Auteur(s): 

Jérôme Doyon, docteur associé au CERI

Date de publication: 
Avril 2017
Illustration

En avril 2016, Xi Jinping a présidé une Conférence sur la gestion des affaires religieuses par l’Etat-Parti. Longtemps attendue, cette conférence marque une étape dans la politique religieuse de l’Etat-Parti chinois : cela faisait 15 ans qu’un secrétaire général du Parti n’avait pas participé à une telle réunion.

Présentation en 180 secondes par Vincent Goossaert de l'ouvrage : David Ownby, Vincent Goossaert, et Ji Zhe (dir.), Making Saints in Modern China, Oxford, Oxford University Press, 2017.

Résumé 

La Chine contemporaine est le lieu d’un important mouvement de renouveau religieux dont l’Etat est, à tous les niveaux, un acteur essentiel. Pour comprendre son rôle, ce chapitre suit les évolutions de la politique religieuse de l’ère post-maoïste. Il distingue trois moments essentiels : le Document 19 de 1982, qui vient encadrer et contraindre le mouvement de renaissance qui a immédiatement suivi la révolution culturelle ; la politique d’instrumentalisation formulée en 1993 et enfin, après 1999, le resserrement du contrôle du religieux, qui a été encore renforcé, en 2016.

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Graphique : Politique religieuse de la Chine, 1949-2017

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Commentaire de Ji Zhe et Vincent Goossaert

L’Etat chinois est un acteur omniprésent du mouvement de renouveau religieux de l’ère post-maoïste. Depuis 1976, sa politique religieuse a connu trois moments essentiels. Tout d’abord en 1982, le PCC a publié le Document n° 19, qui jette les bases de la relation entre religion et politique dans la Chine contemporaine. Ce document abolit la politique maoïste vis-à-vis de la religion et souligne l’importance de la protection des croyances religieuses et de l’alliance nécessaire entre l’Etat-Parti et les religieux. Il restreint également considérablement la liberté religieuse et soumet les activités religieuses au jugement et au contrôle du Parti communiste. Après l'échec du mouvement démocratique de 1989, la politique du PCC en matière de religion a perdu son ancrage idéologique pour devenir de plus en plus pragmatique. Depuis la nouvelle politique de 1993, l’Etat se sert de la religion pour promouvoir ses intérêts économiques et politiques. Enfin, en 1999, peu après le lancement de la campagne anti-sectes lancée contre le Falungong, la politique religieuse du PCC s’est tournée vers un modèle plus sélectif. Le PCC a compris le besoin de religieux exprimé par la population et a commencé à soutenir les organisations religieuses officielles, notamment bouddhiste et taoïste, placées sous la stricte surveillance de l’Etat qui les utilise pour occuper le « marché religieux ». Cette politique différentielle s'est accélérée en 2016. Une « réunion de travail sur les affaires religieuses » s’est tenue à Pékin au cours de laquelle on a pu entendre des discours hostiles aux religions d’origine étrangère : le christianisme, l’islam ou encore le bouddhisme tibétain. Il reste à voir si cette réunion annonce un nouveau virage de la politique religieuse de l’Etat chinois.

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