placé la sécurité en tête des préoccupations, sans pour autant – et c’est un fait notable – faire augmenter le niveau d’intolérance, comme le montre le rapport sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie auquel plusieurs de nos chercheurs ont participé. L’impact des attentats s’est également traduit par une évolution du peuple de gauche, plus confiant dans la démocratie française et ses leaders mais  plus enclin à soutenir des politiques sécuritaires et migratoires restrictives.
De leur côté, dans le cadre de l’Enquête électorale française 2017, Martial Foucault et Pavlos Vasilopoulos ont interrogé 24 800 Français avant les élections régionales de décembre 2015, quelques jours après les attentats de Paris et Saint-Denis, ils montrent que la colère – et non la peur – est le ressort déterminant de la montée du Front national dans les treize nouvelles régions par un mécanisme de polarisation politique et d’émotions disruptives.

Des méthodes  renouvelées

Des enquêtes enrichies

L'intérêt pour l'élection présidentielle, Enef 2017, CEVIPOFLes enquêtes électorales sont aujourd’hui beaucoup plus précises qu’il y a seulement quelques années  : la durée sur laquelle elles s’étendent est prolongée et leur  fréquence multipliée ainsi que le nombre de sondés. Ainsi l’enquête électorale 2017 du CEVIPOF atteint aujourd’hui 25.000 électeurs, soit quatre fois plus qu’une enquête similaire conduite en 2012. Autre développement : la définition de critères plus fins tels que l’échelle de localisation qui descend  jusqu’aux quartiers. En savoir plus

L’internationalisation

L’évolution des études électorales c’est aussi  leur internationalisation.  qu’il s’agisse des méthodes, de la comparaison des données et leur partage.
On peut citer la participation du Centre d’études européennes en 2012 et 2017 au dispositif international du Comparative studies of electoral systems qui intègre des données électorales en provenance de 50 pays. Il faut aussi mentionner l’European Election Study, conduite en coopération avec une dizaine de centres de recherche européens. Cette enquête a notamment permis de mesurer et d’analyser l’impact de la crise économique en Europe sur les élections européennes.

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Bibliographie

Sur les méthodologies