Les lieux de la colère : occuper l’espace pour contester. Entretien avec Hélène Combes

Spécialiste des partis et des mouvements sociaux en Amérique latine, Hélène Combes est chargée de recherche au CNRS. Elle a rejoint le CERI en 2011 et a récemment coordonné, avec David Garibay et Camille Goirand, l’ouvrage intitulé Les lieux de la colère : occuper l’espace pour contester, de Madrid à Sanaa paru chez Karthala.

- Cet ouvrage s’intéresse à un angle mort dans la sociologie des mouvements sociaux : que signifie « spatialiser l’analyse des mobilisations » ?

 - Je vais partir du paradoxe  qui a été à l’origine de cet ouvrage collectif : les mobilisations étaient souvent associées, dans les médias, à des lieux physiques. Pendant les révolutions arabes, la mobilisation a souvent été  nommée en fonction de la place où elle se tenait : place Tahrir, la place du changement à Sanaa, puis Gezi en Turquie, etc. 

En revanche, si on regarde la littérature sur les mouvements sociaux, cette question – du moins dans l’espace français était assez peu traitée. Dans les années 1990, il y a eu tout un renouveau de l’étude de l’action collective en France qui est souvent passé par l’analyse du répertoire d’actions (la manifestation, les grèves de la faim, les occupations). Paradoxalement, ces travaux, même s’ils s’intéressaient à des mobilisations situées dans l’espace, ne traitaient pas de la question spatiale de façon  spécifique. On a donc souhaité, en s’inscrivant d’ailleurs dans un renouveau de la question spatiale dans les sciences sociales en général, combler cette lacune dans le cas français. 

Notre choix a été de traiter cette question des lieux de contestation à travers une multiplicité d’angles analytiques et disciplinaires. Des collègues aussi bien politistes, géographes, urbanistes, sociologues et anthropologues ont apporté leur regard sur des situations locales et nationales contrastées : la France dont la Guyane,  les Etats-Unis, le Pérou, Le Mexique, Le Chili, l’Argentine ou encore le Yémen.  Notre démarche se revendique donc d’un comparatisme à travers les questionnements qui sont posés à ces différentes configurations nationales.

- Concrètement, en quoi l’espace compte ?

- La question de l’espace est abordée sous différents angles. Le premier axe montre  comment l’espace structure physiquement la mobilisation. Prenons l’exemple de Nuit Debout : l’espace de la place a un effet sur les possibilités de ce mouvement.  L’ampleur de l’assemblée  dépend en partie de questions techniques : la sono ne permet pas de couvrir l’ensemble de la place. Rapidement, l’espace s’est divisé entre un côté de la place consacré aux discussions et un autre consacré à la dimension plus festive de la mobilisation.  

Pour en savoir plus

Le futur et ses paradoxes

Entretien avec Ariel Colonomos autour de son ouvrage Selling the Future. The Perils of Predicting Global Politics, London, Hurst, and New York, Oxford University Press, Juillet 2016. 

- Après "La morale dans les relations internationales" et votre ouvrage "Le pari de la guerre", vous avez choisi de vous intéresser au futur et aux activités de prévision et de prédiction, et à la manière dont ces dernières jouent un rôle dans notre présent et notre futur. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours de recherche? Qu’est ce qui vous a mené à travailler sur les notions d’anticipation et de prédiction ? 

- Dans mon ouvrage "La morale dans les relations internationales", je me concentrais sur l’explication d’une dynamique qui me semblait très caractéristique de la période post-Guerre Froide et des années 1990. Les Etats et les autres institutions  devaient “rendre des compte” sur leurs erreurs passées ou présentes. Il leur fallait creuser leur passé pour avancer vers le futur. Il y avait, pour moi, un besoin de comprendre les raisons d’un tel phénomène et de mesurer ses conséquences, en particulier en termes normatifs et éthiques. Dans l’ouvrage "Le pari de la guerre", je me suis attaché aux années qui ont suivi les attaques du 11 septembre 2001, qui ont initié un mouvement caractéristique de la décennie 2000, et qui, d’une certaine manière, reste l’un des marqueurs de la période que nous vivons actuellement. Face à des attaques au cours desquelles des populations civiles sont tuées dans leur propre pays, les Etats occidentaux se sont lancés dans des actions préventives. Ce faisant, ils ont parié sur l’avenir. 

 

Pour en savoir plus

Etude du CERI
2012
Le rêve arabe de la Turquie brisé par la crise syrienne, par Bayram Balci
Le gouvernement AKP arrivé au pouvoir en novembre 2002 a progressivement engagé la Turquie dans une ambitieuse politique de rapprochement avec le monde musulman, plus particulièrement arabe. Or l’éclatement de la crise en Syrie, alors même que ce pays avait une place centrale dans la politique arabe d’Ankara, et l’incapacité du gouvernement turc à demeurer neutre dans ce dossier semblent bien être en train de mettre fin au rêve arabe de la Turquie.
Etude du CERI
2014
Vers un « multiculturalisme policier » ? La lutte contre la radicalisation en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni par Francesco Ragazzi
Le passage à la violence politique de citoyens issus des sociétés occidentales – communément désigné sous le terme de « radicalisation » – préoccupe les gouvernements et les professionnels de la sécurité des pays européens. En France, elle s’est imposée récemment comme une priorité politique et 2014, le gouvernement de Manuel Valls a annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre la radicalisation. Ces annonces font suite à de nombreuses déclarations sur la nécessité de réformer l’appareil antiterroriste français, en prenant notamment exemple sur les expériences des pays plus avancés en la matière.
Etude du CERI
2015
Relations informelles entre Pékin et Taipei : l’essor de la diplomatie académique dans le détroit de Taiwan par Alice Ekman
Depuis le retour au pouvoir du Kuomintang (KMT) en 2008, Pékin a ajusté sa stratégie de communication à l’égard de Taiwan tout en conservant le même objectif de long terme : la réunification. Il s’agit d’une stratégie de rapprochement par la séduction plus que par la menace, qui promeut l’augmentation des échanges entre populations chinoises et taiwanaises à tous les niveaux : étudiants, touristes, paysans, hommes d’affaires, universitaires, diplomates et militaires à la retraite, hommes politiques... La multiplication des rencontres entre universitaires des deux rives, en particulier, constitue de nouveaux canaux de communication dans le détroit, permettant d’une part de compenser l’absence de diplomatie formelle entre Pékin et Taipei, et d’autre part de rivaliser avec les liens de diplomatie informelle qu’entretient Taiwan avec certains partenaires (Etats-Unis, Japon principalement).
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Dans le cadre du séminaire "Catastrophes et Risques" du CERI

 

En partenariat avec le Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative (LESC, CNRS/UPO)

 

Ce séminaire interdisciplinaire place les recherches empiriques sur les situations conflictuelles qui se nouent à propos des relations à la nature. Il poursuit le travail entamé par le groupe de recherches « Catastrophes et risques » du CERI depuis 2009 et s’inscrit également dans la continuité du séminaire « La mesure du danger » (LESC-CERI, 2012-2013). Cette année, nous explorerons les dispositifs juridiques et judiciaires mis en place pour affronter ces situations et leurs différentes dimensions : réparation, apaisement des controverses, évaluation, qualification, sanctions…

Nous nous intéresserons plus particulièrement aux interactions entre les différents acteurs impliqués dans ces situations et ces dispositifs, ainsi qu’à la manière dont les entités naturelles ou milieux naturels sont convoquées sur la scène judiciaire. Comment ces derniers sont-ils pensés et élaborés ? Quels sont les processus d’évaluation à l’œuvre : comment jauge-t-on de la valeur d’un bien ou d’un être perdu ou affecté ? Quels itinéraires de réparation se mettent en place pour les personnes et les milieux affectés ? Comment arbitre-t-on entre dispositifs d’indemnisation et dispositifs judiciaires ? Quelles trajectoires la rencontre avec ces dispositifs impliquent-elles, pour les victimes mais aussi pour les personnes jugées responsables ? Quel travail est nécessaire aux non professionnels du droit pour parvenir à entrer et à s’adapter aux cadres imposés par le droit ? Que font le droit –et le procès quand il a lieu- aux catastrophes, puis aux situations de risque ? Quels sont les récits qui sont produits au cours de ces interactions ?

L’une des ambitions du séminaire est également d’explorer la manière dont se déploient différentes pratiques et l’activité d’une grande variété de gens impliqués ou confrontés à l’espace institutionnel judiciaire. Plus particulièrement, nous poserons des questions méthodologiques relatives à l’objectif d’observer et de décrire, de manière empiriquement documentée et détaillée, l’activité judiciaire et le traitement judiciaire des questions de morale que posent les atteintes aux personnes exposées à des problèmes environnementaux, et inversement les atteintes à l’environnement lui-même.

Nous reviendrons aussi de façon réflexive sur les enquêtes menées dans ces contextes en nous interrogeant sur la place du chercheur dans ces situations. Quelles sont les postures que l’enquête entraîne, comment se situer face aux situations contradictoires provoquées par le monde juridique et les procès en particulier ? Quelle peut être la participation des chercheurs à l’expertise dont le monde judiciaire a besoin ? Nous travaillerons à partir de perspectives comparées, en mobilisant différentes disciplines et différents contextes d’étude.

 


Séance 1. Réparation

Mara Benadusi, anthropologue, Université de Catane :

 

Anthropological Expertise and Risk Communication: Expert Knowledge Confronted in the Courtroom after the 2009 L’Aquila Earthquake

 

 

Héloise Pillayre, doctorante, LIER-IMM, EHESS:

 

Les trajectoires d'indemnisation des victimes professionnelles de l'amiante
 
 
Discutant : Nicolas Dodier, LIER-IMM, EHESS

 

 

Responsables scientifiques : Sandrine Revet (Sciences Po-CERI) et Vanessa Manceron (CNRS, LESC)

 

 

INSCRIPTION OBLIGATOIRE

 

 

Sciences Po-CERI : 56, rue Jacob 75006 Paris (salle du conseil, 4ème étage)


xx
Ce que le droit fait à la « nature ». Catastrophes, risques, environnement et justice 6/09 Pour plus d'informations

 

In collaboration with the Institute of International Relations Prague

 

Detailed program in the coming weeks


crisis
Migration and Refugees issues: Debates and Controversies in Czech Republic and France 14/10 Pour plus d'informations

 

 

THE  PRELIMINARY PROGRAMME

 

 

 

In partnership with CERI-Sciences Po, LSE and University of Cape Town

 

 

9h00-10h15


KEYNOTE SPEAKER: African “Agency” in Global Politics: What Does It Entail?
Pr. Funmi Olonisakin, Funding Director of the African Leadership Centre, Kings College/ University of Nairobi

 

INTRODUCTORY REMARKS/ Africa and International Relations (IR): a 'hole' in the discipline?

Pr. William Brown, Politics and International Studies Department, The Open University


Discussant: Dr. Karen Smith, University of Cape Town, South Africa

 

10h15-11h30

 
PANEL 1: THE ROLE OF IDENTITY AND IDEOLOGY IN SHAPING AFRICA’S POSITION ON THE GLOBAL STAGE 

 

Chair: Pr. Frédéric Ramel, CERI-Sciences Po


The Role of Berlin and Bandung in the Making of Global Africa

Pr. Oka Obono, University of Ibadan, Nigeria


Pan-africanism and the definition of Africa as a collective international actor
Pr. Tim Murithi, University of Freestate, South Africa

 

11h30-13h00

 

PANEL 2: BEYOND THE STATE: AFRICAN SUBSTATE ACTORS AS AGENTS OF CHANGE

 

Chair: Dr. Folashade Soule-Kohndou, CERI-Sciences Po


Translating Global Norms into Local Action: The Campaign against Gender-Based Violence in Africa
Dr. Peace Medie, Legon Centre for International Affairs and Diplomacy, University of Ghana, Ghana / Global Leaders Fellow, Oxford-Princeton University


Local resilience in the fight against Boko Haram in Sokoto State, and Borno State in Nigeria
Akinola Olojo, Africa Leadership Centre, University of Nairobi / King’s College London

 

14h30-16h00

 
PANEL 3: WHO DEFINES THE RULES? UNCOVERING AFRICAN AGENCY IN INTERNATIONAL RULES-SETTING

 

Chair: Prof. Chris Alden, London School of Economics and Political Science


Structure, Agency and Africa in global politics: International assistance and authoritarian statebuilding in contemporary Africa

Dr. Jonathan Fisher, University of Birmingham, United Kingdom


Defining financial governance in West Africa: what role for African agents?

Pr. Kako Nubukpo, University of Lomé, Togo

 

16h00-17h30

 
Concluding remarks: Restudy Africa’s international relations in the era of global transformation
Pr. Dzodzi Tsikata, University of Ghana / Director of CODESRIA, Senegal

 

 

 

Coordinators:
Dr. Folashadé Soulé-Kohndou, Research associate, CERI/Sciences Po/ Lecturer (Sciences Po) / E-mail : folashade.soulekohndou@sciencespo.fr

Mohamed Diatta, PhD Candidate, CERI-Sciences Po / Email: mohammed.diatta@sciencespo.fr

Dr. Karen Smith, Senior Lecturer, Department of Political Studies, University of Cape Town (UCT) / E-mail: karen.smith@uct.ac.za
Pr. Chris Alden, Associate Professor, Department of International Relations, London School of Economics and Political Science (LSE) / Email : j.c.alden@lse.ac.uk

 

CERI-56 rue Jacob, 75006 Paris / Conferences Room

COMPULSORY REGISTRATION (bellow)

If a problem occurs, please register here: http://www.sciencespo.fr/ceri/evenements/


sss
Beyond the Periphery: Unpacking African Agency in Global Politics 10/10 Pour plus d'informations